La maison de Saint-Gervais du centre Assise[1] se trouve sur le diocèse de Pontoise. Des liens se sont tissés au fil des années entre le centre et le diocèse, ils sont même très étroits aujourd'hui puisque Jacques Breton (décédé en 2017) a légué la propriété au diocèse[2].

Plusieurs fois le centre Assise et Jacques Breton ont fait l'objet d'articles dans Église en Val d'Oise, le mensuel du diocèse de Pontoise dont le dernier numéro est paru en juin 2017. Voici deux articles trouvés dans le placard de Jacques Breton après son décès.

La photo figurant sur le premier article d'Église en Val d'Oise était une photo du premier sesshin avec Eizan Rôshi que Jacques Breton avait connu suite aux échanges inter-monastiques organisés par le Vatican. Ce sesshin (retraite zen de plusieurs jours) avait eu lieu à Montargis, l'interprète était le Père Paul Renaud, prêtre des Missions Etrangères de Paris, qui était chargé d'une paroisse à Tokyo mais était à ce moment-là présent en région parisienne, lui-même fréquentait régulièrement le Ryutakuji, monastère zen dans lequel Eizan Rôshi est actuellement le responsable. C'est une autre photo du même sesshin qui figure ici, on y voit Eizan Rôshi en train d'enseigner, Paul Renaud étant à ses côtés.

 

Zen et christianisme, Vers la source intérieure

Église en Val d'Oise, octobre 2002

 

Jacques Breton, prêtre du diocèse de Paris, a fondé en 1988, à St-Gervais, le Centre Assise. Lieu de cheminement spirituel, il ouvre, par la pratique de la méditation zen, à une relation plus profonde avec Dieu et les autres comme à un approfondissement de la foi.

 

1er sesshin d'Assise à Montargis

 

► Qu'entendez-vous par « cheminement spirituel » ?

Jacques Breton : Il s'agit d'une ouverture progressive, d'un travail de libération, d'intériorisation qui réponde à la recherche des personnes en quête de vérité. Le sentiment de la présence de Dieu en chacun est commun à tous. J'essaie de faire prendre conscience de cette présence intérieure. Ensuite, le travail est de préciser qui est là. Je désigne souvent ce travail par : chemin de vie. La vie, pour moi, est dynamisme, vérité, amour.

 

► Que proposez-vous ?

J B : J'insiste beaucoup sur l'enracinement dans une tradition religieuse, essentiel pour ne pas aller n'importe où. Sans la certitude de vivre dans la vérité, nous risquons la dispersion. C'est ce qui est le plus fréquent aujourd'hui.

Je m'efforce d'adapter l'enseignement au groupe que j'ai devant moi. Certains sont « allergiques » au mot Dieu ou Jésus-Christ. Dans les sesshins, temps fort de méditation zen, les participants font l'expérience de la Réalité intérieure. Ils progressent peu à peu dans la connaissance de cette présence. Si des personnes ont dépassé leurs réactions négatives à ce sujet et souhaitent aller plus loin, nous offrons des sessions plus orientées vers le christianisme. Cela fait aussi partie de mon travail. Le cheminement se poursuit jusqu'à un véritable enracinement dans la foi profonde. Il se fait lentement. Le croyant n'est-il pas lui-même toujours en recherche ? Avec les chrétiens pratiquants, nous vivons intensément le mystère pascal.

 

► Que retenez-vous des méthodes orientales ?

J B : J'ai découvert que le bouddhisme zen fournissait des valeurs spirituelles authentiques, qui manquent ou qui sont mal vécues dans le monde occidental. Le zen est une orientation vers la vie intérieure. C'est un ensemble qui préside au comportement : être présent à tout ce que l'on fait. Cela aide à la maîtrise de soi et se traduit dans la manière de prendre un objet comme de réagir à tout ce qui survient.

Je tiens à faire, en toute occasion, la distinction entre la voie bouddhiste et la pratique de la méditation silencieuse. Il existe une technique pour libérer la pensée. Pour cela le zazen, qui est la pratique de la méditation assise, est utile. J'ai ici des sessions de deux, cinq ou sept jours, en silence. On s'emploie à développer la verticale et les énergies intérieures dont on a besoin. Cela permet l'abandon, le lâcher prise et d'entrer dans cette dimension qui est lien entre le corps et l'esprit. Tout ce travail est basé sur le souffle, qui est le grand symbole de l'Esprit. On entre dans une nouvelle manière d'être à partir du moment où l'on prend conscience que l'esprit ne nous appartient pas, qu'il nous est donné. Retrouver en soi le souffle intérieur et se mettre en communion avec Dieu à travers l'un de ses principaux symboles, comme le sont le corps ou la croix.

Le zen conduit au silence intérieur, avec une extraordinaire présence aux autres. Lorsque je célèbre l'eucharistie dans cet état de silence, je suis pris moi-même par cette totale disponibilité intérieure.

 

►Quel rapport avec la vie active ?

J B : On vient ici pour une session avant de retourner dans le quotidien. Sainte Thérèse d'Avila dit : « Il n'y a pas d'oraison vraie s'il n'y a pas d'apostolat. » Si votre recherche personnelle ne vous conduit pas à un mouvement vers les autres, c'est de l'égocentrisme, du nombrilisme, de la religion confort. Les personnes très engagées, comme celles qui s'occupent de soins palliatifs ou des exclus, les professeurs ou responsables d'entreprises, poursuivent leur action. Le travail accompli sur elle-même est un atout pour une plus grande présence là où elles sont. Elles en retirent une grande force intérieure.

 

►Qui accueillez-vous ?

J B : Tous publics au-dessus de 24 ans. Croyants ou incroyants, à condition que ces derniers soient en recherche spirituelle authentique. Nous ne sommes pas un centre de psychologie, même si des thérapies psychologiques dans l'esprit de Karlfried  Graf Dürckheim – ce maître allemand pour qui la personne (corps, psychique et spirituel) est un tout – ont aussi leur place. Mon désir était aussi que ce Centre soit abordable à toutes les bourses. On s'arrange pour que les personnes aux revenus modestes puissent participer aux sessions.

Parmi les stagiaires, il y a des chrétiens pratiquants ou non, aussi bien que des juifs. Il arrive que cette recherche débouche sur le baptême : j'en ai fait un récemment. Nous faisons ensemble un cheminement, en respectant celui de chacun.

 

 

"Assise", pour un christianisme zen

Église en Val d'Oise, n° 271, janvier 2011

 

 

Eglise en Val d'Oise n° 188L'article d'Église en Val d'Oise annonçait d'abord pour le samedi 5 mars une journée intitulée « Sagesse du corps et prière chrétienne » animée par Jacques Breton au centre Assise, et proposée dans le cadre des formations diocésaines[3].

 

L'œuvre du Père Jacques Breton.

Assise, centre de cheminement, a été créé en 1987 par le Père Jacques Breton, prêtre de Paris détaché pour le diocèse de Pontoise. D'abord aumônier de lycée, le Père Breton, après un temps de vie érémitique, a séjourné auprès d'un sage allemand K. Graf Dürckheim qui l'a introduit à l'unité corps, psychisme et spirituel. Il fut envoyé au Japon en 1983 pour participer à un échange organisé par le Vatican entre moines chrétiens et bouddhistes. Ses séjours au Japon sont, depuis, devenu annuels et il y maintient un contact permanent avec un monastère bouddhiste zen.

Il est également très lié avec les moines de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire où il se rend très régulièrement pour leur communiquer "l'Esprit d'Assise".

 

« Mon but en créant Assise, explique le Père Breton, est de transmettre mon expérience qui tend à développer en nous ce que nous sommes, c'est-à-dire notre pleine humanité qui repose sur l'Incarnation du Christ. Une humanité prise dans sa totalité, corps et esprit, alors que dans notre culture héritée de la philosophie grecque, nous avons tendance à séparer les deux. Le Zen que j'enseigne est une méthode qui permet de retrouver cette unité de soi, c'est un travail d'intériorisation qui, pour les chrétiens, ne s'arrête pas à ce stade car c'est à partir de cette unité que l'on se trouve en union avec Dieu et avec les autres. Le travail par les postures sur le corps permet, dans une attitude de réceptivité, de s'ouvrir au spirituel avec une grande importance donnée au souffle, dont le symbole est si fort dans l'Écriture. Cela aide à s'abandonner, à garder la bonne distance, pour accueillir et écouter. Ce sont des principes chrétiens et la méthode permet d'apprendre à les vivre. Elle développe aussi la présence dans ce que je fais, là, ici et maintenant, ce qui permet de ne pas donner prise à l'angoisse. J'ai constaté qu'elle donnait aussi beaucoup de dynamisme. Mais il faut se donner du temps. Le corps résiste mais Dieu nous apprend la patience ! »

 

De nombreuses activités toute l'année.

Assise propose tout au long de l'année des sessions, des rencontres, des ateliers de travail sur soi avec des temps d'approfondissement plus particulièrement chrétiens (partage autour de la parole de Dieu, enseignement, eucharistie…)

La journée du samedi 5 mars 2011 permettra de découvrir la richesse des activités proposées.

 

Agnès Gillot



[1] Assise : centre de cheminement à St-Gervais 95 420 Magny-en-Vexin, une antenne du Centre se trouve aussi au 40 rue Quincampoix, 75 004 Paris.Cf. Accueil et Le programme du centre Assise en 2017-2018 et d'autres propositions ailleurs.

[2] Il a aussi légué des biens dont le revenu permet d'entretenir la propriété.

[3] Ceci sera reconduit les années suivantes, par exemple, voici la présentation des 3 journées en 2011-2012 : « Sagesse du corps - Prière Chrétienne. “La Parole s'est fait chair» (Jean 1) ou comment la parole peut-elle prendre corps en nous et devenir Parole de Dieu? Trois journées à la carte, en lien avec le diocèse de Pontoise, pour nous aider à écouter la Parole et à prier avec notre corps. Contrairement à ce qu'enseigne la Bible, nous avons tendance à séparer le corps et l'âme alors que le Christ est venu, par sa résurrection, rétablir l'unité. Ainsi la prière n'est vraie que si elle engage la totalité de ce que nous sommes dans la relation au Christ et l'écoute de l'Esprit Saint. En lien avec la fête de la Toussaint, le Carême et la Fête du St Sacrement. Le temps sera réparti en enseignements, exercices du corps, méditation et l'Eucharistie sera célébrée en fin d'après-midi. Animation : Jacques BRETON samedis 5 novembre 2011, 3 mars, 9 juin 2012 (de 9h30 à 16h30). »

Du fait du décès de Jacques Breton en février 2017, cette proposition existe mais a été légèrement modifiée puisque Jacques Breton n'est plus là pour célébrer l'Eucharistie. Elle est animée par des membres du Centre Assise, mais  ne figure plus dans les formations diocésaines (sur le site Catholique 95), peut-être est-ce tout simplement une question de diplôme des animateurs. Cf. Sagesse du corps – Prière Chrétienne.