Assise _ centre de cheminement« Le Centre Assise est un lieu de cheminement intérieur se référant au Zen et à l’enseignement de K. Graf DÜRCKHEIM, enraciné dans la tradition mystique chrétienne et ouvert aux autres traditions spirituelles. » C'est ainsi que commence la charte d'Assise.

Ce Centre fondé par Jacques Breton (1925-2017), prêtre, est relié d'une part à l'abbaye de Fleurier située à Saint-Benoît-sur-Loire et d'autre part au monastère zen du Ryutakuji dont le responsable actuel est Eizan Roshi, il est également relié à l'évêché de Pontoise et à l'archevêché de Paris. 

En 2012, du fait qu'il était le garant du centre Assise, le père abbé de l'abbaye de Fleurier a demandé à Jacques Breton de définir "l'esprit d'Assise". Jacques Breton a ensuite essayé de mettre noir sur blanc ce qu'il en était. Voici des extraits de ses réflexions avec quelques compléments concernant les activités. Le kinomichi est mis entre le premier pilier qu'est le zen (du fait de son origine japonaise) et le deuxième qui est le cheminement selon Graf Dürckheim (le fondateur du kinomichi, maître Noro considérait Graf Dûrckheim comme un de ses maîtres), mais, à proprement parler, il n'est dans aucun pilier du centre Assise.

Une première partie sur l'historique du Centre ne figure pas ici, mais d'autres messages en parlent. Pour chacune des parties (zen, kinomichi, Dürckheim, mystique chrétienne) d'autres messages les présentent.

Voir aussi en complément :

 

Précisions sur l'Esprit d'Assise

Par Jacques Breton en 2012

 

 Le Centre Assise se définit comme un lieu de cheminement intérieur, se référant au zen et à l'enseignement de K. Graf Dürckheim, enraciné dans la tradition mystique chrétienne et ouvert aux autres traditions.

 

Zen et zazen (méditation[1] assise).

Parlons d'abord du zen tel que je l'ai reçu de K. G. Dürckheim et du monastère du Ryutakuji, et tel qu'il est pratiqué à Assise.

Il est surtout pratiqué en "méditation" – c'est le zazen, la méditation assise – mais peut se vivre aussi dans le quotidien.

Si on insiste sur la tenue rigoureuse du corps, si la position du lotus est recommandée, chacun doit trouver la posture la plus appropriée à son état sans avoir trop à souffrir.

Le souffle de la respiration est le support de la méditation :

  • L'expiration nous permet de vivre le mouvement d'abandon, de lâcher-prise du ciel vers la terre.
  • Dans l'inspiration, nous sommes aussi appelés à vivre le mouvement inverse, de la terre vers le ciel, sans quitter la terre, pour développer la verticale. Ce mouvement va nous aider à ouvrir le visage, la poitrine, le bassin pour à la fois sortir de notre enfermement et nous dégager des pensées, des affects, des instincts naturels. Nous nous laissons tout simplement inspirer sans rien faire d'autre, pour vivre ce qui est fondamental dans le zen : le laisser agir.

Cet exercice nous aide à entrer davantage dans la vie intérieure, dans la mesure où le mouvement de l'expiration va s'approfondir. Nous allons d'abord prendre conscience de notre centre vital, le hara[2], pour peu à peu nous ouvrir à notre profondeur.

La respiration peut descendre profondément et créer un vrai silence, un état de recueillement (samâdhi) et donc une désappropriation de nous-même, un vide intérieur. N'étant plus à nous-même, il nous met en harmonie avec tout ce qui nous entoure.

 

Le kinomichi.

Parlons du kinomichi créé par maître Masamichi Noro en 1979 dans la lignée de l’aïkido de Maître Ueshiba.

Les points qui me paraissent fondamentaux dans l'art de Maître Noro sont les suivants :

  • apprendre à accueillir la force de l'autre pour le faire passer en soi, puis la restituer à l'autre ;
  • développer le yin de notre nature, pour redevenir yang l'instant suivant ;
  • s'harmoniser avec l'autre au point qu'on ne sait plus qui impulse le mouvement et qui le reçoit ;
  • habiter sans cesse sa verticale afin de se donner à l'autre sans se perdre soi-même ;
  • apprendre à faire vivre le mouvement à la fois dans la spirale et la sphère : la spirale permet à l'énergie de s'écouler selon son mouvement naturel ; la sphère est la forme véritable du corps, instrument de l'énergie qui circule ;
  • conduire un contact juste, ni dominateur, ni timide qui accueille l'autre dans ce qu'il est.

Le kinomichi peut être un très bon complément du zazen. Il est le zen en action et permet aussi de pallier aux dangers du zen :

  • En développant le mouvement de spirale il supprime le risque de durcissement, de raideur que peut provoquer le zen.
  • Dans le kinomichi tous les exercices se font à deux dans un mouvement relationnel de don, d'accueil et d'union. Il s'oppose au risque d'individuation.

Le kinomichi va développer les énergies internes, surtout grâce à la canne et au boken (sabre de bois).

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L'enseignement de K. G. Dürckheim

La deuxième caractéristique du centre Assise est la place donnée aux activités vécues dans l'esprit de K. G. Dürckheim.

Nous avons tous conscience de la place du psychisme dans notre vie quotidienne où il peut être ou obstacle ou présence agissante. La psychanalyse est certes un excellent remède, mais ce que propose K. G. Dürckheim donne au corps une participation plus importante.

  • Le corps fait partie intégrante de notre personnalité. C'est par lui et avec lui que nous pensons, sentons et agissons.
  • De plus, le corps est mémoire : tout notre passé s'inscrit dans notre corps. C'est pour cela que K. G. Dürckheim, sans nier les sciences psychanalytiques, a développé toutes sortes de techniques pour que le corps participe au travail de purification et de libération des tensions, des blocages, des fermetures.
  • Par le corps aussi passent les courants d'énergie que nos difficultés psychiques peuvent bloquer.
  • K. G. Dürckheim insiste aussi sur la présence au niveau du bassin d'un centre vital, le hara : en lui, tout notre corps peut s'unifier.

En étant présent là, nous pouvons être présent à toutes les parties de notre corps et plus particulièrement dans nos mains. C'est pour cela que, à travers l'argile, le dessin, le toucher…  notre corps peut exprimer tout ce que le psychisme a imprimé en lui. De même aussi les mains du thérapeute peuvent libérer des endroits du corps de l'autre par le contact. Certes, tout cela ne supprime pas la parole par laquelle en dernier ressort nous pouvons dire ce qui a été vécu.

 

Ce travail me paraît capital pour établir le lien entre le corps et l'esprit. Cependant ces activités sont insuffisantes en elles-mêmes pour nous apprendre à gérer notre affectivité, nos sentiments, nos émotions. Tout va dépendre du sens que nous donnons à notre vie. Il ne suffit pas de prendre conscience de tous nos blocages, de nos tensions, de nos peurs, il faut aussi trouver comment faire pour mieux vivre notre sensibilité, notre affectivité, nos relations…

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Enracinement dans la mystique chrétienne.

L'enracinement dans la tradition mystique chrétienne est une des données de la charte d'Assise. Elle demande des explications pour en pénétrer le sens.

Je suis prêtre catholique et je me suis formé à la mystique chrétienne au Carmel dans la ligne de saint Jean de la Croix, Sainte Thérèse d'Avila, Sainte Thérèse de l'enfant Jésus, etc. puis, en liaison avec l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, je me suis ouvert à la spiritualité bénédictine. D'autres spiritualités m'ont marqué, comme celle des jésuites, des dominicains. C'est le même Esprit qui anime toutes ces spiritualités. Elles se différencient par l'accent qu'elles mettent sur une valeur spirituelle sans nier les autres.

L'enracinement dans la mystique chrétienne donne sa réalité à l'Esprit qui anime le Centre. Il nous rappelle que nous sommes tous habités intérieurement par une présence qui nous remplit de paix et de lumière, et surtout qui nous ouvre à un dynamisme apte à nous sortir de nous-même pour nous ouvrir aux autres. L'écriture biblique nous confirme cette présence. À nous d'en faire l'expérience.

 

Mon désir en créant le centre d'Assise est de permettre à tous d'entrer dans la vie profonde et d'en donner les moyens. Il est indispensable de se défaire de toutes les fausses idées acquises sur Dieu, sur l'homme, sur l'Église en son côté formel. La vie intérieure n'est pas faite seulement de silence, elle nous ouvre aussi à une expérience réelle telle qu'elle a été vécue tout au long de l'histoire par des hommes et des femmes qui ont vécu l'expérience de la plénitude de paix, de joie, de lumière, d'amour. L'expérience mystique ne se superpose pas à notre vie, elle en fait partie intégrante. Nous sommes tous appelés à y entrer. Elle fait partie de notre chemin humain.

Dans notre quête intérieure, nous sommes encore trop dépendants de nos idées, de notre psychisme, et surtout de notre inconscient. La peur, par exemple, surtout la peur de l'Absolu nous empêche de rentrer dans cette expérience. Ceci se retrouve dans la Bible de l'Ancienne Alliance : l'idée que le peuple d'Israël se fait de Dieu, le Dieu transcendant, le Dieu très haut, engendre un Dieu qu'on ne peut approcher sans mourir. C'est peu à peu, à travers les grands prophètes, que Dieu se révèle comme le Dieu de l'alliance, le Dieu qui libère, le Dieu qui sauve, le Dieu qui vient à l'homme. Il va se révéler comme un Dieu d'amour qui veut s'unir à l'homme. Le Christ va parfaire cette communion : en lui l'homme et Dieu ne font plus qu'un dans l'amour.

Depuis le Christ, deux courants vont se dessiner que traduit déjà l'Évangile : un courant plus contemplatif avec saint Jean, un autre plus apostolique avec saint Pierre. Sans s'opposer, ces courants sont en complémentarité et en interaction, même s'il y eut parfois entre eux des incompréhensions. Même si l'Église visible est passée par des périodes de crise, jamais le courant mystique ne s'est interrompu. Grâce à lui l'Église a toujours retrouvé sa mission de faire connaître et faire vivre la vie divine en nous. En fait, les deux courants sont inséparables.

L'expérience mystique n'a d'autre but que de nous aider à mieux vivre ce que nous sommes au fond de nous-mêmes. Elle nous fait dépasser nos entendements, nos sentiments, mais nous apporte une grande paix, une grande joie, une grande liberté, et surtout elle répond à un appel profond de créer un monde plus humain, plus juste. Ainsi, nous nous ouvrons à un dynamisme d'amour. L'Esprit va peu à peu nous sortir de notre moi pour établir avec tous ceux qui nous entourent une immense amitié, à commencer par nous-même.



[1] On parle de "méditation" pour le zazen, mais en fait ce n'est pas une méditation au sens habituel du terme puisqu'il n'y a pas de sujet de méditation !

[2] En japonais, le mot "hara" désigne le ventre. Ici le "hara" désigne le centre de gravité du corps, il est situé à quelques centimètres sous le nombril. Cf. Hara. Centre vital de l'homme. Karlfried Graf DÜRCKHEIM, Le Courrier du Livre (1982)