La Voix d'Assise, bulletin interne au Centre Assise paraissait trois ou quatre fois par an et commençait par une "lettre aux amis" de Jacques Breton. Voici celle de l'automne 2003, précédée de la calligraphie d'Eizan Rôshi.

 

Voix d'Assise n° 25

 

 

La photo ci-contre est celle de la couverture du numéro 25, la calligraphie a été faite par Eizan Rôshi lors de l'un de ses séjours au domaine de Saint-Gervais puisqu'il y animait des sesshins zen. Il est le référent du centre Assise au niveau du zen (cf. Accueil du blog Voies d'Assise).

 

Cette calligraphie signifie : "Le coeur de Bouddha, c'est ce chemin".

 

 

 

 

Lettre aux amis de Jacques Breton

 

Chers amis,

 

Comment vivez-vous ce temps d'automne ? Ressentez-vous ce climat de morosité dans lequel nous baignons ? Il est dû à des circonstances ou des événements bien divers : politiques, économiques, sociaux, météorologiques… Ne risquent-ils pas d'entraver notre marche vers la vie ? Cette ambiance peut, en effet, raviver nos doutes, nos peurs, notre côté un peu dépressif. Il est juste de se sentir solidaire de notre monde, mais ne sommes-nous pas trop liés affectivement à notre environnement ? Epouser notre société ne veut pas dire qu'il faille renoncer à notre quête d'identité. Or ne sommes-nous pas trop tributaires, prisonniers de ce monde ?

Notre chemin est unique, à nous de le découvrir. Il côtoie bien d'autres chemins, pourtant il doit se démarquer de l'ensemble pour nous conduire à notre réalisation. Mais combien il nous est difficile de prendre une distance, de nous séparer d'autres voies qui ne peuvent être pour nous que mortifères ! Nous avons tellement peur d'être rejetés par notre entourage que nous préférons les sentiers battus qui ne mènent à rien.

Nous avons aussi à nous interroger sur le bien-fondé de nos choix. Avons-nous raison de nous opposer à l'ensemble de ce qui se vit autour de nous ? Pour ma part, j'ai encore présent à l'esprit le jour où j'ai pris la décision d'entrer au séminaire pour devenir prêtre alors que toute une partie de ma famille s'y opposait, en particulier ma tutrice par laquelle, étant orphelin jeune, j'avais été élevé. A combien de souffrances ai-je dû faire face ! Je pense qu'il est impossible, seul, de faire tel choix, de prendre telle décision qui, tout en allant dans le sens de notre vie, s'opposent à nos proches. Notre intelligence, notre volonté sont trop limitées pour nous permettre de prendre le juste chemin. Seule une lumière intérieure peut nous rendre plus clairvoyants.

Pour vaincre en nous les peurs, les résistances, les attachements, pour nous déprendre de nos affects et même de notre inconscient, nous avons besoin d'une force intérieure, du souffle puissant de l'Esprit qui va s'unir à notre volonté encore fragile. Mais, là encore, un discernement nous est nécessaire. Bien des voix se font entendre en nous qui ne sont pas forcément celles de l'Esprit. L'accompagnement de personnes en qui nous pouvons mettre notre confiance est indispensable pour ne pas tomber dans l'erreur.

Pour reprendre ce que j'écrivais au début : il y a un climat de morosité, sans doute, mais si nous demeurons fidèles à ce que nous sommes, au lieu de nous laisser prendre par ces sentiments, nous allons mettre la vie, la joie, là où règne la mort.

Le signe même que nous sommes sur le bon chemin est qu'il nous apporte une grande paix. Et cette paix ne peut que rayonner. Aussi, loin de faire bande à part, de jouer au "petit saint", il serait plus juste de mettre nos talents au service de ceux qui nous entourent et ainsi de les aider à sortir de leur morosité, de leur mort, pour rallumer le feu éteint, redonner l'espérance. C'est notre responsabilité.

En toute amitié.

Jacques BRETON