Au cœur du centre Assise est posée la question de la pratique du zazen par des chrétiens ; comment et avec quelles intentions faut-il réaliser cette pratique ? Voici une mise au point claire de Ama Samy, lui-même prêtre chrétien et maître zen en Inde, étant né en Birmanie. Il répond à des affirmations parues dans un article de Joseph Dinh Duc Dao, vietnamien, et du coup donne des éléments essentiels et de la voie du zen et de la voie du Christ.

Le titre initial de l'article était "Inculturation, the case of Zen meditation" [critique de l'article de Joseph Dinh Duc Dao de même titre paru dans OmnisTerra 188 (1988) 257-273] publié dans : Vidyajyoti, Journal of theological Reflection, 53, jan. 1989, 1, p. 56-61. La traduction française qui figure ici est de Jean Delvigne.  Cet article figurait dans les papiers trouvés chez Jacques Breton après sa mort (quelques phrases ont été mises en gras pour les faire ressortir sur un écran d'ordinateur ou de téléphone mobile, les notes ajoutées renvoient vers d'autres messages).

Un des livres de Ama Samy est paru en français : Coeur zen, esprit zen, éditions Sully. Vous avez d'autres informations sur http://www.bodhisangha.net/index.php/en/zen-master/ama-samy.

 

Voici, par Katrin Amel, un résumé de l'article d'Ama Samy. Il figure dans une publication du Swedish Institute of Mission Research at Uppsala University (disponible ici : http://uu.diva-portal.org/smash/get/diva2:169418/FULLTEXT02.pdf)

  • « Quand on regarde de plus près cette question inculturation et zen on peut constater qu'il existe des opinions divergentes, surtout quand il s'agit de la pratique du zazen par des chrétiens ; comment et avec quelles intentions faut-il réaliser cette pratique ? Une réponse, qui ne vient pas du Japon est l'opinion d'Arul Maria Arokia Samy, jésuite résidant à  Madras. Il a  été formé comme sensei (mot général pour "professeur" en japonais) par Yamada Koun roshi (1907-1989) à Kamakura, et représente le Sanbokyodan.
      Dans un article intitulé « lnculturation, the Case of Zen Meditation », AMA Samy argumente pour un "zen pur". [son article est à son tour une critique d'un article du même titre de Joseph Dinh Duc Dao, vietnamien et professeur en missiologie à l'université Urbanienne de Rome]. Selon AMA Samy c'est l'illumination qui est au centre du zen et cette réalité ne se laisse pas inculturer n'importe comment. Il ne faut pas essayer de christianiser le zen, ni non plus de "zenifier" le christianisme. Il vaut mieux garder les deux traditions comme elles sont avec leur caractère propre. Par le zen les chrétiens peuvent découvrir des valeurs positives comme la prière non-conceptuelle, le shikantaza et un style de vie zen, mais il faut se garder de détruire le zen en l'adaptant au christianisme. L'Eglise en Asie doit se confronter avec le zen en profondeur, parce que le zen provient originairement du sein de l'Orient. Le noyau de l'inculturation consiste donc selon l'auteur à faire le zen tout simplement comme zen sous la direction d'un vrai maître, qui peut être bouddhiste ou chrétien. »

 

Méditation zen et inculturation

 

Un article du Père Joseph Dinh Duc Dao est paru sous ce titre dans le numéro d'octobre 1988 de la revue "In Christo". Dans l'ensemble, il s'agit d'un bon article, surtout parce qu'il souligne la nécessité de tenir compte de la vie contemplative dans l'inculturation. Malheureusement l'auteur n'a pas réussi à cerner la véritable signification de l'inculturation et s'est de plus fourvoyé sur la nature du zen. Apparemment l'inculturation consiste pour lui a emprunter des éléments extérieurs, comme le laissent entendre des termes tels que "intégration" et "assimilation". Il décrit certes l'inculturation comme "un processus profond et ayant un caractère organique", mais toute son argumentation contredit ces termes. À ses yeux, l'inculturation est un processus de sélection qui aboutit à une refonte et à une christianisation du zen. Or l'inculturation, la véritable inculturation est un processus naturel et nécessaire qui jaillit de l'intérieur du "corps". Comme le dit le Père Félix Wilfred, « on peut parler d'inculturation lorsque l'assimilation des éléments anthropologiques (les formes et les expressions liées à la culture, les systèmes de pensée et de relations sociales, etc.) précède la réflexion théologique (foi, mystère de l'Église, grâce, etc.) et non l'inverse. »

Je voudrais, dans cet article, commenter les vues de l'auteur sur les quatre différentes manières d'aborder le zen et l'inculturation. Certains de mes observations ont une portée générale, les autres concernent des points soulevés par l'auteur.

 

1. « Le zen en tant que préparation à la prière chrétienne.» (J. Dinh Duc Dao)

Dans ce cas, la méditation zen sert uniquement de tremplin à la prière, le but étant d'arriver à un état de paix intérieure et de concentration. L'auteur a raison de rejeter ce point de vue, car utiliser le zen en vue d'autre chose revient à passer à côté de l'essence du zen et on ne peut dès lors parler de véritable inculturation.

Je voudrais cependant signaler ici une manière de pratiquer le zen qui est en soi absolument légitime et qui peut être le point de départ d'une inculturation authentique. C'est ce que Jacob Needelman appelle "l'intermédiaire". Il s'agit d'une forme d'ascèse basée sur l'attention et la vigilance. Cette discipline est le fondement indispensable de tout essai de transformation de l'homme et d'inculturation. Ce n'est pas encore la moelle du zen. Mais c'est une pratique valide. La vigilance du cœur-esprit est le secret de la vie spirituelle et il s'applique tant à la réalité de l'homme qu'à la culture. Ce que je récuse avec l'auteur, dans le zen en tant que préparation à la prière, c'est qu'il revient à édulcorer le zen.

 

2. « La pratique du zen en tant que voie de dialogue. » (J. Dinh Duc Dao)

Dans cette optique, on pratique le zen en vue de mieux comprendre les bouddhistes et de pouvoir ainsi entamer un dialogue avec eux. Dans ce cas aussi, l'auteur a raison de repousser une telle option. Elle rappelle les thèses de John Dunne pour qui, seul, celui qui est passé à une nouvelle culture, religion, manière de vivre, peut découvrir ses propres racines. C'est dans et par le mystère pascal de ce "passage (passing over)" que l'on arrive à connaître l'autre et à se connaître soi-même et que l'on réalise à la fois son humanité authentique et le Divin. Il n'en demeure pas moins vrai qu'un tel "passage" ne peut être fécond que s'il est le fruit d'une impulsion intérieure.

Le zen ne peut être pratiqué pour des motifs ultérieurs ou extérieurs ou par curiosité ou encore pour "faire une expérience". Le zen est un élan intérieur en vue de la connaissance de soi. « Étudier le bouddhisme, c'est étudier le Soi » a dit le grand maître Dôgen.

 

4. « La forme du zen avec un contenu chrétien. » (J. Dinh Duc Dao)

Que l'on me permette de commenter le point 4 avant le point 3. « Dans cette optique, on prie en adoptant librement les méthodes du zen et, le cas échéant, on leur donne un contenu chrétien. » (J. Dinh Duc Dao). S'asseoir en silence devant le Saint-Sacrement[1], répéter un verset des Évangiles, prendre la position du lotus ou de demi-lotus ce sont autant d'exemples de cette méthode.

C'est d'ailleurs la ligne de conduite que j'ai suivie la plupart du temps, ces dernières années, dans les stages d'initiation au zen destinés aux chrétiens. Je suis cependant conscient de ses inconvénients, ou plutôt de l'inefficacité de cette manière de pratiquer le zen. Elle christianise prématurément le zen et passe à côté de ce qui fait son essence.

Lorsque l'auteur affirme qu'il s'agit d'une manière de donner un contenu chrétien au kôan (méthode bouddhiste), il commet une lourde erreur sur la pratique du kôan. On ne pratique pas le zen avec un contenu, que celui-ci soit chrétien ou bouddhiste. On peut certes utiliser des phrases de la Bible comme kôan, mais pratiquer le kôan signifie en réalité aller au-delà de tous les contenus pour plonger dans l'Abîme sans fond.

Shikantaza, juste être assis, est la prière idéale du contemplatif et du mystère chrétien. Toutefois même cette assise n'est véritablement une assise zen que lorsque l'esprit demeure dans le "nulle part", le "non-esprit", la vacuité et abandonne toutes les formes d'objectivation et de conceptualisation.

 

3. « Le zen en tant que forme de prière chrétienne. » (J. Dinh Duc Dao)

Dans cette optique, le zen est repris tel quel et considéré comme une forme de prière chrétienne. « Suivre la voie du zen, c'est prier en tant que chrétien. » (J. Dinh Duc Dao). C'est sur ce point que l'auteur se méprend complètement sur la nature du zen et de l'inculturation.

J'aimerais pour ma part faire certaines mises au point.

a) Le zen n'est pas principalement et essentiellement, comme le soutient l'auteur, une voie du détachement. Le zen est avant toute une voie menant au satori ou illumination, à la vision du Visage Originel, à la réalisation du Soi. Comme le dit un poème ancien, le zen « vise directement le cœur-esprit. C'est voir sa nature et devenir Bouddha. » Le détachement est à la fois une préparation à l'illumination et son corollaire. Le satori ou illumination est le but primordial et essentiel du zen, et la compassion est la fonction et le fruit de l'illumination.

Zen, vers votre Visage originel, Ama Samyb) « Le zen n'enseigne rien qui approche la vivante flamme d'amour. » (J. Dinh Duc Dao). Une telle affirmation dénote une méconnaissance de l'herméneutique du langage religieux. Le fait qu'une religion n'utilise pas les mots auxquels nous sommes sensibles ne signifie pas que la réalité, l'expérience, les intentions que recouvrent ces mots ne soient pas semblables. À titre d'exemple, un poème qui exprime le désir ardent de contempler le Soi véritable, l'Adolescent à la Beauté Éternelle. Ce poème est de la main du maître zen Gudo de Myoshinji et a pour titre "Le visage originel" :

    « C'est lui l'adolescent éternel
       Beauté du premier matin.
       Comment ne saignerait-il pas
       le cœur de celui qui, dans le secret
       ne lui a pas encore souri ?
       Fanée la beauté de Seishi
       Éclipsée la grâce de Yoki.»

Karl Rahner, lui, arrive à discerner la flamme ardente de l'amour transcendant dans la vie de tous les hommes spirituels. R. Panikkar dirait, pour sa part, que, sans cette foi, un être humain ne peut réaliser complètement son humanité. Silvio E. Fittipaldi déclare reconnaître l'esprit chrétien dans l'"esprit vide" du zen. Les peintures sur la capture du bœuf, par exemple, montrent que seul celui qui cherche passionnément l'Absolu, peut s'engager dans la voie du zen. La quête, le désir ardent, la recherche de la vérité, l'interrogation, forment la base même du zen.

c) Pour l'auteur, la foi des chrétiens et la foi des bouddhistes sont inconciliables. Vise-t-il d'abord les croyances et les pratiques religieuses plutôt que la foi en tant que telle ? Si l'on ne peut, bien entendu, dissocier complètement la foi des croyances et des rites, il serait cependant faux de les confondre. Le zen parle de la foi, mais ce terme a beaucoup de significations et de nuances. La foi est le point de départ du zen dans la mesure où l'aspirant doit avoir confiance dans la voie qui lui est proposée et dans le maître. Toutefois, comme nous l'avons déjà affirmé, le cœur du zen demeure inaccessible à celui qui n'est pas animé par une foi, une espérance et une charité authentiques et salvifiques. Arrivé au stade ultime, le zéniste se déprend radicalement de lui-même et plonge dans l'Abîme de la Vacuité Absolue.

d) Je voudrais ajouter quelques mots à propos de l'expérience de l'illumination dans le zen. L'illumination du zen est l'expérience de la Vacuité, la vision du Visage Originel. Selon les propres termes de maître Bankei, c'est "connaître le Non-Né". Selon la terminologie de la tradition Rinzaï, c'est connaître « l'homme vrai qui est au-delà de tout rang et qui entre et sort continuellement par les portes des sens »[2]. La Vacuité est plénitude, présence et non le vide, le néant, l'extinction ou une simple indifférence. L'expérience de la vacuité est, pour reprendre la terminologie chrétienne, expérience du Mystère. C'est la mort de l'ego et la découverte du Non-Né, du Visage Originel, de l'Homme vrai au-delà de tout rang, de la Plénitude de la Réalité. La Vacuité Absolue brise la coquille de l'homme, et celui-ci comprend alors que « chaque jour est un bon jour ». La meilleure manière de décrire cette expérience est de dire qu'elle est l'expérience du Mystère, un Mystère qui est beauté et tendresse ("graciousness"). Un Mystère de beauté et de tendresse, voilà la formule qui résume à la fois le zen et le christianisme.

e) Lorsqu'un chrétien pratique le zen, il le fait en tant que chrétien et non en tant que bouddhiste, c'est-à-dire qu'il le fait avec son bagage de chrétien. C'est pourquoi il n'y a pas lieu pour le chrétien d'adopter la "foi" bouddhiste. Le chrétien garde son identité et reçoit le zen comme un appel à aller jusqu'au bout de sa foi, de son espérance et du renoncement à soi-même. Le "passing over" de Dunne devient, pour le chrétien, l'expérience pascale de la mort-résurrection. Le zen provoque une purification radicale de la foi et l'avènement de l'Homme nouveau.

f) J'aimerais dire quelques mots sur la pratique du kôan. La pure assise zen peut facilement être acceptée comme une forme de prière contemporaine, mais qu'en est-il du kôan ? En fait, la pratique du kôan consiste à chercher une réponse aux grandes interrogations sur la réalité ultime, sur sa propre identité, sur l'après-vie, sur le sens de la vie. Cette interrogation engage toute la personne : cœur et âme, corps et esprit. Cette recherche du cœur est la prière même de la vie. Une fois amorcée, elle transforme toute l'existence en un pèlerinage vers l'Absolu et fait de l'homme lui-même une prière.

  « Je le rencontre en tout lieu.
      Lui et moi sommes la même chose.
      Et pourtant je ne suis pas Lui.
      Seul celui qui saisit cela
      peut devenir ce qu'il est. » (Tung-Shan)

g) L'auteur est prisonnier du mythe de l'incompatibilité entre les voies de l'Orient et de l'Occident. Les Occidentaux seraient inaptes à pratiquer le zen. C'est là un des a priori de Carl Jung, à qui l'on doit d'ailleurs bien d'autres mythes. Le zen est la quête de l'esprit humain, un processus de conversion et de transformation intérieures.

« Quel est ton visage originel, celui que tu avais avant que tes parents ne soient nés ?[3] » : cette question, tout être humain se la pose. On objectera que l'assise jambes croisées est orientale et ne convient pas aux Occidentaux. Je répondrai à cela que la position du lotus n'est pas une exigence absolue dans le zen et que, d'ailleurs, il suffit de visiter les centres de méditation zen en Occident pour se rendre compte qu'il est parfaitement possible à des Occidentaux de prendre la position de zazen. De plus, quand il s'agit de faire zazen les Orientaux ont autant de mal à s'asseoir correctement que les Occidentaux. On objectera aussi que la non-pensée du zen va à l'encontre du caractère occidental. Faut-il en déduire que la non-pensée, l'intuition, le mysticisme, l'état de non-ego et les autres phénomènes de ce genre sont l'apanage des Orientaux ? Du point de vue spirituel, l'Orient et l'Occident relèvent de la géographie de l'esprit ; ils ne s'appliquent pas à des nations ou des peuples particuliers. La vie spirituelle est ouverte à tous les êtres humains. Maint européen peut se révéler plus "oriental" que maint asiatique, et maint asiatique peut se révéler plus "occidental" que maint occidental.

h) Il serait bon, à ce stade, d'établir une distinction entre les différentes significations du mot "zen". Ce terme peut s'appliquer au bouddhisme zen, à la méditation zen, à l'expérience du zen, à la philosophie du zen, etc. Le bouddhisme zen possède, à l'instar des autres religions, sa propre terminologie, ses rites, ses croyances et ses structures organisées. Il ne faut cependant pas mettre sur le même pied "la méditation et l'expérience du zen" et "le bouddhisme zen". La méditation et l'expérience du zen sont en effet au-delà de toute religion ou système de croyances, c'est-à-dire qu'elles ne sont ni liées à une religion ou à un système de croyances particuliers, ni limitées par eux. En ce sens, le zen conduit celui qui le pratique "au-delà" de la religion et lui permet ainsi d'atteindre le cœur même de l'expérience religieuse.

i) Il fut un temps où l'on s'efforçait d'adapter l'aspect particulier de la culture : gestes, coutumes, etc, au culte et au mode de vie chrétiens. Aujourd'hui on estime plutôt que l'inculturation doit se réaliser par l'engagement socio-politique et la lutte pour la justice. La solidarité avec les masses, en particulier avec les pauvres, voilà la forme que devrait prendre l'inculturation. Cependant, cette démarche superficielle ne va pas jusqu'au cœur du problème. L'inculturation et la spiritualité authentiques ne peuvent se développer que lorsque les religions, les cultures et les idéologies sont mises en cause de manière radicale et transmutées, ce qui est l'aboutissement même du zen. « Le monde n'est pas le monde, c'est pourquoi on appelle "monde" le monde » : telle est la logique de la Shunyata. Il est nécessaire de mourir au monde et à soi-même et de se perdre dans la Vacuité Absolue. La grande compassion s'épanouit sur le fondement du sans-fond ("ground of no-ground") et alors naît le soi du Soi dépourvu de soi ("self of selfless Self") : « Je ne suis pas je, je suis tu ; c'est pourquoi je suis je. » Telle est la véritable source de la solidarité et de la lutte pour la justice, le fondement des Cieux Nouveaux et de la Terre Nouvelle.

 

Conclusion.

L'inculturation du zen signifie pratiquer le zen sans le délayer. Le chrétien entre dans le zen en restant ce qu'il est : un chrétien. Il pratique sous la direction d'un vrai maître qui peut être bouddhiste ou chrétien. Il est absurde et dangereux de christianiser le zen ou de "zénifier" le christianisme. Christianiser le zen revient en fait à domestiquer et à détruire le zen. À ce stade de l'histoire de l'humanité il est préférable de garder ces deux systèmes tels quels et de ne pas chercher à gommer les différences et leur dialectique propre. De cette manière, on peut être totalement chrétien et totalement adepte du zen, sans compromis. Toutefois, il faut préciser que la majorité des gens n'est pas capable d'aller jusqu'au bout de la voie du zen et de pratiquer le kôan. Ce n'est d'ailleurs pas nécessaire. Ce que la plupart des chrétiens peuvent faire en revanche, c'est découvrir et faire leurs les formes de prière non-conceptuelles et la philosophie de la vie propre au zen.

La prière non conceptuelle pourra être une forme d'assise pure, shikantaza. Cependant, pratiquer le zen pur sous la direction d'un vrai maître doit être considéré comme le summum de l'inculturation. L'Église en Asie se doit de se confronter au zen sur un plan profond ; le zen n'est-il pas sorti du sein de l'Orient ? L'Église peut créer une atmosphère favorable, adopter une attitude ouverte vis-à-vis de cette voie de "passage vers l'autre rive" et encourager et autoriser les fidèles qui le désirent à pratiquer le zen de cette manière. En eux, le christianisme mourra pour ressusciter ensuite. Le lâcher prise et l'acceptation de la mort sont des attitudes difficiles pour l'individu ou les institutions. Il est agréable et enthousiasmant de parler de la signification du zen, de sa beauté et que sais-je encore. On veut alors christianiser le zen, le dompter, se l'approprier pour soi-même et son Église. Ce type de comportement rappelle l'enthousiasme des apôtres pour Jésus le Messie au début de sa prédication. Toutefois, lorsque le zen appelle l'aspirant à lâcher prise et à renoncer à tout, à mourir et à se vider, il se sent trahi et jette l'éponge : « Ah, non ! Pas de zen pur ! » Cependant, si l'on est capable d'entrer vraiment dans la vallée de l'obscurité, de la mort et de la vacuité, on s'éveille à la vie qui est au-delà de la vie. Le voyage n'est néanmoins pas encore terminé et l'on se retrouve cheminant sur les routes du monde comme dans la vacuité, dans la vacuité mais comme sur les routes du monde.