Qu'est-ce que le chemin du zen ? Comment sortir de l'univers que nous avons construit ? Comment entrer dans le monde de la réalité profonde qui nous anime ? etc.  autant de questions qui se posent au pratiquant de zen lors d'un sesshin où il est assis sur son zafu (coussin) pendant plusieurs heures.

Jacques Breton est décédé en 2017. À part ses deux livres et des articles, il nous reste de lui quelques enseignements. En voici un lors d'un des premiers sesshin au Centre de Saint-Gervais.Mais ce ne sont que des notes qui ne prétendent pas restituer la parole exacte de Jacques Breton...

 

Enseignements lors du sesshin de juin 1989

 

1997, Jacques BretonNous avançons sur un chemin quel qu'il soit à partir des choix que nous faisons, des décisions que nous prenons, qui nous concernent directement ou indirectement.

Première chose. Il y a tout le temps des "oui" et des "non" à dire, et cela ne nous est pas toujours facile. Pour la plupart, nous avons toujours la peur de nous engager, d'engager notre avenir. Cela va limiter en apparence d'autres possibilités, mais en fait c'est cet engagement qui va nous rendre libre. Cependant, au départ, on voit ce que l'on quitte pour s'engager dans une réalité que l'on ne connaît pas. L'engagement correspond à nous-même, à notre chemin.

Deuxième chose. Dès que vous prenez une décision, vous n'êtes pas seul concerné, votre entourage le sera aussi et cela vous fait peur pour les autres. C'est ce qui fait que nous restons souvent sur un plan attentiste. Nous attendons et nous ne progressons pas, quelquefois même nous reculons ! Nous restons dans une compromission avec nous-même et nous en souffrons.

 

Le chemin du zen doit nous aider à pouvoir prendre des décisions, à faire des choix véritables. C'est un chemin sans compromission qui va nous conduire loin et nous entraîner là où nous avons peur d'aller.

Mais, vous aurez beau connaître toutes les techniques du zen et avoir tout lu sur le zen, cela ne servira à rien si, de votre part, il n'y a pas un engagement véritable qui va vous faire entrer dans ce chemin. Il ne s'agit pas de prendre la posture et de rester là, mais il faut se dire : « Je vais vivre cette méditation ; le zen va me permettre d'aller jusqu'au fond de moi-même. Est-ce que vraiment je décide de vivre ce chemin jusqu'au bout, même si je dois en baver ? J'ai décidé d'aller jusqu'au bout, jusqu'au centre. » Si vous ne prenez pas au départ la décision de dire « je veux prendre ce chemin », cela n'aboutira à rien.

 

► "Le zen, c'est casser ce monde pour nous permettre de rentrer dans le monde de la réalité profonde qui nous anime."

Le chemin du zen, c'est d'essayer de sortir de l'univers que vous avez construit, univers constitué de toutes les idées que vous pouvez avoir sur le même, sur les autres, sur le monde, sur Dieu, sur la politique, sur le social. Bien souvent, vous prenez conscience que cette connaissance que vous avez provient d'un certain ressenti de vous et des autres.

Si je vous pose la question : « Que pensez-vous de vous-même ? » Votre réponse dépendra de l'échec d'hier ou du vécu de ce matin. Si vous avez eu un succès, vous direz « Je suis quelqu'un de bien » mais, si vous avez eu un échec, vous direz : « Je suis un pauvre type ». On dépend de l'affectif, de l'émotionnel.

Si vous êtes en réaction vis-à-vis de quelqu'un, vous le verrez sous un mauvais jour ; mais si vous êtes plein d'amour, vous le verrez avec de belles qualités. Tout cet univers est donc un peu illusoire, même s'il y a une part de vérité. Cette part de vérité n'est rien à côté de ce que vous êtes vraiment. Les connaissances que vous avez sont totalement faussées par les sentiments. Ces connaissances sont très imparfaites, car s'il manque une donnée à un problème, tout est faux.

La réalité ne vient pas de l'affectif, elle vient du fond. C'est là où se construit notre vie. Elle ne se construit pas à partir de ce que nous pensons mais à partir du fond. Il s'agit donc d'accepter d'aller au cœur pour voir ce qui est pour moi et pour les autres.

 

Le zen, c'est casser ce monde pour nous permettre de rentrer dans le monde de la réalité profonde qui nous anime. Cette réalité intérieure va nous apparaître au départ comme un vide. Heureusement ce vide nous apporte tout de suite une véritable paix. En effet, l'univers que le nous construisons ne nous satisfait pas. Il nous donne seulement les apparences des choses mais tout cet avoir ne nous donne pas la joie, bien au contraire. Alors, quand nous commençons à quitter cela pour entrer davantage dans la réalité, dans une espèce de vide nous trouvons la paix. En effet nous avons l'impression d'être dans le vrai, et le vrai nous amène toujours la paix. C'est lorsque nous avons mauvaise conscience que cela ne va. Le signe même que nous commençons à entrer dans la réalité, c'est la paix, mais à condition de ne pas y aller à moitié. Si nous acceptons de dire non, il y a la paix. Cette paix ne sera qu'un passage.

Quand nous méditons, nous entrons dans le vide intérieur, nous commençons à être présent au souffle, à ce qui est là. À un moment donné nous nous rendons compte que nous sommes là, présent, mais ce n'est pas encore suffisant, il y a le désir d'aller plus loin. Il y a encore autre chose.

Il peut se faire que nous nous arrivions devant une porte qui est là au fond. Nous voudrions aller plus loin, et puisque cette porte est fermée, nous voudrions la forcer. Mais nous avons beau la forcer, nous n'y arrivons pas. Ce qui est important alors, c'est d'être là en attente, en sachant que ce n'est pas nous qui ouvrirons la porte. Ceci est capital.

Quand nous avons commencé à être plus au fond, il faut vivre cette aspiration… « Est-ce que je suis capable de lâcher cet univers dans lequel je vis, est-ce que je suis capable de m'abandonner, de tout lâcher, de tout quitter ? » Et c'est au moment où, au fond de nous-même, nous serons prêt à dire un "oui" véritable, qu'à ce moment-là la porte s'ouvrira de l'intérieur, pas de l'extérieur. Elle ne pourra s'ouvrir que si notre oui est total, sinon elle ne s'ouvrira jamais. Cela ne peut venir qu'au moment où nous n'en pouvons plus, où nous sommes prêt à tout livrer. Et quand la porte s'ouvre, alors il faut y aller.

La porte, ce n'est pas nous qui l'ouvrirons, mais quand elle s'ouvre, c'est à nous de décider d'y rentrer. À ce moment-là j'expire, j'expire, j'essaie de plus en plus d'aller au fond, et il faut y aller même si cela fait un peu peur. Ce que nous allons trouver dans notre profondeur, c'est une obscurité qui petit à petit se transformera et deviendra lumineuse. Nous aurons l'impression de plonger dans un océan de vie et d'amour, et nous n'aurons plus qu'un désir c'est d'y être encore davantage, de nous y perdre pour être totalement imprégné par cette lumière. À ce moment-là, nous ne sommes plus dans notre moi, nous sommes dans un océan.

N'y a-t-il pas un risque de perdre sa personnalité ? Ne vous inquiétez pas, votre personnalité vous la retrouverez. L'univers que vous construisez jaillira du fond de votre mystère intérieur et vous transformera totalement. C'est tout autre chose qui vient et qui vous donne une autre écoute, une autre vision. Cela correspond à ce qui est (à la réalité) et pas à votre imagination. Le chemin du zen va nous aider à aller jusqu'à la réalité de nous-même.

« Si tu renonces à toi-même, tu trouveras ta vie. »

Il y a donc tout ce travail de purification qui va se faire lentement, mais il ne sera véritable que si vous êtes prêt à tout lâcher. Vous vous dites : « Je vais perdre quelque chose »… en fait, vous ne perdez qu'un monde illusoire, mais vous gagnez tout. Ce que vous perdez, ce n'est rien, ce que vous allez trouver, c'est tout. Si vous allez jusqu'au fond, quand vous en sortirez, tout deviendra clair. Il s'agit d'une clarté qui vous vient, il s'agit d'un autre regard que vous portez, regard qui vous rend possible ce qui vous paraissait impossible. Tout ce qui vient du fond c'est toujours clair. La lumière viendra dans la mesure où vous aurez tout quitté.

 

Aujourd'hui nous allons essayer de vivre cela, et deux jours, c'est court, mais il faut d'autant plus que vous soyez nets.

« Tu es là pour faire le vide en toi, pour vider ; laisse tomber ton avenir, tes soucis, tout ce qui t'inquiète ; laisse tout tomber, tout ce qui te revient à l'esprit. »

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Arrivez comme des petits enfants qui ne savent plus rien, qui ne sentent plus rien, et vous retrouverez un autre savoir.

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Dans le zen rinzaï, le kôan est là pour casser notre univers[1]. Il ne peut pas se résoudre par notre intellect, il ne peut se résoudre que par le fond. Le signe que vous êtes dans le fond, c'est que le kôan est là.

Le Rôshi m'a dit un jour : « Ne les encombrez pas avec les kôan, l'essentiel c'est qu'ils cassent leur univers. »

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Au départ, la respiration n'est pas suffisante, il faut se servir de quelque chose d'autre qui permette de quitter. Répéter sur l'expiration "rien" ou "Mou", cela aide à descendre. Si les pensées viennent, je dis : "non", "rien"… demain est important… mais "non", "rien", Mou"…

Dans l'expiration, l'Esprit est déjà à l'œuvre, il joue en moi. En effet, par moi-même, ce ne sera pas possible. Quand j'expire, c'est l'Esprit qui me permet de casser, cela pendant le zazen.

 

Avant le zazen, il est important, pour nous Européens, de nous dire : « Jacques, est-ce que tu es prêt à tout abandonner, à tout remettre dans ton fond ; dans ce fond où, si tu t'abandonnes, tu te retrouveras toi-même. As-tu la certitude que tu es habité dans ton fond ? » Au départ ceci est important, c'est ce qui va te permettre d'y aller.

Ensuite, il s'agit de vivre cela pendant la méditation mais aussi pendant le samu (travail manuel) qui est fait pour ça, pour que vous soyez dans ce que vous faites, pour ne pas remonter dans votre tête.

Pendant les temps libres, accepter même de garder l'attitude de silence, de contemplation ; être dans une attitude d'accueil par rapport aux choses ; aller se promener dans la nature ; écouter les oiseaux ; refuser de penser ; trouver un véritable silence, ne pas être seulement dans la parole.

Si vous faites cela pendant deux jours, vous serez déjà beaucoup mieux.

 

Le monde que l'on se construit, c'est comme une baudruche. Un sesshin c'est descendre toujours un peu plus profond. Si votre pensée jaillit un peu plus profond, elle sera toujours plus claire. On ne peut pas vivre sans penser, mais notre réflexion sera changée.

Je souhaite de tout mon cœur que vous puissiez un jour entrer dans ce mystère intérieur, c'est tellement magnifique !

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► Poursuivre le chemin du zen dans l'action.

L'important c'est cet effort de purification qui va vous permettre de découvrir ce que vous avez à faire (ce qui est en conformité avec ce qui vous concerne) ; arriver à cette sagesse intérieure. Il s'agit pour nous de quitter l'univers du mental qui est fait de projets, d'idées, d'a priori. Tout cela vient de l'affectif et fausse nos regards sur nous-même, sur les choses, sur le monde et sur les événements. Cela nécessite de notre part tout un mouvement d'abandon pour nous ouvrir à la lumière intérieure, à la présence de l'Être qui seule peut nous guider à travers notre quotidien.

Pourtant cette clarification n'est pas suffisante car on peut voir assez clair sur ce qui se présente sans pour autant se décider– La difficulté pour œuvrer n'est pas seulement de l'ordre de notre intelligence, c'est aussi de l'ordre de notre volonté. Il y a en moi des tas de résistance, de forces d'inertie, qui s'opposent à ce que j'ai à faire, ce qui se présente à moi.

Ce qui est important c'est la mise en œuvre de cette vérité que vous découvrez par la méditation, de cette force, de cette lumière, tout ce que vous êtes à l'état de germination. Mais il faut qu'à travers vous cela puisse se vivre, se déployer, grandir, se développer, pour qu'à travers tout ce que vous faites, ce mystère que vous portez puisse se répandre. Et c'est en ce sens que vous allez vers un état de réalisation. Ce chemin de réalisation va passer à travers les actes que vous allez poser et qui petit à petit vont mettre en œuvre ce mystère intérieur.

 

Le chemin du zen n'est pas seulement d'atteindre en vous une certaine intériorité. Dans les monastères zen au Japon, il y a une semaine de sesshin par mois, et tout le reste c'est du samu. Dans la journée que l'on passe au monastère, il y a quelquefois une seule heure de zazen. Et je me suis rendu compte que ce qui était vécu en dehors des sesshins était quelquefois plus important et parfois plus dur à vivre. Les Européens supportent bien les sesshins mais pas le reste parce que justement tout le travail qui nous est proposé c'est pour nous aider à enraciner notre volonté au cœur de nous-mêmes : « Je veux ceci, mais qui veut en moi ? »

Ce qui est demandé dans un monastère, et c'est cela le chemin du zen, c'est que le zazen se poursuive dans l'action. Dans le zazen vous vous efforcez d'être là tout entier, vous essayez de ne plus être au niveau des idées, de l'affectif, des émotions. Mais il est important de faire la même chose dans l'action : quel que soit ce qui se présente à vous, il s'agit de vous y mettre tout entier. Y être tout entier cela veut dire y être avec son intelligence, sa sensibilité, l'amour et le mystère que vous portez en vous.

Au monastère, quand je me faisais reprendre parce que j'avais oublié de balayer trois feuilles sous un arbre, ce n'était pas parce que j'avais oublié ces trois feuilles, mais parce que je n'étais pas vraiment présent, parce que je me dépêchais… Or il ne s'agissait pas de se dépêcher, il s'agissait d'être complètement présent.

L'école du zen, c'est de vivre complètement ce qui se présente. Mettre en œuvre dans les plus petites choses qui soient tout ce qui est en moi, la beauté du geste, la poésie. Il y a des tas de choses qui peuvent être vécues dans les choses les plus simples qui soient. Le zen, ce n'est pas seulement être là, mais c'est aussi et surtout être là dans ce qui ne m'est pas du tout agréable.

 

   ●   Parenthèse : vivre le samu au Ryutaku-ji.

Au Japon, quand je suis là toute la journée à arracher les herbes une par une, je peux penser que ce serait beaucoup plus simple de prendre une binette ! Mais même si cela n'est pas agréable de ne pas avoir de binette, j'essaie de faire cela en étant là tout entier.

Tous les matins, on nettoie le monastère et il y a des parties qui ne sont pas du tout agréables à nettoyer. Par exemple les toilettes qui sont au fond du jardin et sans eau courante ! Mais pour les moines, c'est le meilleur car c'est tellement peu agréable qu'il faut s'y mettre vraiment. Aussi, c'est la première chose qu'ils font, alors que moi j'aurais tendance à commencer par balayer le zendô ! Et eux, ils nettoient à fond, ils ne font pas ça à moitié, ils vont jusque dans la cuvette…

Autre exemple, le dernier jour, la veille de mon départ, nous avons fêté l'anniversaire d'un grand Rôshi qui avait restauré le monastère. Le matin nous avons astiqué le monastère, et après il y a eu la cérémonie où nous servions les invités à table. Le repas a duré jusqu'à 2 heures de l'après-midi alors que nous nous étions levés à 5 heures. Nous pensions que l'après-midi serait libre, au dernier moment on nous a dit qu'il y avait un changement, on m'a dit : « Tu as juste 25 minutes pour célébrer l'eucharistie ». Puis ensuite il a fallu arracher les pommes de terre. J'ai commencé à arracher les pommes de terre à ma façon mais je me suis faire reprendre alors que je trouvais ma méthode bien meilleure que la leur… et tout de suite le cinéma s'est mis en route dans ma tête : je me dis que les pommes de terre c'est français tout de même, c'est Parmentier, et à ce moment-là la révolte se crée en moi, je me dis « tu es là pourquoi, Jacques, pour arracher les pommes de terre ou pour un chemin spirituel ? Pour faire ce que tu veux ou réaliser en toi la volonté divine ? » – ce qui a été le plus dur dans la vie du Christ, cela a été la croix, cela a été l'acceptation de cet acte absurde qu'a été la croix – « Je veux » – L'homme n'a pas du tout envie de passer par cet acte absurde, de rentrer dans ce monde de haine et de conflit – brisure de sa volonté qui demande cela – Alors que j'étais en train de perdre ma paix, j'ai quand même eu un déclic, et non seulement j'ai retrouvé la paix, mais à ce moment-là une espèce d'amour très fort s'est dégagé. Le lendemain un moine très expérimenté m'a dit à la pause : « Je te remercie pour ce que tu m'as apporté hier. » Dans cet acte assez difficile, j'ai peut-être fait passer quelque chose d'important qui était au fond de moi.

Et ceci est continuel dans le monastère, on se fait reprendre continuellement. Celui qui m'avait repris, je sais que cela lui avait coûté, mais quand je suis parti je sentais toute l'estime qu'il avait pour moi. J'ai accepté de jouer le jeu de ce qui m'était demandé, et je sais que cela a été le plus profitable.

Se faire reprendre continuellement nous oblige à nous défaire de nous-même pour entrer dans notre vérité profonde. C'est quelque chose que je ne trouve pas dans les monastères chrétiens. Nous, Français, sommes des râleurs continuels. Et pour vivre cela, nous sommes obligés de faire un grand dépassement !

 

► Avancer pas à pas.

J'en suis au niveau des actes que je pose, mais le zen va plus loin que cela encore.

Il n'y a pas seulement ce que je vis, il y a aussi tout l'avenir que j'engage et cet avenir ne m'appartient pas. Ce qu'il faut bien saisir et qui est capital, si vous arriviez à comprendre cela ce matin, ce serait formidable, quand vous vous engagez, vous ne pouvez engager que l'aujourd'hui, mais vous ne pouvez pas engager l'avenir qui ne vous appartient pas.

Quand je me suis engagé dans la vie religieuse, je l'ai fait en toute clarté, et au bout de neuf mois, tout a été remis en question. Est-ce que l'engagement était sérieux ? Ce que j'ai vécu pendant neuf mois, cela a été extraordinaire, il fallait que je passe par là. J'ai d'autant mieux pu faire mon chemin ensuite que je me suis engagé pleinement.

Quand je pars au Japon, je me dis que c'est pour toujours. En effet, si je pense y aller seulement pour trois semaines, ce sera du superficiel. Si je veux que cela m'apporte vraiment, il faut que j'y aille comme si cela devait toujours durer.

Il faut toujours vivre l'instant comme si c'était éternel. À ce moment-là j'engage le fond de de moi-même, et comme j'ai la certitude profonde que ce que j'engage c'est l'Être divin, je sais très bien qu'il ne pourra me conduire que là où je pourrai progresser encore davantage.

Si c'était mon chemin de rester encore six mois, un an, je serais resté, mais si mon chemin c'était de revenir ici avec vous, je serais revenu.

 

L'engagement, c'est le oui dans tout ce que vous vivons, mais nous n'engageons pas l'avenir qui ne nous appartient pas.

C'est comme ici : si dans six mois, je suis appelé à autre chose, et bien je serai appelé à autre chose. Ce qui est difficile, c'est continuellement vivre cette mort pour accepter ce qui est là. La vie spirituelle, c'est s'ouvrir continuellement à cette richesse intérieure, quitter son avoir pour être, et cela demande l'engagement dans un chemin.

C'est un principe très fort dans toutes les traditions religieuses que, lorsque vous êtes dans un chemin quel qu'il soit, tant que vous n'avez pas la certitude que ce n'est pas votre chemin, vous restez dans cette limite. Il faut entrer dans cette réalité, et si un jour c'est terminé, il y a des signes suffisants pour aller au-delà.

C'est cela qui fera que petit à petit j'avance. Je suis tout entier dans chaque pas, et le pas suivant va venir. C'est ce mouvement que j'ai à vivre. Le pas suivant, on verra et c'est comme cela que j'avance. Cela demande une confiance, c'est sûr, une confiance totale dans votre être profond.

Voyez cette discipline du zen, rester 6 heures sans bouger… si on vous avait dit cela avant de commencer ! C'est cette discipline d'être là qui permet d'aller plus profond. Vous n'avez qu'à voir, bien souvent, quand on est tout seul, au bout de 20 minutes, c'est fini… Mais, quand je commence une méditation, je dois être là comme si j'y étais pour trois ou quatre heures. D'ailleurs, quelquefois au Japon, cela dure 3 heures.



[1] Voir les enseignements d'Eizan Rôshi sur les kôans : Enseignement Eizan Rôshi.