Lors du sesshin des 3-4 février 1989, Jacques Breton a développé longuement les obstacles qu'on peut rencontrer sur le chemin méditatif. Fidèle à la tripartition "physique, psychique, spirituel", après avoir parlé rapidement du physique et du psychique, il a traité longuement du spirituel en faisant appel à l'Esprit. Ces remarques et conseils sont tout à fait valables pour quiconque médite sans que ce soit dans un cadre lié au zen. Les symboles que J. Breton utilise (le souffle, l'eau (qui descend), la mer (flux et reflux), le feu, la porte… sont très parlants.

La mention de l'Esprit considéré par moment presque comme une personne qui vient, peut gêner certains, mais  pour décrire l'expérience spirituelle, chacun est obligé d'employer les mots qu'il peut et Jacques Breton privilégiait le mot "Esprit" qui est moins connoté que celui de Christ ou de Dieu (qu'il préfère d'ailleurs appeler Être), et qui a l'avantage dans la Bible d'être exprimé en grec ou en hébreu par un mot qui désigne aussi le Souffle (gr. pneuma ; hébr. rouah).

En parlant de lâcher-prise, en parlant du fond de l'être (qui est aussi le centre de l'être) J. Breton est fidèle à Graf Dürckheim qui lui-même se réfère à maître Eckhart.

 

Paroles de Graf Dürckheim :

  • « Avec les expériences de Maître Eckhart, je me situe… sur une terre absolument solide, une réalité inébranlable, la source, l'appel le plus profond qui forme vraiment le centre de l'être humain. Mais cela exige la pauvreté de l'esprit qui invite au lâcher prise total pour permettre la naissance de Dieu en notre être. » (Dialogue sur le chemin initiatique, p.18)
  • « L'homme devient conscient de l'Être dans sa plénitude tout d'abord par le goût de la vie (“j'aime vivre”, dit Maître Eckhart), surtout quand il est éprouvé spontanément comme la saveur d'une force originelle et comme une énergie libératrice. L'élan vital a chez l'homme le caractère d'un “oui” inconscient à la vie. Quand un destin contraire transforme celui-ci en “non”, peut-être seulement en un “oui mais”, s'éteint l'éclat surnaturel de la joie de vivre spontanée. Alors le chemin de la profondeur se ferme aussi.» (Méditer: Pourquoi et comment, p. 27)
  • « Dans l'exercice, nous cherchons à devenir perméables à notre essence. Cet exercice comporte deux phases : celle du relâchement, du lâcher-prise, du renoncement à tout ce qui entrave cette perméabilité, et celle de l'accès à une attitude de disponibilité, grâce à laquelle notre essence peut pénétrer notre être intérieur.
      Dans la respiration, cela signifie : tout d'abord la réalisation de l'expiration selon les trois phases du relâchement, du laisser-aller vers le bas, du devenir un, puis laisser advenir l'inspiration, qui est un don de l'expiration juste - de l'ouverture tout simplement. Le fait de s'ouvrir désigne l'attitude de disponibilité dans laquelle l'essence peut venir à nous. C'est là une attitude particulière, une disponibilité particulière à recevoir. C'est comme si l'on attendait un bon ami qui pourrait arriver d'un instant à l'autre et que l'on accueillerait, et c'est vers l'intérieur que s'ouvre la porte.
      Nous devons toujours partir de l'idée que l'essence nous cherche, et que nous commençons par nous fermer à elle. Il y va d'une ouverture pleine d'amour. Alors, il peut arriver - celui qui sait être là dans la bonne attitude en fait constamment l'expérience - que, comme un souffle, quelque chose de très léger, mais de très particulier, ait lieu et doive être ressenti. Ce n'est tout d'abord guère plus que le parfum d'une fleur qui vous parvient, ou le pressentiment de la terre proche chez celui qui s'en approche en bateau. Ce "souffle du Tout-Autre", lorsqu'il vous effleure et qu'on le sent, apporte déjà un bonheur indescriptible et émouvant : c'était là - un instant.
      Maître Eckhart ne cesse d'ailleurs de rappeler que, durant cette phase de l'exercice, il est question de quelque chose de très doux qui donne lieu au premier contact avec l'autre dimension ; dans une attitude dans laquelle on est – dans l'attente serait déjà presque trop dire – prêt à être effleuré, touché par ce parfum, par ce quelque chose qui vient du Tout Autre.
      À travers chaque expiration, nous pouvons encore davantage nous prêter à cela. Nous pouvons lâcher prise toujours plus encore et nous ouvrir : je l'ai ressenti, léger comme un souffle. » (Sagesse et Amour, Ed. Alphée Monaco, 2005, p.49-51)

 

Enseignement de Jacques Breton

Sesshin des 3-4 février 1989

 

Chaque matin vous faites le samu (nettoyage, service…) : il n'est question ni d'efficacité, ni de rendement… le tout c'est d'être présent à ce que l'on fait, dans un esprit de service. Il s'agit presque toujours d'un nettoyage, et le nettoyage extérieur doit nous aider à nous nettoyer intérieurement. Il y a un lien entre ce que vous faites extérieurement et ce que vous êtes intérieurement. Vous êtes très présent à ce que vous faites, c'est un travail qui doit vous aider à mieux vivre votre quotidien.

 Aujourd'hui je vais vous parler des obstacles qu'on peut rencontrer sur le chemin méditatif.

 

●  Obstacles physiques.

Jacques Breton, enseignement

Je parle d'abord des obstacles qui sont d'ordre physique.

– Le premier c'est être fatigué.

Si on est fatigué on risque de se tendre davantage ou bien on risque de s'endormir, et il vaut mieux s'endormir que de se tendre !

Quand vous sentez la fatigue qui vient, surtout ne vous tendez pas, mais stimulez-vous, c'est-à-dire réveillez vos énergies en expirant et en inspirant plus fort, très profond : j'expire en poussant la terre, ça développe mes énergies qui vont me permettre de mieux me réveiller. Il y a aussi le kyôsakou[1], ce n'est pas un réveil très agréable et il vaut mieux se réveiller par l'intérieur !

– Le second c'est avoir mal.

On a mal au dos, aux genoux, aux cuisses, aux jambes… il y a des endroits qui sont plus douloureux que d'autres selon les personnes… et parfois cela devient insupportable. Si vous avez mal c'est qu'une tension s'est créée, et plus vous allez rester dans votre mal, plus cette tension va s'accentuer, et plus vous aurez mal, vous n'en sortirez pas…

Deux choses :

 – il faut laisser couler, comme une eau qui coule, comme la respiration : j'expire jusque dans ce mal, pour laisser couler jusqu'en terre et retrouver le centre.

– il faut surtout bien garder votre centre de façon à ne pas vous fixer sur votre mal. Demeurez très présent à vous-même.

À ce moment-là, le mal sera là, mais à la limite vous ne vous en préoccuperez pas tellement, vous laisserez couler et vous n'aurez plus la sensation d'avoir mal. Lorsqu'on médite très longtemps, les muscles se tétanisent et ça devient excessivement douloureux ; mais là encore il s'agit de laisser couler. C'est surtout vrai quand on fait sept jours de méditation, au bout du cinquième jour ça devient intenable, c'est inacceptable, impossible… mais un moment donné, il y a une espèce de passage, une détente intérieure qui se crée.

– Le troisième c'est se relâcher.

À un moment donné, le dos se relâche, la nuque aussi, etc. et il est certain que quand il n'y a plus de tenue, il est difficile de continuer la méditation. C'est pour ça que de temps en temps, quand vous êtes en méditation, avant d'être repris par vos idées, vos images etc. retrouvez votre posture juste : la position juste de la nuque, du bassin etc. pour que de nouveau vous retrouviez l'assise.

 

●  Obstacles psychiques.

Je ne vais pas trop m'étendre là-dessus. Il y a en nous beaucoup de résistances, de peurs, de tensions intérieures, de barrages. Dieu sait s'il faut en tenir compte, mais à la limite on ne peut pas grand-chose au moment où on médite. C'est un travail à faire avant ou après.

 

●  Obstacles spirituels.

Ce sont les plus grands obstacles.

La méditation telle que nous la pratiquons ici est réellement un chemin spirituel, c'est-à-dire une ouverture vers une réalité qui est là. Ce n'est pas un chemin vers Dieu, mais c'est une ouverture progressive à cette réalité intérieure qui progressivement vient m'habiter, vivre en moi.

C'est de cela que je vais maintenant vous parler.

 

Interprétation du cheminement en se référant à l'Esprit divin

 

La méditation telle que nous la pratiquons vise à devenir progressivement disponible, ouvert à l'Esprit qui est en moi. Il veut me communiquer de l'intérieur ce qu'il est, cette plénitude de vie à laquelle j'aspire, cette force intérieure, cette lumière, cet amour, et progressivement il va s'emparer de ma personne pour l'amener à son achèvement.

Je voudrais souligner que le chemin spirituel ne va pas anéantir ma personnalité mais, au contraire, lui donner toute son amplitude. Très souvent des personnes qui commencent à s'ouvrir à cette dimension intérieure paniquent, car elles ont peur de totalement s'anéantir… il n'y a plus rien… Or le chemin spirituel c'est l'inverse : plus j'avancerai sur ce chemin, plus, au contraire, ma personnalité s'affirmera. Vous deviendrez de plus en plus vous-même. Les sages et les grands mystiques sont des gens qui ont une très forte personnalité, tellement forte qu'ils rayonnent autour d'eux ; ce ne sont pas du tout des gens diminués, au contraire. Ce sont des gens qui ont retrouvé une liberté intérieure faite d'intelligence et d'amour. Cela dépasse de beaucoup notre condition normale humaine.

 

Dans un chemin spirituel, il y a deux données :

  • il y a l'Esprit divin qui est en vous
  • il y a vous.

Comment ces deux données vont-elles se concilier en vous ?

  • Si vous anéantissez votre personnalité, vous allez à l'envers d'un chemin spirituel.
  • Si au contraire, vous anéantissez l'Esprit parce qu'il n'y a de place que pour votre personnalité, il est évident que vous n'avancerez pas sur votre chemin spirituel.

Tout ce que nous allons essayer de vivre, c'est de voir comment les deux vont s'allier : à la fois vous et l'Esprit divin en vous. Justement tous les obstacles que vous allez rencontrer sur le chemin spirituel vont venir de là : de la manière dont vous vous situez par rapport à une spiritualité.

L'Esprit, pour pouvoir venir en vous, et vous pour l'accueillir, a besoin d'un support. Vous n'êtes pas de purs esprits, vous n'êtes pas des anges, vous êtes des hommes, et la matière qui vous constitue n'est pas, au départ, de l'ordre du pur esprit. Mais justement, parce que vous êtes constitués de matière et d'esprit, le spirituel ne pourra s'incarner en vous qu'en prenant appui sur un support qui vous permettra de vivre le jeu entre vous et l'Esprit.

Dans la méditation, le support par lequel on peut vivre la communion est la posture, la tenue, la respiration etc. ça peut être des mots [Mûû.., la prière du cœur…], ça peut être un chapelet. Ce sont des supports.

Je vais prendre des exemples. Pour que le feu puisse éclairer, qu'il puisse chauffer, il lui faut qu'il ait un support, il faut qu'il y ait du bois, c'est ce qui lui permet d'être ce qu'il est. Le bois est le support nécessaire, mais c'est le feu qui s'empare du bois, c'est lui qui éclaire et chauffe. De la même façon, pour arriver jusqu'à nous, l'eau a besoin de tuyaux, mais il ne faut pas confondre les tuyaux avec l'eau.

Pour nous, c'est la même chose, on a besoin d'un support. Mais ce qui arrive quelquefois c'est qu'on confond le support avec la réalité. Vous aurez beau respirer autant que vous voulez, en étant présent à votre respiration, ce n'est pas pour cela que vous y arriverez à vivre le jeu entre vous et l'Esprit. L'Esprit a besoin d'un support mais il ne faut pas confondre les deux. Vous aurez beau prendre une tenue verticale, cette tenue n'est que le support qui va permettre à l'Esprit, peut-être, de venir. Ce n'est pas parce que vous réciterez 2000 chapelets dans votre journée que vous atteindrez le spirituel…

On est tellement attaché au support que finalement, c'est comme si on oubliait que c'est le feu qui éclaire et chauffe, et pas le support, même si celui-ci est nécessaire.

Le principal obstacle c'est donc de confondre les deux. On a besoin de moyens, on a besoin de techniques pour atteindre une réalité qui nous dépasse. Pourtant, vous pourrez méditer dix heures par jour, cela ne changera rien si vous en restez au niveau technique. Vous pourrez développer votre centre vital (votre hara), et acquérir une force énergétique très grande…. mais il vaut mieux faire de la marche que de rester là cinq ou six heures simplement à développer son hara !

 

Il y a un autre danger, c'est de laisser toute la place à l'Esprit divin, de me dire que lui seul est important… et ainsi de vivre une certaine passivité : c'est lui qui agit, qui fait, qui transforme, et moi je suis là comme une bûche qui attend d'être allumée.

En fait, dans le chemin spirituel, il y a une collaboration qui s'établit entre ce que vous êtes et l'Esprit. Ce n'est pas l'Esprit qui agit à votre place, c'est vraiment une étroite communion qui se fait entre vous et l'Esprit. Loin d'être anéantie, votre personnalité va se développer dans cette relation s'établit entre vous et l'esprit. L'Esprit ne peut rien faire sans que vous y consentiez. Il ne peut rien sans vous, de même que vous, vous ne pouvez rien sans lui. C'est un engagement mutuel et réciproque qui s'établit pour vous permettre de progresser sur ce chemin.

 

La question est donc : comment faire pour que ce que je suis puisse être présent et que je rende présent à moi l'Esprit ? Comment va se faire cette collaboration entre moi et l'Esprit ?

L'Esprit divin, qui maintenant collabore avec vous, vient à vous tel que vous êtes aujourd'hui. Et la première chose pour qu'il y ait une collaboration possible, c'est la vérité entre vous et l'Esprit. La différence c'est que lui est totalement vrai alors que vous, vous ne l'êtes pas encore, que vous allez le devenir. Cette vérité, c'est reconnaître que vous êtes encore très loin : en vous il y a beaucoup de choses qui ne sont pas en ordre et en place ; vous êtes plein de fragilités, de failles ; vous êtes encore très égocentrique, plein de vous-même ; un peu trop sûr de vous parfois ou bien le contraire. Pour qu'il y ait collaboration, il faut qu'il y ait vérité.

Le chemin, c'est partir d'où je suis et non pas de ce que je voudrais être. Très souvent on voudrait être arrivé avant de partir, et on fait tout pour essayer de camoufler ce côté de nous-même qui nous déplaît pour être presque sur le même plan que celui qui vient à nous. Non, vous n'êtes pas encore Dieu, vous n'êtes pas encore l'Esprit, vous êtes ce que vous êtes aujourd'hui avec tous vos défauts, toutes vos déficiences.

C'est dans la mesure où vous allez-vous reconnaître tels que vous et que la collaboration va devenir possible entre vous et l'esprit divin : il vous prend tel que vous êtes maintenant et aujourd'hui. Vous n'avez pas besoin de chercher à justifier continuellement vos faiblesses (si je suis comme ça, c'est par ce que…). Et dites-vous bien une chose, c'est que même si vous commencez à reconnaître ce que vous êtes, vous ne reconnaissez qu'une toute petite partie de vos fragilités, faiblesse et de vos infidélités ; car comme le disent tous les mystiques, si vous vous voyiez tel que vous êtes aujourd'hui, vous ne pourriez peut-être pas vivre longtemps tellement vous vous sentiriez loin de votre réalisation.

Ça c'est le premier travail qui ne peut se faire que si vous avez la certitude que l'Esprit ne peut venir à vous que dans la mesure où vous reconnaîtrez cela, qu'il ne peut vous transformer, agir en vous et vivre avec vous que si vous faites cet acte de reconnaissance de vérité. C'est la chose la plus dure qui soit, et c'est pour cela que beaucoup se créent des masques, des personnages. C'est un peu comme si, en prenant l'idée du chemin : on est là en bas, et puis on aperçoit la montagne tout à fait en haut, et on rêve d'être là au, et on commence tellement arriver de cela qu'on s'imagine être arrivé là-haut… Le chemin, il faudra le faire de toute façon.

 

La deuxième chose importante, c'est que cette collaboration entre moi et l'Esprit va se faire à travers des moyens concrets. Quand je vais vers l'autre, j'y vais avec mon corps, je parle… Il en est de même avec l'Esprit divin.

Dans le zazen, le support de la méditation est la respiration : être présent à votre inspir et à votre expir vous permettra de commencer à quitter votre mental, à quitter vos émotions, à descendre, à vous mettre dans votre centre vital, ce qui n'est déjà pas si mal.

Si je dis « j'expire », je peux dire aussi « c'est l'Esprit divin qui dans ce souffle expire avec moi ». J'expire, c'est vrai, mais dans cette expiration, il y a le Souffle qui en moi, va expirer en même temps. Il est totalement présent dans la mesure où moi-même je désire cette collaboration et je l'accepte. Et si j'accepte, il va faire de moi ce que je ne peux pas faire véritablement, ce travail de purification intérieure de mon cœur. Purifier le fond de votre cœur, le fond de votre pensée, ne peut se faire sans la présence spirituelle. Ce n'est pas vous qui vous purifiez. Ce travail de purification profonde, ce nettoyage intérieur, c'est l'expir en vous qui le fait. Quand j'expire, je ne dis pas seulement « c'est moi qui expire », mais « c'est aussi l'Esprit en moi qui expire et qui va faire tout ce travail de lessivage ».

Recevez le Souffle saintLe Christ a soufflé sur ses apôtres pour leur transmettre l'Esprit.

Quand j'expire, je sens en moi ce souffle porteur de toute la dimension spirituelle qui va me permettre de dégager tout ce qui en moi est de trop pour progressivement m'ouvrir à une grande disponibilité.

Lorsque j'aspire, c'est encore plus vrai : ce n'est pas seulement l'oxygène que je reçois – il est vrai que l'oxygène va renouveler mon sang, redonner vie à mon corps physique – c'est aussi le souffle de l'Esprit que j'inspire et qui va me transmettre de l'intérieur tout ce qu'il est. Comme l'oxygène va renouveler mon sang, cette inspiration de l'Esprit va me renouveler intérieurement, me redonner cette vie nouvelle.

Dans la méditation, je ne peux pas penser sans arrêt : « j'inspire, j'expire » ; à un moment donné, la respiration s'approfondit d'elle-même. Laissez-la vivre en vous. À ce moment-là, c'est uniquement le souffle qui est là : ce mouvement de flux et de reflux – comme dans la mer – c'est la grande Vie en vous. Comme la mer ronge la côte, ce qui lui donne toute son ampleur, ce travail intérieur va peu à peu ouvrir votre intérieur dans la mesure où c'est le souffle de l'Esprit qui agit en vous avec toute la force et la puissance de la mer, et aussi cette lumière que transmet la Vie, et cette chaleur dont la Vie va vous remplir.

Parce que je suis un homme, je ne peux rien atteindre sans un support. Je ne peux pas voir Dieu comme ça. Et ce support va me permettre d'entrer dans cette communion profonde entre moi et l'Esprit, communion qui se sert de ce support pour qu'il puisse venir jusqu'à moi.

La respiration est l'un des plus beaux symboles qui soit, c'est le plus fort qui existe, un symbole qui nous unit. On le retrouve dans toute la Bible. La respiration fait partie de ma personne, de ma vie, mais en même temps c'est un moyen de m'ouvrir à l'autre dimension.

À travers un texte sacré, les mots qu'on emploie comme supports de méditation sont aussi porteurs d'une réalité. Et si ma parole communie profondément à l'Esprit qui est en moi, elle va être porteuse de cet Esprit.

Lorsqu'on écoute des personnes d'un haut niveau spirituel, leur parole nous atteint très fort, parce qu'elle jaillit tellement du fond qu'elle est le moyen par lequel le divin s'exprime.

Et de temps en temps, vous avez en vous des mots qui font tilt parce qu'ils sont non seulement un support intellectuel mais qu'ils vont à la réalité elle-même, telle qu'elle veut se dire. Quand je laisse descendre la Parole en moi, elle joue ce rôle qui est d'atteindre la réalité qu'elle veut signifier. Si je dis « J'aime Dieu de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit » et que je laisse descendre ces mots en moi, ils vont agir parce qu'ils sont porteurs d'autre chose que d'une réalité purement extérieure : ils vont descendre et m'atteindre profondément dans ma réalité spirituelle ; ils sont porteurs d'Esprit à la fois pour moi et pour les autres. C'est ainsi que, quand Iégor Reznikoff chante, il le fait avec tout son fond, ce qui réveille notre fond et nous ouvre à une autre dimension.

Dans la méditation, laissez peu à peu cette union profonde se faire, ce souffle agir en vous, à ce moment-là vous serez pour les autres porteurs de spiritualité : dans le geste, la parole, l'attitude que vous aurez. Il en va à la fois de notre responsabilité vis-à-vis de nous et vis-à-vis des autres.

Dans la méditation, lorsqu'on a des réticences, cela vient du fait qu'on croit pouvoir s'en sortir par nous-même. Or nous devons faire appel à ce qui est au plus profond de nous-même pour pouvoir vivre ce que nous sommes, et là ça change tout. C'est un acte de foi très grand qui nous est demandé à chaque méditation. Arriver à sentir que c'est moi et qu'en même temps ce n'est plus moi – c'est moi qui suis là, qui respire, et pourtant ce n'est plus moi.

Notre "moi" est tellement plein de lui-même qu'il y aura des passages et des morts pour apprendre à bien expirer. L'expiration ce n'est pas seulement « je me lâche, je m'abandonne », mais aussi « je quitte toutes les choses auxquelles je suis encore très attaché » pour atteindre cette collaboration véritable entre moi et l'Esprit. Avant d'arriver à la parfaite communion, il faut lâcher, lâcher – travail de remise en ordre et d'ouverture qui va se faire en moi. Il y aura des passages difficiles.

 

Distinguer physique, psychique et spirituel en nous.

La personne est un tout, mais il s'agit de distinguer physique, psychique et spirituel. On peut être en bonne santé physique et avoir des problèmes psychiques ; on peut aussi être très avancée sur le plan spirituel et attraper un cancer.

Sur le plan psychique et physique, il s'agit de tenir compte de nos limites de toutes sortes. Par exemple sur le plan psychique il serait très dangereux de votre part de prendre à la lettre certaines phrases de l'Évangile. Si vous avez été traumatisés, vous avez encore besoin de ménagements de toutes sortes : vous avez besoin de sécurité... si vous manquez de confiance en vous, une sécurité extérieure vous aidera encore à tenir, ce seront des béquilles..

Je me tiens à la porteSur le plan spirituel, il n'y a pas de limitation, vous ne pouvez avancer que si votre engagement est absolu. Le chemin spirituel nécessite de votre part un oui total.

       « Je me tiens à la porte je frappe ; si tu ouvres la porte, je viendrai vers toi. »

C'est normal puisque nous nous ouvrons à une réalité qui est totale. On ne peut s'ouvrir à moitié si le spirituel vient à nous car il vient en totalité. Il ne peut pas venir à moitié, ce n'est pas possible. OU vous ouvrez la porte ou vous la fermez, il n'y a pas de milieu, c'est oui ou c'est non.

 

Dans la méditation vous pouvez vous ouvrir à cette réalité, il n'y a absolument aucun risque. La seule possibilité que vous ayez, c'est d'aller jusqu'au bout de votre expiration.

Par exemple, quand je suis en méditation, je peux dire : « Tout est à Toi ». Je peux vraiment me remettre entièrement, je me dépose tout entier. Il ne s'agit pas de lâcher à moitié ses émotions, à moitié ses idées… Si vous lâchez à moitié, vous n'avancerez jamais sur le chemin, vous resterez toujours entre les deux, et vous serez profondément déçu. Ce qui est réconfortant, cette possibilité que nous avons de pouvoir dire : « j'accepte de me mettre en disponibilité totale à ce qui va se vivre au fond de moi. »

Bien souvent vous restez trop dans vos pieds, dans vos… parce que vous n'avez pas le courage de dire oui.

Il s'agit de tout abandonner, de tout quitter, de tout lâcher et ce n'est pas rien, cela au plan spirituel puisqu'au plan psychique, comme je vous l'ai dit, il faut faire attention. Intérieurement, je peux me dire que rien ne m'appartient en propre, mais ça ne veut pas dire que quand je sortirai de la méditation, quand je reviendrai dans le quotidien, j'aurai à tout donner !

 

En fait, le travail spirituel nous apprend le détachement. Et le détachement, ce n'est pas forcément quitter, c'est prendre une distance par rapport aux personnes, par rapport aux autres auxquels je colle de trop, à tout ce qui me rend prisonnier (mon argent, ma maison, mes amis, toutes choses qui sont nécessaires pour moi).

Lorsque dans la méditation vous arriverez à dire : « je dépose tout cela entièrement », alors il se créera en vous une espèce de disponibilité par rapport aux choses et aux idées qui fera que vous retrouverez votre quotidien d'une autre manière, de façon beaucoup plus libre qu'avant. Par exemple si vous arrivez à vivre cela vraiment par rapport à un ami ou quelqu'un qui est très proche de vous, vous l'aimerez encore mieux quand vous reviendrez parce qu'il se sera produit entre vous et lui quelque chose qui s'est libéré, qui s'est purifié, et qui fait que votre cœur est beaucoup plus disponible pour pouvoir vivre ce que vous avez à vivre.

Il y a évidemment toujours une peur que l'Esprit divin ne nous prenne à la lettre – et c'est arrivé par exemple à Marthe Robin, mais c'est une exception...

L'Être profond qui est vous-même en profondeur sait infiniment mieux que vous ce qui vous est encore nécessaire pour poursuivre votre chemin : vous avez encore besoin de telles personnes, de votre argent... Bien souvent, quand une personne commet des imprudences graves, c'est qu'elle anticipe sur la grâce qui lui est donnée. Par ailleurs, on peut donner tout son argent mais être encore très attaché, et inversement.

Ce qui est capital, c'est que votre cœur se détache progressivement, et à un moment, le fruit sera mûr : je n'ai plus besoin de ceci, de cela, je peux le quitter.

Le travail que nous vivons dans le spirituel, c'est d'arriver à ne pas être lié ou possédé par ce qui nous entoure. Une mère ou un père qui peut dire : « mon enfant ne m'appartient pas » commence vraiment à l'aimer, et de même pour un mari ou pour une femme. Et de fait, un jour un enfant doit quitter son père et sa mère, et si les parents l'acceptent mal, cet enfant aura beaucoup de difficultés à se séparer d'eux. Et c'est vrai pour tout.

Je suis vrai avec moi-même lorsque je dis « tout t'appartient » même si, en fait, je sais que si c'est vrai au fond de moi-même, ce n'est pas encore vrai au niveau psychique, ni au fait niveau physique. Autant le plan spirituel peut se vivre pleinement, autant sur le plan corporel ou psychique, il faut du temps.

Au spirituel, on est hors du temps et de l'espace, alors qu'au niveau physique et psychique, on est dans le temps et l'espace, et tout se fait lentement et progressivement sauf exceptions.

 

On peut se dire : comment se fait-il que je vive si mal ce travail ? Pourtant, je peux vous affirmer que si vous laissez descendre en vous, vous trouverez une très grande paix, et ce sera le signe que vous êtes entré dans cette dimension spirituelle. Tant que vous restez dans un état un peu difficile, douloureux, c'est que vous n'êtes pas encore arrivé à un vrai oui, à un vrai non, c'est que vous n'avez pas encore eu le courage, l'audace.

Dans ce mouvement de don de soi ou d'accueil de cette volonté intérieure, vont jouer en nous des résistances de l'ego. L'ego est une réalité qui chez certains prend une très grande importance et qui fait qu'on n'a pas envie d'abandonner la suprématie sur soi-même, de lâcher le pouvoir : je veux garder le pouvoir ! Le pouvoir est quelque chose de très fort.

Abandonner mon ego, c'est abandonner un pouvoir et me remettre à une autre réalité. « Que ton règne arrive » : ce n'est plus moi qui règne, mais c'est l'Être qui va régner en moi.

 

Dans la méditation, il y a au départ : « moi je » qui prend de la place : moi je respire, moi je… C'est le "moi" qui encore veut s'affirmer comme étant le suprême. Le passage du "moi je" à la personne véritable est difficile. Comment cela va-t-il se faire pendant la méditation ?

À partir du moment où « moi, j'expire », j'ai conscience qu'au fond, c'est "moi qui expire" : je me lâche, je m'abandonne, je me quitte… C'est ce que je vis au départ jusqu'au moment où je prends conscience qu'en moi ça respire, que petit à petit que ce n'est plus "moi qui"… je suis conscient qu'au fond de moi c'est le souffle intérieur qui respire. Et la plus grande joie que vous aurez, c'est de prendre conscience de ce n'est plus vous, mais qu'au fond de vous il y a cette grande vie, cette paix, cette joie. C'est une conscience qui déjà vous apporte quelque chose de ce qui est au fond. La plus grande joie de l'homme c'est que l'autre soit pleinement... conscience de cette réalité qui est au fond de nous et qui fait que je disparais pour que l'autre soit : saisissement ineffable ! J'en suis toujours heureux, ce n'est pas une perte pour moi. Vous êtes présent à ce qui est là. Et quand vous vous abandonnez, c'est en fait la superficie de vous-même que vous abandonnez, et ce que vous atteignez, c'est la profondeur de vous-même.

 

Il y a encore un autre obstacle, beaucoup plus fort : c'est qu'avant d'arriver à ce saisissement de l'intérieur, avant d'accueillir la plénitude, il faut qu'il n'y ait rien. Je ne peux accueillir la plénitude de la vie qui est en moi, que si je ne suis plus rien. La lumière, je ne peux l'accueillir que dans la ténèbre. La lumière ne peut pas accueillir la lumière, le moitié plein ne peut pas accueillir la plénitude. C'est la nuit, c'est le désert qui accueille la vie.

Pour autant, je peux parfois voir une grande lumière, sentir en moi la manifestation d'un amour très fort. Ce sont de petites expériences qui sont là pour nous conforter sur notre chemin, mais ce n'est pas cela la réalité. Ce sont de petites manifestations pour nous encourager... mais souvent, c'est l'inverse qui va se produire : quand on commence à s'ouvrir, on rencontre le désert, la nuit.

Il y a à vivre ce vide, ce passage avant d'atteindre la Réalité, et cela peut faire peur. Pour autant, ce désert, cette nuit n'est pas comme vous pouvez l'imaginer, quelque chose de terrible. Le signe profond, c'est la paix.

Quand je vivais en solitude, en vie érémitique, c'est exactement cela que j'ai vécu. Au point de vue affectif, il n'y a plus rien. Vous passez des journées dans le désert, dans la nuit, il n'y a rien, vous vous demandez ce que vous faites là. Vous avez l'impression d'être comme une bûche. Pourtant, pendant quatre ans de vie érémitique, je n'ai jamais eu un moment où je n'étais pas en paix et en joie, elle ne m'a quitté que le jour où j'ai repris mes activités, et où je n'ai plus été fidèle à ma profondeur. Quand vous atteignez ce vide, vous êtes en unité avec vous-même, en harmonie avec vous-même, et c'est cela qui engendre la paix : vous êtes malgré tout comblé, même si ce n'est pas au niveau de votre sensibilité (musique, paysage…).

 

La troisième chose, c'est la peur de l'image qu'on se fait de Dieu. On a peut-être l'image de Dieu écrasant, d'un Dieu possessif…. Mais l'image de Dieu pour un chrétien, c'est le Christ.

Pour les bouddhistes japonais, l'idée de penser à Dieu risque de tout fausser, et le mieux c'est d'aller dans le vide car là au moins on n'aura pas de fausses idées.

Il est vrai que les Japonais n'ont pas besoin de savoir où ils vont alors que les occidentaux se posent toujours la question : « si je fais ça, est-ce que… ? Je veux savoir où est le vide et où ça me conduit… » On est différents là-dessus, bien que le chemin soit le même.

 

Il y a encore un dernier obstacle : dans la mesure où vous commencez à vous ouvrir à l'Esprit, ça ne peut pas rester seulement en vous ; cette lumière, cette force qui vient du fond de vous-même a besoin de se manifester. Et elle ne peut se manifester que si, à partir du fond, elle commence à se répandre. Mais il ne s'agit pas de faire du prosélytisme, ce n'est pas ce qui est demandé – « tu dois témoigner de l'Évangile » : on le comprend trop souvent en imposant aux autres ce qu'ils n'ont pas envie de recevoir.

Dans la méditation, le mouvement d'expiration est un lâcher-prise, un s'abandonner, c'est un mouvement de purification dans lequel l'Esprit descend en vous… mais vous avez l'autre mouvement qui naît à partir de ce qui vient de votre fond, puisque l'inspiration fait remonter les énergies, fait remonter la vie jusque vers le ciel et progressivement vous ouvre aux autres. Ces deux mouvements, expir et inspir sont aussi importants pour vivre la méditation.

Le spirituel que vous recevez, il est fait essentiellement pour se communiquer. Il y a tout ce mouvement qui part du fond et qui, à partir du fond ouvre, dégage votre poitrine, votre visage, tout ce courant qui va non seulement vers ceux qui sont proches de vous mais très loin au-delà. Et il est évident que si cela n'a pas lieu, jamais vous ne pourrez vous ouvrir à la dimension intérieure.

Si je suis dans ma profondeur, petit à petit avec l'autre, je pourrais vivre cette réalité… mais à condition que j'accepte d'aller vers l'autre, tout est là. De même qu'il faut du courage pour l'abandon, pour un oui total, de même il faut du courage pour aller vers l'autre, non pas avec des idées a priori, mais avec cette présence à l'autre qui est inspirée de l'intérieur.

Je ne vais pas à l'autre pour lui imposer mes idées, mon expérience, pour m'apitoyer sur lui. Je vais vers l'autre de la même manière que je vais vers ma profondeur d'être. Je me laisse inspirer, je verrai bien ce que j'ai à dire ce que j'ai à faire, avec le même respect et la même disponibilité que j'ai avec ma profondeur. De même, dans mon quotidien, dans tout ce que je vis, c'est pareil. J'ai à vivre le "oui" avec les choses matérielles et avec les choses intellectuelles. C'est la même attitude fondamentale. Mais il faut que j'aille vers l'autre, si je ferme ma porte, ce n'est pas possible. Il faut que je puisse ouvrir ma porte en fonction de ce mois que je sens au fond de moi, et que je me laisse à ce moment-là inspirer de la même manière. Si je suis envahi par un amour très fort, il est bien évident que quand j'irai vers l'autre, j'irai avec le même amour qui se manifestera de manière juste, dans la mesure où je suis très à l'écoute de ce qui se vit en moi. C'est le courage d'affronter le quotidien, d'affronter la vie avec ce que je suis soi-même, avec la même justesse, pour pouvoir être fidèle à.

À ce moment-là, plus vous irez vers l'autre, plus vous laisserez passer quelque chose de ce que vous êtes, qui va se communiquer à travers vous. Plus vous communiquerez, plus vous serez disponible à nouveau pour pouvoir vous ouvrir ce que vous êtes dans votre profondeur, et encore beaucoup plus loin.

Il y a un temps pour tout. Saint Benoît a vécu longtemps en vie érémitique avant de vivre tout ce qu'il avait vivre. Faire ce passage dépend de chacun (année sabbatique, retraite… ici nous sommes dans le silence pendant deux jours…). Dans la vie, il a un moment où je me retrouve et un moment où je vais vers l'autre. Un véritable ermite, s'il est fidèle à ce qu'il est, ce n'est pas une fuite : un jour ou l'autre, il va être envahi. Par exemple saint Antoine dans le désert n'avait pas une journée à lui, il fallait qu'il témoigne de sa vie.

Être juste avec l'autre et communiquer à l'autre, c'est le signe que vous êtes juste avec vous-même – « si tu dis que tu aimes Dieu et que n'aimes pas ton frère, tu es un menteur. »

 

QUESTION.

► Qu'en est-il de l'emploi du nom de Jésus dans la prière, ou des mantras ?

J B : La prière de Jésus est une méthode pour descendre dans la profondeur.

Dans le zen, c'est le souffle qui est le support, de même que la terre et le ciel qui sont des symboles dont on se sert plus que des mots. On s'efforce de rentrer dans un véritable silence. Mais si vous avez du mal à quitter votre mental, employez un mot qui vous aidera. Le zen aide à entrer davantage dans le silence intérieur pour réellement vivre de manière juste et faire le passage, mais il faut se prendre comme on est !

Il y a des moments où vous entrez dans un vrai silence qui est comme le désert, qui vous prépare à recevoir la parole. Ayez le courage de lâcher aussi les mots.

Pour autant, il s'agit d'être à l'écoute de son inspiration intérieure pour trouver le mot ou l'expression à employer qui va nous ouvrir.

En dehors de la méditation, la prière du cœur est excellente pour maintenir en vous la disponibilité intérieure. La prière du cœur n'est pas une formule magique, elle est aussi une expérience comme le zen.

 

--------------------   

[1] Le kyôsakou est un bâton de bois, plat, qui est donné sur les épaules de qui le demande pendant certaines séquences d'assise en sesshin, selon un rituel précis. Parfois exceptionnellement il est donné sans qu'on le demande…