Paulraj Rock fait partie du Centre Assise depuis plusieurs années, il y a deux ans il était participant à une session[1] sur le Cantique des Cantiques, cette session comportant aussi de l’assise en silence, de l’expression corporelle, du travail avec l’argile,  le Cantique des Cantiques étant l’un des textes les plus étonnants de la Bible. Puis Paulraj a laissé les choses se décanter, et un jour il a pris la plume pour faire une lecture transversale. Il n'avait pas prévu la partager à d'autres. S'il a accepté de le mettre sur le blog, c'est avec le souhait que chaque lecteur puisse s'en inspirer.

Il est prêtre catholique, curé de 2 paroisses en Seine Saint Denis Il pratique la méditation zen et des exercices Dürckheim.

Benn, Cantique des Cantiques 14 txtPour ceux qui ne connaissent pas le Cantique des cantiques, il serait bon de commencer par sa lecture car c'est un texte relativement court.
Notez que plusieurs fois, en fin de partie, Paulraj met 3 ou 4 courtes citations (quelques références ont été ajoutées pour aider le lecteur), mais parfois c'est hors texte.

Il y a six parties donc six thèmes, et cela permet à Paulraj de réaliser au final une Fleur de Bethléem comme sceau de ce livre
1. Le chant de la source : le Transcendant en nous
2. Le chant du vent, du déploiement : ouvrir les grandes ailes !
3. Le chant de l’Homme, de l’être amoureux
4. Le chant du feu : chant nuptial, sponsal
5. Le chant de la terre et de la fécondité
6. Le chant du ciel : la Paix !

 

Quelques perles à garder du Cantique des Cantiques

 

Introduction :


Le but de ce travail n’est pas de conceptualiser le cantique des Cantiques mais souligner les lignes directrices qui se découvrent par une lecture transversale. Pendant que la musique, les chants et les danses continuent, tout en étant en mouvement, on identifie quelques points d’ancrage sur lesquels nous sommes invités à revenir. Quand tout s’arrête, il reste en nous une mélodie, un mouvement, une saveur, une posture, une parole ... il ne faut pas laisser l’échapper.

Par son lyrisme ce livre peut chambouler à tout moment notre vie intérieure et ce qui advient à nous est de l’accueillir comme une révélation au plus intime de nous-même. Faut-il encore partager à quelqu’un ? Oui, mais seulement pour l’aider à s’en inspirer ! Ce chant qui nous conduit vers notre plénitude nous offre des moments de grâces où nous pouvons percevoir la vie en nous se cristalliser. A chacun de trouver ces perles ...



1. Le chant de la source : le Transcendant en nous

 

– C’est une source qui guérit les blessures de l’homme et le restaure dans son humanité. La source révèle et confirme le divin en nous.

– Ce chant envisage la relation homme-femme sans le péché originel… c’est-à-dire qu'il conduit chacun à découvrir son innocence originelle et lui apprend à exister, à vivre à partir de ce lieu. Ce n’est pas un retour vers le paradis perdu mais une "nouvelle création" comme dira plus loin le livre de l’Apocalypse.

– La transcendance en nous qui s’appelle l’innocence originelle (ou la grâce originelle) nous redresse, nous met debout et en mouvement.

– Ce lieu en nous (en chacun de nous) se découvre dans la rencontre de l’autre.

– Quand nous touchons ce lieu en nous, les remparts tombent, les verrous sautent, les portes s’ouvrent ... Nous pouvons expérimenter notre vulnérabilité. Nous pouvons découvrir d’une manière inédite notre féminin.

– Comment demeurer quotidiennement dans ce lieu ? Comment nous plonger dans notre propre source pour découvrir que nous sommes envoyés par le Père ? et que nous sommes créés sans cesse à son image et à sa ressemblance.

– La source nous regénère et surtout nous restaure à l’image et à la ressemblance de Dieu UN et Trine. Une source qui ne cesse de nous créer.

 

       « De défaut, tu n’en as pas » (4,7)
       « Une source verrouillée et scellée » (4,12)
       « Je suis une source qui féconde les jardins, ... un puits d’eau vive » (4,15)
       « Immaculée pour celle qui l’a enfanté »

 

2. Le chant du vent, du déploiement : ouvrir les grandes ailes !


– Ce livre met en place les médiations pour permettre la rencontre entre :

  • Le féminin et le masculin
  • L’homme et la femme
  • L’humain et le divin
  • Dieu et son peuple

 

– Les médiations disent comment la rencontre peut se faire et nous invitent à être inventif :

  • L’humain : Chants, danses, corps ... Paroles
  • La nature (jardin arbre, fleurs, ... montagnes, animaux)
  • Le temps : jour et nuit ; les saisons
  • L’espace : terre et ciel
  • Des parfums,
  • Des couleurs,
  • Des pierres, des perles, des bois,
  • Des fruits, du vin, du lait, du miel

 

=> Le chant des médiations exprime la croissance, la prolifération, l’abondance

=> S’il n’y a pas de médiation il n'y a pas de rencontre possible donc pas de transmission possible, et nous pouvons aussi appeler chant des découvertes, des aventures, des surprises, des connaissances et des apprentissages…

=> Chant qui fait appel à tous nos sens ! Sentir l’Esprit de Dieu qui plane sur les eaux pour se déployer, s’orienter, se diriger vers la créativité, vers le Dieu créateur.

 

       « Un parfum s’épanche, c’est ton nom » (1,3)
       « Réveille-toi, vent du nord, viens vent du sud ... souffle sur mon jardin » (4,16)
       « Va vers toi-même »
       « Qui est celle qui monte comme une colonne de fumée, qui exalte l’odeur de la myrrhe, de l’encens et de tous les parfums exotiques » (3,6)

 

 3. Le chant de l’Homme, de l’être amoureux.

 

– Heureux de savoir que l’un est attiré par l’autre. Ce mystère de l’attirance ne s’explique pas, il se vit .... Et tout le livre ne cesse de ponctuer cette attirance. Une attirance qui se vit, se montre, s’exprime comme une attente fondamentale inscrite en l’homme. Une réponse à sa propre solitude. (Il n’est pas bon que l’homme soit seul ... et il lui faut un vis-à-vis) Toute attirance commence par un silence, une solitude, un abandon et se transforme en une présence, une relation, un chemin vers la plénitude. C’est le propre de l’être amoureux qui parle ...

– C’est le chant du langage, qui invente le langage du lyrisme à l’énigme. Les amoureux ont un propre langage pour qu’ils s’entendent entre eux. C’est le moment où l’homme découvre qu’il est un être de parole. Il nomme ce qu’il voit, ce qu’il ressent ... il se laisse vivre jusque dans son intimité comme lieu de révélation. Il se révèle à l’autre comme à lui-même. Il entend son cœur qui bat ... un langage nouveau pour créer un monde nouveau à partir de son être amoureux. Tout en lui est expression de son être amoureux.

– La vie s’éveille en lui, c’est une puissance de vie qui émerge en lui, son redressement lui donne un sentiment que tout est possible. Il voit les choses grandes, mesure l’immensité des choses, il se voit grand, sans limites, l’infini est en lui et il peut aller à la rencontre de celle qu’il aime sans entrave. Il découvre sans tarder qu’il peut être blessé, renvoyé à sa finitude, et rien ne peut panser cette blessure. Il ne peut se guérir qu’en continuant d’être amoureux. S’il renonce à son être amoureux, il s’éteint petit à petit. La peur d’être blessé dans ses élans sont là mais sans élan la vie ne s’élance pas, n’existe pas.

– Le chant de l’être amoureux est un chant inattendu. Il peut croire être mort mais la vie (en lui comme à l’extérieure de lui) peut le surprendre. Il peut attribuer cette vie à celle qui le rend amoureux et pourtant cette vie lui appartient. Mais sans l’autre, il n’a pas accès à cette vie, à sa vie. Cette manière de vivre l’inattendu le conduit à l’émerveillement, à la louange et à la contemplation. Il est amoureux et il ne sait pourquoi, et il sait que la vie le rend amoureux.

– L’être amoureux est celui qui cherche, et son cœur cherche jour et nuit. Il ne pas connait de repos tant qu’il n’a pas trouvé ce qu’il cherche. L’être amoureux ne se contente pas de ce qu’il a trouvé, il continue de chercher pour que son être amoureux le rende vivant, et c’est ainsi peut-être qu’on peut entendre la dernière parole : Échappe, mon bien aimé. Tu es un être de soif et tu crées la soif en celle que tu aimes. L’être amoureux est un être énigmatique dans le sens où il est inépuisable, où il est une source intarissable. Il est vivant parce qu’il est Vie.

– Les médiations permettent la rencontre entre deux être amoureux et ainsi préparent la célébration des Noces.

 

      « Je chercherai celui que mon cœur aime » (3,2)
       « Que je suis malade d’amour » (5,7)
       « Sa parole est douce et tout en lui avive le désir »
       « Je dors mais mon cœur veille » (5,2)
       « Tu me rends fous ma sœur, ma fiancée par un seul de ton regard » (4,9)
       « Sa fuite m’a tué hors de moi » (5,6)
       « Où je suis, je ne sais plus »

 

4. Le chant du feu : chant nuptial, sponsal.

 

– Le cantique des Cantiques est un livre qui invite à célébrer la joie des noces. Le sommet de la célébration sont les Noces (les noces de Cana, de l’Apocalypse ...). C’est une invitation à transformer son eau en vin !

– Les prémices de cette noce se trouve au moment de la Pentecôte parce qu’elle est toujours caractérisée par la Venue de l’Esprit !

– Ce chant n’est pas audible aux étrangers, aux inconnus car il est le secret des bien-aimés. Il deviendra audible aux autres quand il sera inaugural, voir le dernier paragraphe.

– C’est le temps d’épousailles : les contraires s’harmonisent, c’est aussi le temps messianique où les contraires peuvent vivre ensemble.

– Ce n’est pas un retour vers le paradis perdu mais la création d’une terre nouvelle et d'un ciel nouveau : Dieu toujours avec nous ! (La distance, la séparation ne sont plus une nécessité)

– Il peut y avoir des petites étincelles comme un grand feu ... c’est le chant de la transformation.

– C’est le chant de l’intériorité et de réciprocité : lui en moi et moi en lui. Le visible permet de communier à l’invisible, ainsi nous voyons l’invisible sur le visage du visible. « Montre-moi ton visage » // « Qui me voit, voit le Père » (saint Jean)

 

       « Mon bien-aimé est à moi et moi je suis à lui » (2,16)
       « Le jour de la joie de son cœur » (3,11)
       « Venez, amis mangez, buvez ! enivrez-vous d’amour » (5,1)
       « Ses embrassements sont embrassements de feu, flamme de Jéhovah » (8,6)

 

5. Le chant de la terre et de la fécondité

 

– Le chant de la terre est le chant des symboles : retrouver sa complémentarité.

  • En chacun (à travers son masculin et son féminin)
  • Entre l’homme et la femme

– Une complémentarité qui se découvre par les émotions, par l’intelligence, par le corps ET se situe au niveau de l’être. Une complémentarité qui crée un lien d’être. On rencontre « son âme sœur », qui n’est pas forcément un lien conjugal.

– La complémentarité permet de découvrir et de vivre « une mission commune », appelés à œuvrer à un projet commun. Paître les troupeaux ensemble comme dit Cantique des Cantiques. Ou prendre soin de la vigne, de son jardin

– Quand je vis ma complémentarité et que j’existe, alors l’autre n’est ni effacé ni écrasé. Et réciproquement, je ne me sentirai ni écrasé ni effacé quand l’autre existe pleinement. Il n’y a pas de dominant-dominé. Il n’y a pas de rapport de force. C’est une relation conviviale et fraternelle.

– Cette complémentarité existe dans la relation homme-femme dans le cadre amoureux, mais va au-delà parce qu’elle invite à créer ensemble. La complémentarité peut être vécue entre deux hommes et deux femmes à travers une mission commune.

– Deux personnes sont ordonnées à une mission commune qui est l’œuvre de la création de Dieu. Les projets des groupes, des associations, des sociétés se vivent harmonieusement de façon féconde quand les membres ont trouvé « ce lien d’être » à travers la complémentarité avec les membres du même groupe ... il est bien question de vivre ce lien à travers les médiations, et pour cela il faut aussi avoir trouvé « sa source intérieure »

– On n’est plus confiné dans la maison, on sort pour aller dans la ville comme dans le jardin.

– Les aspirations humaines, les désirs humains se cachent dans ce chant. Tant que l’homme n’a pas découvert sa complémentarité dans sa relation à l’autre, il lui est impossible de vivre sa plénitude, aller jusqu’au bout de ce pour quoi il est créé !

– La complémentarité ne veut pas dire que j’ai un manque et que l’autre viendrait me combler. Je trouve en moi-même, ce qui me manque quand je rencontre l’autre qui est mon complémentaire !

– Quand la relation s’arrête, je peux vivre ce manque. Mais il y a une manière d’être relié à l’autre pour retrouver ce manque qui est en soi.

– La complémentarité permet de rencontrer son vis-à-vis pour rendre la vie prospère et féconde.

 

6. Le chant du ciel : la Paix !

 

– La paix (shalom) se déploie à travers 2 figures (Salomon et Sulamite, racine commune Shalom) qui s’incarnent en chacun par le masculin et le féminin. Les deux pôles sont libérés et chacun trouve sa juste place en soi : « Je suis autant Salomon que Sulamite »

– A travers la Paix, c’est le visage de Dieu qui se révèle. Dieu n’est pas l’ennemi de l’homme et l’homme n’est pas ennemi pour lui-même. Il est paix pour son prochain. 

– Le thème de paix peut être rapproché du thème de repos, le sabbat, qui n’est pas la fin du mouvement mais son accomplissement. Une stabilité, un ancrage est donné. 

– La réconciliation de l’homme avec sa création et avec son Dieu est effective. Ce n’est plus une aspiration. 

– Un autre nom de Dieu est la Paix, c’est aussi la destinée de tout homme, le retour vers le Père. 

– D’une certaine façon, on pourrait appeler le chant du ciel comme un chant final. 

– La fin est un nouveau commencement, elle est une attente silencieuse. 

 

        « L’amour est fort comme la mort » (8,6)
        « Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour »  (8,7)

 

7. Le chant inaugural : Viens !  Maranatha, viens mon Seigneur

 

– Ce qui se vit entre deux personnes peut s’élargir à toute l’humanité. C’est le chant du mouvement, du corps à la fois individuel et social. 

– L’homme est un être de désir, de soif, ... il n’existe que parce qu’il reçoit. Il est tourné vers l’autre, vers les autres. Il est en attente de son accomplissement, d’être comblé. Dieu seul peut le faire. 

– Le chant inaugural récapitule tous les chants et met en mouvement incessant l’être humain : il marche, il court, il bondit, ... il est debout, couché, assis, ... il cherche, il est cherché, il se perd et se retrouve, il est perdu et il est retrouvé, ... il oscille entre le mouvement et le repos sans fin. 

– C’est un chant des commencements où il n’y a pas de fin. Un chemin vers la plénitude pour être UN avec DIEU. 

– Le corps où l’homme est son propre sanctuaire est aussi un temple où d’autres peuvent être accueillis. Il porte en lui plus que lui. 

– Chaque créature du plus petit au plus grand chante : “Viens !” pour qu’elle devienne la demeure de Dieu pour toujours. 

– C’est un chant cosmique qui dépasse l’humain en l’assumant. C’est le cantique des Cantiques qui est toujours un Cantique nouveau. 

 

CONCLUSION :

J’aurai aimé écrire un "chant des larmes" pour parler de la souffrance (ou des souffrances) qui ne cesse de courir sous différentes formes tout au long du livre. On oublie les douleurs de l’enfantement quand l’enfant est venu au monde, la joie l’emporte sur la souffrance car il n’y a pas de commune mesure comme dit saint Paul. La dernière invitation de la Sulamite : à fuir, ou à échapper me laisse devant l’énigme de la vie comme quelque chose d’inachevé dans la rencontre entre deux personnes qui se poursuivra peut-être dans un au-delà ! 

 

Paulraj Rock lit le Cantique des Cantiques



[1] Voici la présentation qui était faite du Cantique des cantiques. Le Cantique des Cantiques est l’un des textes les plus étonnants de la Bible, l’un de ceux qui ont le plus inspiré la littérature et les arts. Si ce chant d’amour entre un homme et une femme est universel, il n’en demeure pas moins une énigme à bien des égards. À commencer par son origine. Pour certains, il s’inspire de la littérature antique (chants du Mariage sacré sumérien ou chants d’amour de l’Égypte ancienne ou encore de l’ancienne liturgie hébraïque). Pour d’autres, son origine est strictement biblique. Le Cantique nous apprend que c’est l’amour qui révèle Dieu. Au fond même de son désir le plus humain et le plus archaïque se révèle l’habitation divine. Le Cantique libère l’amour : c’est le jaillissement de l’émerveillement dans la rencontre mutuelle.