« Le travail du zen, c'est d'enlever ce qui cache le diamant qui est en vous » nous disait Eizan Rôshi.

Voici des extraits des enseignements (teishô) qu'il a donné au cours des sesshin[1] qui ont eu lieu à Saint-Gervais et au Japon entre 1988 et 1995. Ces conseils ont été traduits oralement du japonais par un interprète, soit le Père Paul Renaud des Missions étrangères, soit Philippe Jordy enseignant au Japon. Ils n'ont pas été relus par Eizan. Ils concernent le zazen (assise zen)[2]. Ce sont des enseignements faits lors de sesshin, ils ne sont pas à prendre tels quels pour la vie courante[3].

Ils ont été extraits de leur contexte et regroupés par thèmes. Il y a donc des redites ou des passages qui ne s'enchaînent pas logiquement.

Autres messages liés à celui-ci :

 

Conseils pour le zazen

Enseignements d'Eizan Rôshi

Sesshins de 1988 à 1995

 

Sesshin zen au centre Assise

C'est très difficile de faire du zen. Sur toute la population du globe, avez-vous compté le nombre de ceux qui font du zen ? C'est vraiment une minorité. Faire zazen est très rare et très difficile : c'est pour cela que vous êtes des gens qui ont été choisis pour faire du zazen. Je pense que vous mesurez cette chance d'avoir été choisis. Et approfondissez bien le zazen au cours de ce sesshin.

Je vais vous expliquer un peu la façon de faire zazen car zazen a l'air très facile, mais en fait c'est très très difficile.

 

   Deux points importants en sesshin.

Le premier point, le plus important, c'est que je voudrais être sauvé et, en même temps, je voudrais sauver les autres.

Un autre point important : oublier les soucis du foyer et du travail. Il faut oublier, couper complètement avec tout ce qui se passe dans la famille, le travail, l'école… tout. Arrêter de penser, ne pas dire « c'est bon » ou « c'est mauvais », « c'est à droite » ou « c'est à gauche ». Il faut arrêter tout jugement.

 

   Les conditions de vie.

Un point important c'est aussi la nourriture. Il y a un lien étroit entre le zazen et la nourriture. Au fur et à mesure qu'on avance dans la voie du zen, on désire ne pas manger d'aliments piquants ou trop forts, parce que le sang se purifie. Concernant les repas, il ne faut manger ni trop ni trop peu ; plutôt moins, c'est mieux. On respire dans le ventre, donc si on mange trop, on ne peut pas bien respirer. Le zazen ont fait avant le repas est très bien ; en général après le repas, on dort.

Il faut dormir ni trop ni trop peu. Si on fait zazen, on n'a pas besoin de dormir beaucoup, mais il faut dormir profondément.

Il faut faire zazen dans un endroit calme. À Saint-Gervais, c'est formidable.

 

   La posture.

Pour faire zazen, il faut faire un triangle avec les jambes. Vous aurez peut-être mal aux jambes, mais vous ne mourrez pas ! Cette posture est la meilleure pour entrer en samâdhi[4].

Mettez le coussin avant de vous asseoir, puis asseyez-vous. Prenez la posture de lotus[5]. C'est difficile pour vous, car vous n'avez pas les mêmes manières de vivre que nous. Même pour nous, quand nous avons commencé à faire zazen, c'était bien pénible : on mettait des ficelles autour des genoux pour les fixer ; on réfléchissait beaucoup pour que ça marche. Le lotus donne une grande stabilité à la posture. Si vous ne pouvez pas faire le lotus, vous pouvez faire le demi-lotus. Ce qui est important c'est que le dos soit droit, or si vous vous asseyez autrement, il est difficile de garder le dos droit pendant longtemps.

Myoe shoninIl faut faire zazen pieds nus.

Il ne faut pas avoir la ceinture serrée, cela gêne la respiration.

Le ventre doit être en avant. Il y a des personnes qui ont une posture comme la Tour de Pise ou le penseur de Rodin !

Les mains : silencieusement placez les mains.

Le nez placé à l'aplomb du nombril… Et vous, vous avez le nez plus long que le nôtre !

Il faut être détendu.

Il ne faut pas ouvrir les yeux, sinon on s'égare, mais si on les ferme, on a tendance à trop réfléchir ou à dormir. Il faut donc les ouvrir très légèrement et regarder tranquillement à un mètre devant vous. Les yeux sont entrouverts, c'est favorable pour le calme.

Quand vous êtes gravement malade, vous ne supportez pas d'ouvrir les yeux si trop de lumière entre dans la chambre : on tire donc les rideaux pour atténuer la lumière.

Il faut bien serrer les dents du fond. Au Japon, on joue au base-ball et pour bien mettre la balle, il faut bien serrer les dents du fond pour concentrer la force. Dans l'escrime aussi, pour battre l'adversaire, il faut serrer les dents. Quand le samurai coupe les gens, il doit serrer les dents ! Ce qui est le plus important, c'est de serrer les dents du fond pour soumettre la force. Quand j'ai commencé le zazen, mon visage était mince, mais en faisant cela, il est devenu de plus en plus large ! À n'importe quel moment, pour se concentrer, il faut serrer les dents. Mais il ne faut pas les serrer trop fort, cela doit rester léger. Si vous serrez les dents du fond, vous serrez aussi le sphincter anal. Quand on meurt, on ne sert plus les dents et les excréments sortent. Il ne faut pas considérer ce qui concerne les excréments comme une chose sale.

 

   La respiration.

La bouche doit être fermée légèrement, pas tendue. Si vous ne faites pas ça, il est impossible de respirer doucement. Les gens qui ont la bouche ouverte ont quelque chose qui ne va pas bien.

Autrefois, on suspendait un papier au bout d'un fil et on le plaçait devant le visage : si on respirait bien, le papier ne bougeait pas.

Il faut mettre la langue au palais, cela permet de respirer très lentement.

D'abord expirez à fond, puis commencez à inspirer. Quand vous faites zazen, vous respirez plus lentement au fur et à mesure que vous avancez : le nombre de respirations diminue, ce qui signifie que votre mental se calme. Si vous pensez à nouveau, la respiration s'accélère.

Il y a environ un tiers de sang qui circule dans la partie supérieure du corps : peu à peu, en faisant zazen, le sang descend. Il est normal que vous sentiez vos mains plus lourdes. Lorsque vous vous mettez debout, il faut le faire lentement pour ne pas tomber, car le sang est plus bas.

Si on est en bonne santé, on respire 15 fois par minute ; si on fait zazen, on peut descendre jusqu'à deux fois par minute et même moins. Dans ce cas, la tension s'abaisse, le visage devient pâle. On peut vérifier comment les gens font zazen en observant la couleur de leur visage.

Durée de la respiration : 1/3 inspir, 2/3 expir – quand on a une maladie des poumons, c'est le contraire – ou bien 1/5 inspir, 4/5 expir. Mais il ne faut pas penser aux chiffres, cela vient tout naturellement. Quand on a mal, on peut compter pour ne pas y penser.

Quand vous expirez, c'est comme si vous pénétriez dans la terre, dans le cosmos. Quand vous inspirez, c'est comme si vous absorbiez l'univers.

Le corps devient chaud, même s'il neige, on n'a pas tout froid ; les mains deviennent gonflées. Quand on fait le vrai zazen, on devient comme cela.

En faisant zazen, la tête devient plus légère, elle s'allège et les jambes deviennent plus denses, votre assise s'approfondit, cela c'est vraiment la bonne direction. Allez dans cette expérience. Je vous en prie, vous êtes 30 : devenez un, n'ayant plus qu'une seule respiration. Que ces 30 respirations deviennent une.

 

   Autres remarques.

Le meilleur moment pour faire zazen : le matin et le début du soir. Le soir, la pression baisse ; le matin, il y a des moments où la pression s'arrête. C'est bien également quand vous avez faim. Observez à quel moment vous faites le mieux zazen. Si vous mangez trop, ça ne marchera pas. Le corps et l'esprit sont inséparables.

Le mont FujiAu commencement, il faut trouver une bonne position, et quand vous l'avez trouvée, il faut vous concentrer. La posture zazen doit ressembler au mont Fuji ; le mont Fuji fait bien zazen !

Au début, les gens qui commencent le zazen ont généralement mal aux jambes, ça commence par là. Cela prouve que vous êtes en vie ! Oui, asseyez-vous avec confiance, vous êtes en vie ! Si vous n'aviez pas mal aux jambes, ce ne serait pas le cas. Si la douleur aux jambes disparaît, à ce moment-là vous avez la tête pleine de phénomènes ; et quand enfin ces phénomènes disparaissent… vous vous endormez en zazen ; quand vous dormez, vous n'avez pas mal aux jambes ; quand vous avez mal aux jambes, vous ne pouvez pas vous endormir. C'est donc tout un processus, et quand enfin vous arrivez à la fin de ce processus, le vrai zazen commence. L'expérience de la douleur est importante.

Le silence peut vous paraître négatif ; en fait, il est très positif. Quand vous avez commencé à faire le zazen, vous pensiez qu'il était facile de faire silence ; mais en pratiquant, vous avez découvert que ce n'était pas aussi facile !

 

Il faut bien garder tout ce que je vous ai expliqué. Il faut bien pratiquer sinon vous ne pouvez pas avancer. Le zazen est très délicat : quand vous faites zazen, s'il y a un pli à vos vêtements, c'est très désagréable. On devient de plus en plus délicat. Il faut donc faire attention aux moindres choses. Quand on fait zazen, on peut entendre le moindre bruit – la pluie s'entend très bien. Hier, vous pensiez beaucoup, et j'ai entendu le bruit de vos pensées : je peux donc entendre votre état mental. Mais demain ou après-demain, tout deviendra silencieux ici.

Si la parole est d'argent, le silence est d'or… et le zazen est le diamant ! En zazen, le corps tout entier devient diamant, ça commence à briller... Vous possédez tous, sans exception, le diamant en vous-même, mais vous le cachez. Il faut le dévoiler. Le travail du zen, c'est d'enlever ce qui cache le diamant qui est en vous.

 

Je pense que vous avez bien compris tout ce que je vous ai dit aujourd'hui. Au Japon, je ne donne pas tous ces détails, vous avez de la chance ! Mais, même si vous avez compris ce que je vous ai dit, il y aura sûrement d'autres difficultés parce que chacun a un niveau différent : il faut donc inventer une manière qui convient à chacun de faire le zen.



[1] Ce sont des sessions de plusieurs jours avec en général plus de 6 heures de méditation assise chaque jour. Les sesshin dirigées par Eizan duraient de 4 à 7 jours.

[2] Par ailleurs le Fukanzazengi de maître Dôgen donne des indications sur la posture, il était distribué à tous les participants en début de sesshin.

[3] Ces conseils ont été rassemblés par Christiane Marmèche, ils sont parus une première fois dans la Voix d'Assise n°3 de novembre 1994,( bulletin réservé aux membres du Centre Assise) au moment de l'annonce d'un sesshin au Japon en 1995 dans le Kaizen-ji, le temple d'Eizan situé à Tokyô où avait déjà eu lieu un sesshin en 1992.

[4] Le samâdhi est un état profond de concentration : « Quand on rentre dans le samâdhi, c'est inconscient. S'il y a quelque part cette pensée : "Je rentre en samâdhi", ce n'est pas bon. Si vous dites "ça y est, j'y suis", ce n'est pas cela car on rentre dans le samâdhi sans savoir que c'est le samâdhi.» (Eizan Rôshi) On parle de "samâdhi de zazen" comme ici, mais aussi de samâdhi pour d'autres activités…

[5] Les participants sont sur des zafu (en général des coussins ronds plus ou moins bourrés de kapok) ou sur des petits bancs. Ils sont en lotus, ou en demi-lotus; ou moins, ou bien les jambes de chaque côté du zafu ou du banc. L'important est d'avoir les genoux en terre et le dos droit. Éventuellement ceux qui ont d'énormes problèmes sont assis sur une chaise.