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Voies d'Assise : vers l'Unité
Voies d'Assise : vers l'Unité
  • Blog dédié à Jacques Breton (prêtre, habilité à transmettre le zen, assistant de K.G. Dürckheim, instructeur de kinomichi) et au Centre Assise qu'il a créé en le reliant à l'abbaye de St-Benoît-sur-Loire (France) et au monastère zen du Ryutakuji (Japon).
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20 août 2026

Le départ des bateaux, histoire zen

Cette histoire commentée vient du livre de Edouard Brasey Trouver sa vérité par les contes de sagesse (Albin Michel 2017), un livre qui propose une lecture originale de vingt-sept contes traditionnels qui appartiennent aux cultures indienne, zen, taoïste, soufie, juive mais aussi turque, grecque, celte....  

Lors d'une sesshin au Centre Assise, le roshi Eizan avait raconté une histoire du même type.

 

 

Le départ des bateaux

 

Un maître et son disciple se tenaient assis côte à côte devant une fenêtre ouvrant sur le port. Ils assistaient au départ de bateaux.

Le disciple dit alors au maître : « La vérité c'est que les bateaux sont en train de partir. »

Le maître abaissa alors le store devant la fenêtre, occultant la vision des bateaux, et répondit : « Comment le sais-tu ? »

Le disciple releva le store en disant : « Parce que je les vois »

Alors le maître ordonna : « Ferme les yeux. »

Le disciple ferma les yeux, et le maître dit : « À présent, que vois-tu ? »

 

 

Commentaire de Edouard Brasey

 

 

Cheminer dans le conte

 

Ce conte zen, dans sa brièveté même pose le problème de la réalité et de la perception que nous en avons. Lorsque le disciple affirme que les bateaux sont en train de partir, il se fie à l'évidence de ce qu'il voit à travers la fenêtre. Le maître, lui, ne juge pas par rapport à l'évidence, car il sait que l'évidence ne peut être qu'une apparence, donc une illusion. Pour en faire la démonstration à son disciple, il baisse le store, occultant ainsi la scène. Mais le disciple insiste et relève le store. Le maître lui commande alors de fermer les yeux et la scène disparaît à nouveau.

 

Bien entendu, il suffira au disciple d'ouvrir les yeux pour voir encore le départ des bateaux. Ce que le maître a voulu lui enseigner, c'est qu'entre la réalité et la perception de la réalité, de multiples écrans viennent se glisser et modifier ou occulter cette réalité. Ce pourra être un store baissé ou les yeux fermés ; mais ce pourra être une opinion, un préjugé, une représentation erronée, un faux témoignage… Nous ne sommes pas maîtres de ce que nous voyons et percevons, aussi ne devons-nous pas trop nous fier à nos sens.

 

 

Se reconnaître dans le conte

 

Notre vérité, ce sont ces bateaux qui partent au-delà de la fenêtre. Mais cette vérité demeure pour nous lointaine, approximative, fragile, voire douteuse. Nous ne la voyons qu'à condition que la fenêtre soit ouverte. Si le store est baissé, ou si nous fermons les yeux, nous ne voyons plus rien. Nous pouvons également être myopes, ou aveugles. Il peut faire nuit, ou bien le port peut être envahi de brouillard. Nous pouvons être leurrés par une illusion ou un effet d'optique. Mille circonstances peuvent altérer ou empêcher notre vision de la vérité, tant que nous ne fions qu'au témoignage de nos sens.

 

La seule vérité digne de foi, ce serait celle que nous pourrions contempler même si les stores étaient baissés et nos yeux fermés, dans la nuit ou dans le brouillard. Cette vérité-là, dégagée du filtre de nos sens et de notre perception, nous ne la connaissons pas encore. Comme les aveugles devant l'éléphant, nous n'avons pas encore appris à "voir" les yeux fermés.

 

 

Médiation du conte

 

Suivez l'exemple du disciple et de son maître. Placez-vous en posture de méditation devant votre fenêtre ouverte, ou devant un tableau, ou un groupe d'objets. Prenez le temps d'enregistrer avec vos yeux et tous vos sens la scène qui se déroule devant vous, puis résumez-là en une seule phrase. Par exemple : "Voici la rue, avec ses passants et ses voitures", ou "Voici un paysage champêtre", ou "Voici une table avec un bouquet de fleurs". Puis fermez les yeux, sans changer de position, et essayez de "voir" la même scène sur l'écran de votre imagination. Attendez quelques minutes, puis ouvrez les yeux. Que voyez-vous ? Comparez ce qui se trouve devant vous à votre vision intérieure et au souvenir de votre première vision. Notez les différences de couleurs, de lumière, de formes.

Puis fermez les yeux à nouveau. Que voyez-vous ? Changez de place, éloignez-vous ou rapprochez-vous de la scène. Changez d'axe. Placez-vous à gauche, à droite, de l'autre côté. Asseyez-vous par terre, allongez-vous le nez au sol ou tenez-vous droit. Ouvrez et fermez les yeux. À chaque fois, notez les différences, et prenez ainsi conscience du fait qu'une même réalité subit de notables différences selon le regard que vous portez sur elle. Sachez qu'il en va de même avec votre vision de la vérité.

 

 

Sagesse du conte

 

Nous sommes incapables de voir la réalité telle qu'elle est.

 

Comment pourrions-nous connaître la vérité ?

 

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