Extraits de l'exhortation de Rohatsu de Hakuin
Le Bouddha s’est éveillé au petit matin le 8 du 12e mois selon l'ancien calendrier chinois après sept jours de méditation ininterrompue. Depuis l’adoption du calendrier occidental, les Japonais célèbrent cet éveil le 8 décembre. Dans les monastères zen, une seshin a lieu pour le célébrer, du 1 au 8 décembre, elle est dénommée Rôhatsu, mot qui signifie « le 8e jour du 12e mois ». Cette seshin se déroule en silence complet de façon quasiment ininterrompue (donc même la nuit).
À la fin de son livre, Vent doré, liberté zen, traduit de l'anglais par Bernard Dubant et paru en 1995 chez Trédaniel, Shimano Roshi cite des exhortations de maître Hakuin, le maître qui a fondé le monastère du Ryutaku-ji auquel le centre Assise est relié. Voici des extraits des sept nuits. Maître Hakuin mentionne par exemple la présence d'une Déité de Protection et d'une Déité de Trouble, il souligne les retombées positives sur l'entourage des pratiquants, y compris les défunts de la famille... Il soutient les efforts et déclare que « atteindre la Bouddhéité est aussi facile que de ramasser la poussière par terre ». Il donne aussi des conseils de posture et de souffle. Il suppose que le pratiquant suit la méthode des kôan basée sur le Mu de Joshu qu'Eizan Roshi nous a présentée (cf. Enseignement Eizan Rôshi)
Extraits de l'exhortation de Rohatsu
Maître Hakuin
La Première Nuit :
Maître Hakuin dit : « Il est essentiel que vous, disciples du Dharma qui pratiquez le zazen, vous vous asseyiez d'abord sur un coussin épais dans la posture du lotus, que vous desserriez votre robe et votre ceinture, teniez droite votre colonne vertébrale, et calmiez votre corps et votre esprit. Alors, commencez à compter votre souffle, de un à dix, dans un silence intense. Pour entrer en samadhi profond, cette façon est incomparablement la meilleure.
Tout en remplissant votre hara de l'énergie de zazen, commencez à travailler sur votre kôan avec un esprit intense, tranchant toute pensée. Si vous continuez à pratiquer zazen jour après jour, sans cesse, même si vous n'arrivez pas à toucher le sol, vous ne pouvez manquer de faire l'expérience de kensho. N'est-ce pas ce que vous voulez ?
Faites de votre mieux ! »
La Deuxième Nuit :
Maître Hakuin dit : « Un sutra dit :
Quand on atteint la vraie réalisation, on n'est pas seulement uni avec les dix directions du monde, mais on est aussi unique avec tout le sangha dans l'Esprit Illuminé.
Où que la pratique de zazen ait lieu, il y a une Déité de Protection et une Déité de Trouble. Par exemple, quand beaucoup de gens se rassemblent, même pour adorer Dieu, il y a souvent parmi eux quelques voleurs à la tire. Quand la motivation d'un disciple et les "Grands Vœux pour tous" sont forts et que son engagement est ferme, la Déité de Protection devient forte et soutient son zazen. Quand, en revanche, l'esprit d'un disciple vagabonde, la Déité du Trouble devient forte.
(…)
Souffle après souffle, nen après nen, concentrez votre être total pour pénétrer Mu. Si vous le faites et si vous n'abandonnez pas, tout le Dharma ne peut qu'être révélé devant vous. Atteindre la Bouddhéité est aussi facile que de ramasser la poussière par terre.
Faites de votre mieux ! »
La Troisième Nuit :
Maître Hakuin dit : « (..)
Le zazen est l'essence de toute culture et l'essence de toutes les voies de pratique. La tradition shinto dit que notre corps et notre esprit sont la condensation du Ciel et de la Terre, et le Ciel et la Terre sont l'expansion de notre corps et de notre esprit. Sept déités célestes, cinq déités terrestres, huit cent mille autres déités ne résident ailleurs que dans notre corps même et notre esprit même. Pour les servir de la façon convenable, le zazen est la pratique indispensable.
(…)
Quand vos six organes des sens sont purifiés, vous servez les déités. La vertu même d'une seule séance de zazen est incommensurable.
(…)
Soyez attentifs et conscients !»
La Quatrième Nuit :
Maître Hakuin dit : « Il y a six façons merveilleuses de respirer : su (compter), zui (suivre), shi (arrêter), kan (voir), gen (oublier), jo (purifier). Su signifie juste compter votre respiration et entrer en samadhi en comptant. Après avoir compté le souffle un moment, suivez juste chaque respiration, le laissant venir de lui-même. C'est zui. Bien qu'il y ait six manières différentes de respirer, ces deux, compter et suivre, sont essentielles.
Bodhidharma a dit : “Extérieurement, ne liez pas votre souffle à la pensée de ce qui est en train d'arriver. Intérieurement, n'interférez pas avec le flux du souffle. Libérez-vous juste de toutes les pensées qui viennent, et dressez votre esprit contre elles comme un grand mur de fer. Alors entrez en samadhi.”
(…)
Fait de votre mieux ! Faites vraiment de votre mieux ! »
La Cinquième Nuit :
Maître Hakuin dit (…)
[Après un préambule, il raconte l'histoire de Heishiro, voici juste la conclusion :]
Souvenons-nous que Heishiro était juste un homme ordinaire. Il ne savait rien du zen et n'avait jamais fait zazen. Néanmoins, en seulement trois jours et trois nuits de zazen intensif, il fut capable d'unir son être à tous les autres et d'en éclaircir le sens. Ce furent sa motivation et son audace, son attitude courageuse, qui vainquirent tous les obstacles.
Frères et sœurs du Dharma, pourquoi n'avez-vous pas une détermination aussi forte ?
Courageusement, travaillez dur ! »
La Sixième Nuit :
... Maître Hakuin dit : « (…)
Récemment, un prêtre du nom de Bunmei vint me voir. Il dit qu'il s'était préparé pendant six ans à venir ici pour recevoir ma direction. Quand je le vis pour la première fois, je lui dis : “Bien que vous appartenir au rang supérieur de la prêtrise et que vous ayez le droit de porter une robe pourpre, si votre œil de dharma n'est pas encore ouvert, je dois vous considérer comme un débutant. Vous devrez vous débarrasser de l'orgueil d'être un prêtre portant la robe pourpre. Alors vous serez prêts à faire zazen.”
Bunmei répondit : “Je me considère comme un moine ordinaire, comme les autres. Afin que je puisse comprendre la vraie signification du Tatagata, auriez-vous l'obligeance de me guider avec votre compassion ? Je recevrai volontiers votre férule et je n'ai pas peur, pas même de mourir !”
Je lui permets donc de venir au dokusan (entretien avec le maître).
Pendant la période d'exercice de cent jours, il fit zazen avec intrépidité. Il reçut d'innombrables fois le keisaku (le bâton). En conséquence, il fut capable de comprendre la véritable signification du Tathagata, c'est-à-dire, le sens réel de sa vie, et il devint mon successeur de Dharma. C'est un bon exemple de ce qu'une attitude courageuse, une pratique sincère et un engagement total permettent à notre pratique de nous conduire à la réussite.
Regardez Mu ! Allez-y ! »
La Septième Nuit :
Maître Hakuin dit : « Dans le bouddhisme, on dit que si une personne devient moine ou disciple laïque sincère du Dharma, neuf générations de sa famille seront libérées. Devenir un vrai moine ou un étudiant laïque sincère du Dharma signifie faire le vœu énergique de sauver tous les êtres et de pratiquer ardemment. Quand on se discipline soi-même de la sorte, la nature éclatante du Dharma apparaît devant soi et l'on a avec soi une joie inexprimable.
(…)
Chacun de vous a une mère et un père, des frères et des sœurs et beaucoup de parents. Si vous deviez compter tous vos parents et ancêtres, chacun d'entre vous arriverait à des dizaines de milliers. Beaucoup sont déjà morts et transmigrent par les mondes, recevant d'ineffables souffrances. Ils attendent votre samadhi et votre réalisation aussi avidement que quelqu'un dans le désert attend une goutte de pluie. Vous ne pouvez vous asseoir et rêvasser. Pensez à l'importance de votre mission. Le temps passe comme une flèche et ne nous attend pas.
Soyez diligents ! Soyez diligents ! »