Contempler la création avec Christine Kristof-Lardet
L'hebdomadaire La Vie a consacré quatre pages de son numéro du 14 mai 2026 à Christine Kristof-Lardet qui fait partie de l'équipe d'animation du Centre Assise. Dernièrement, pendant le pont du 1er mai, elle animait dans le centre de Saint-Gervais une retraite écospirituelle dont l'animation tournait autour de quatre pistes à explorer ensemble :
- Comment développer notre sensibilité à l’égard du Vivant et retrouver notre connexion naturelle ?
- Comment nous mettre à l’écoute de ce qui vibre d’amour autour et au-dedans de nous ?
- Comment réapprendre les gestes simples du vivre ensemble, humains et autres qu’humains ?
- Comment servir la Terre et le Divin dans une même révérence ?
Vous avez en note la présentation de Christine Kristof-Lardet qui figure sur le site du Centre Assise[1].
Voici maintenant des extraits de l'article de la Vie réalisé par Véronique DURAND, disponible sur leur site : (https://www.lavie.fr/christianisme/temoignage/contempler-la-creation-a-lecole-de-saint-francois-dassise-103874.php)
Les bienfaits de la nature
Contempler la création à l’école de saint François d’Assise
Pour vivre un cœur à cœur avec la nature, à la manière du Poverello, nous avons mis nos pas dans ceux de Christine Kristof-Lardet, qui anime des retraites écospirituelles partout en France, notamment en Bretagne, sur l’île aux Moines, où elle vit.
Véronique DURAND
Christine Kristof-Lardet a beau venir en vacances sur l’île aux moines depuis plus de 50 ans et y avoir posé ses valises en 2019, elle n’en finit pas de s’émerveiller des surprises qu’offre chaque année le printemps. (…)
À L’ÉCOUTE DE LA CRÉATION
Écojournaliste, ambassadrice de la cause animale, militante écologiste et chrétienne, elle a cofondé le mouvement Chrétiens unis pour la Terre et l’association AnimaTerra, qui explore la zone d’intersection entre écologie et spiritualité. Dans les retraites qu’elle anime, comme ici sur l’île aux Moines, elle cherche à éveiller à l’urgence de se mettre à l’écoute de la Création, à s’émerveiller, à rendre grâce pour les beautés que nous offre la nature, à sentir battre le cœur de la Terre, à célébrer le vivant… C’est tout cela que nous sommes venus expérimenter à ses côtés, durant 24 heures. Nous la suivons dans les ruelles étroites, puis sur les chemins côtiers, longeant la plage, les sens aux aguets. « Là, écoute ! C’est le pic-vert », prévient notre guide. Sur son téléphone, une application de reconnaissance de chants d’oiseaux indique aussi la présence d’une tourterelle turque tout près de nous, qui semble répondre à un pinson des arbres, tandis qu’un pouillot véloce renchérit, rejoint par un accenteur mouchet, à ne pas confondre avec le rouge-gorge ! Pas simple de les repérer avant qu’ils ne s’envolent… Sur les bords des chemins et dans les jardins, fleurs et plantes sauvages poussent à foison. Ces dernières sont pour Christine une manne : vivant lorsqu’elle le peut de la providence, ces plantes qu’elle cuisine avec beaucoup d’amour constituent bien souvent son repas quotidien. Avant de nous inviter à les cueillir tout en délicatesse et parcimonie, « pour éviter de les brusquer », elle les contemple et les remercie. Au fil des ans, elle a appris à connaître les vertus de chacune. (…) Notre hôte propose une table à son image : végétarienne.
L’après-midi, la balade se poursuit dans une forêt de pins, surplombant le golfe traversé par un ballet de petits bateaux. Dans ce monastère végétal et silencieux, lieu propice à de longs moments de méditation et de prière, Christine nous invite à nous asseoir et à nous relier au vivant, un rituel qu’elle pratique chaque jour. « Les plantes parlent, mais on ne les entend pas, les oiseaux parlent, tout l’écosystème parle et interagit, c’est une symphonie cosmique à laquelle nous ne sommes plus sensibles, assure-t-elle. Tu reçois tellement quand tu sais reconnaître ce qui vit autour de toi ; les oiseaux, les plantes, les mammifères, les insectes et le cycle des saisons. Ce sont des messages de sagesse que nous adresse Dieu, décrit-elle. Le signe de la vraie rencontre avec cette parole vivante, c’est la joie ! Voir un oiseau oser se poser juste à côté de moi est un moment de communion simple dans un monde où tout est fait pour nous détourner de ces merveilles. Aujourd’hui, pour trouver Dieu, j’ai besoin des oiseaux, des arbres, des étoiles, du vent »et parfois même, ajoute-t-elle, d’aller dormir à la belle étoile ! Mais il fait encore froid pour la prendre au mot… Dans le silence, on savoure le temps suspendu agrémenté du concerto des oiseaux qui s’en donnent à cœur joie. « La nature est une porte ouverte sur la vie, sur le monde, sur la Création, sur Dieu. La joie que nous ressentons à la contempler guérit, réconcilie, console : elle est le signe de la communion avec tous les êtres et avec le Christ. »
L’appel que le Christ a lancé avec ses mots d’il y a 800 ans à François, « Va et répare ma maison qui tombe en ruine ! », résonne pour elle comme un appel urgent à « reconstruire la maison commune », et donc à « sauvegarder la Création », ici et maintenant, « dans la conscience d’être tous reliés ». Cette interdépendance est évoquée par le pape François dans son encyclique Laudato si’, à laquelle elle se réfère pour ses enseignements. Qu’attendons-nous pour nous réconcilier avec cette planète et à nous engager à œuvrer à sa transfiguration ? C’est l’un des grands combats de Christine, dans une forme de radicalité qui peut être parfois dérangeante. Ressourcées, l’esprit désencombré, nous nous remettons en route, en nous offrant un détour par la plage, où canards et cormorans profitent des rayons du soleil de fin d’après-midi. Sur le sable, Christine observe des empreintes à côté de celles légères d’une probable aigrette. Là encore, elle nous invite à regarder, pister et analyser quelle bête a pu venir se désaltérer : un sanglier, un chevreuil ?
VIVRE AVEC PEU
Retour à sa maison. Elle y accueille en toute simplicité les amis, parfois des pèlerins, ou des petits groupes qui viennent pour vivre un jeûne ou une retraite. (…)
Sa maison, propriété de son père, avec vue sur la mer, est entourée d’un jardin circulaire. Elle l’a meublée avec de la récup, hormis son poêle à bois rouge acheté neuf. À l’école de saint François, il s’agit d’apprendre à vivre avec peu, à privilégier le recyclage, à prendre soin tant des personnes qui nous sont confiées que des éléments naturels.
Christine s’inspire du courage du saint pour être en accord avec ses valeurs : un peu comme les oiseaux des Évangiles, elle a fait le choix radical de ne rien « amasser » et de s’alléger pour mieux tendre vers le ciel. « Saint François a passé la moitié de sa vie dans une nature sauvage, il a vécu cette communion cosmique avec la nature, les vivants et tous les êtres que Dieu lui a présentés. De la rencontre avec un lièvre, un loup, un ver de terre, un oiseau, un agneau, de même avec un pauvre ou un lépreux, tout être qu’il appelait frères et sœurs, la joie jaillissait chez lui du plus profond. Ce n’était pas une joie intellectuelle, c’était ce qu’il appelait “la joie parfaite”. C’est ce qui se révèle dans le Cantique des créatures, cette louange à la gloire de Dieu qu’il a composée à l’aube de sa mort, alors qu’il souffrait atrocement. Il voyait le chant des oiseaux comme une expression de la gratitude de la reconnaissance infinie d’être en vie. » Et de nous inviter à chanter chaque matin la gratitude d’être en vie nous aussi ! Un bienfait à cultiver au quotidien.
[1] Éco-journaliste, Christine Kristof-Lardet est aussi autrice de l’ouvrage Sur la Terre comme au Ciel ; lieux spirituels engagés en écologie (Ed. Labor et Fides), qui dresse un état des lieux de l’engagement des centres spirituels de diverses traditions en écologie, et du site internet qui le complète : Spiritualités pour la Terre.org . Elle est également cofondatrice du mouvement Chrétiens Unis pour la Terre et de l’association AnimaTerra et anime la revue Esprit de Nature sur la plateforme « Vivre Reliés » (espace numérique de ressources sur l’écospiritualité). Depuis, une vingtaine d’années elle développe une approche où écologie et spiritualité se fécondent mutuellement, notamment auprès de centres spirituels, et accompagne une (re)connexion sensible à la nature qui nous habite et que nous habitons, en facilitant des ateliers du « Travail qui relie » ou des retraites écospirituelles .
Proposition de AnimaTerra : Une méditation pour la terre a lieu en visio le 1er dimanche de chaque mois de 19h à 20 h 30 ; et à certaines dates précises cela se passe en présence. Inscriptions sur https://helloasso.com/associations/animaterra/evenements/meditations-pour-la-terre. Proposition de AnimaTerra, en partenariat avec le centre Assise, La Maison de Tobie, la Communauté Mondiale pour la Méditation Chrétienne/ Méditatio Ecologie meditatio Ecologie, le Forum104, Chrétiens Unis pour la Terre, Greenfaith…