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Voies d'Assise : vers l'Unité
Voies d'Assise : vers l'Unité
  • Blog dédié à Jacques Breton (prêtre, habilité à transmettre le zen, assistant de K.G. Dürckheim, instructeur de kinomichi) et au Centre Assise qu'il a créé en le reliant à l'abbaye de St-Benoît-sur-Loire (France) et au monastère zen du Ryutakuji (Japon).
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17 juillet 2026

Préface de Jean Marchal à Ikébana d'Annik Gendrot

L'ikebana est un art floral japonais qui nous ramène aux sources de la vie : à ce que les Chinois appellent depuis toujours le "souffle vital". Il plonge ses racines dans la grande tradition picturale chinoise et reprend les six principes de cette tradition dont les deux plus importants sont : « refléter le souffle vital » et « perpétuer la tradition des grands maîtres ».

C'est tout cela qu'a développé Jean Marchal dans sa préface au livre Ikebana, art floral japonais, publié pour la première fois en 1978 et réédité plusieurs fois depuis.  J. Marchal était un ami de Jacques Breton à qui est dédié le présent blog, d'autres textes de lui figurent dans le tag Jean Marchal.

 

 

Préface de Jean Marchal

 

 

Les ouvrages clairs et accessibles en langue française sur l'ikebana sont rares. Ce livre d'Annik Gendrot vient combler heureusement une lacune : sa longue expérience qu'elle y résume, devrait permettre une meilleure connaissance de cet art, dans un public moins restreint que celui qu'il a touché jusqu'à présent.

De l'art extrême-oriental, les Occidentaux connaissent en général peu : la majorité de ceux qui s'intéressent en retiennent surtout les aspects les plus accessoires, comme les porcelaines ou les estampes. Or, par l'ikebana, nous avons accès à un côté plus profond et plus authentique de cet art : en ceci qu'il ne s'agit plus seulement de satisfaire l'œil, mais de plonger dans l'être.

Comme ce sommet de l'art chinois et japonais qu'est la peinture dont il procède, l'ikebana nous ramène aux sources de la vie : à ce que les Chinois appellent depuis toujours le "souffle vital", dont la recherche fonde toute leur civilisation et sans le reflet duquel il n'y a pas pour eux d'art au sens fort. (À notre époque, et en Occident, le peintre Paul Klee assignait lui aussi comme but à l'art de rejoindre « les insondables profondeurs du souffle primordial ».)

L'IKEBANA, art traditionnel né en apparence au Japon au XVe siècle plonge en fait ses racines dans la grande tradition picturale chinoise que l'on peut faire remonter au Ve siècle de notre ère. C'est en effet à cette époque que Sie-Ho énonce les six principes qui vont animer jusqu'à nos jours la peinture extrême-orientale, et dont les deux plus importants sont : « refléter le souffle vital » et « perpétuer la tradition des grands maîtres ».

 

– « Refléter le souffle vital » : c'est pour l'artiste amener la conscience du spectateur de l'œuvre à l'état de calme mental (ou "vide") qui libère les puissances profondes de l'esprit, captives à l'état ordinaire de l'agitation du mental. C'est ce qu'exprime admirablement le grand poète et peintre chinois de l'époque Tang, Wang-Wei, lorsqu'il écrit : « Le trait de pinceau doit être interrompu, mais sans rupture : de sorte que là où le pinceau s'arrête, l'Esprit continue. » Tout l'art de l'ikebana se trouve là défini : formes florales vivantes et éphémères qui nous ramènent à la source originelle de toute vie et de toute forme, par le jeu de rythmes visibles suggérant l'invisible à partir duquel « l'Esprit continue ». Dans les compositions d'ikebana, le vide tient en effet une place importante, en particulier grâce au plan d'eau où se reflètent les lignes sobres et rythmées des végétaux : l'équilibre réalisé entre les lignes asymétriques et les vides qu'elles soulignent, introduit l'esprit dans la paix.

 

– « Respecter la tradition des maîtres » : comme pour tout art traditionnel, l'apprentissage de l'ikebana suppose l'assimilation de règles strictes de composition, transmises de maître à élève, et dans le but de permettre à celui-ci de surmonter les inspirations anarchiques ou superficielles, pour accéder à l'élaboration de formes inspirées par le "souffle vital". La clarté des textes et des illustrations d'Annik Gendrot permettront au lecteur de mieux saisir la nature de ces règles, dont la parfaite connaissance est absolument nécessaire à l'intégration des premiers stades de l'ikebana, et permet de déboucher progressivement dans une liberté d'inspiration où s'exprime de plus en plus nécessairement le "souffle vital".

 

Ainsi, comme pour tous les arts ou techniques inspirés du ZEN, cet art devient-il une voie (DÔ) de transformation intérieure : conception bien différente de celle que nous avons habituellement de l'art en Occident, où il s'agit trop souvent de soulever les émotions les plus fortes possibles. Ici, la règle est « de ne pas soulever plus d'émotions qu'on n'en peut purifier » (LANZA DEL VASTO) : expression d'une émotion profonde qui devient, par la purification de la forme qu'elle inspire, silence et harmonie intérieure.

 

Nous pouvons pour conclure remarquer que l'IKEBANA nous introduit dans une vision écologique de la nature, aux antipodes de notre conception occidentale aboutissant au massacre de l'environnement par un Homme sacré maître et seigneur d'une nature qu'il exploite et défigure sans vergogne.

Réussir un ikebana, c'est amener avec infiniment de respect les plantes utilisées à leur perfection formelle, à leur intégration dans la totalité cosmique en réduction ("microcosme") qu'est la composition florale : Homme, Ciel et Terre harmonieusement unifiés dans un dynamisme et un Sens.

 

Puisse ce livre donner au lecteur l'envie d'en savoir plus : en allant voir les quelques expositions d'ikebana qui chaque année se déroulent à Paris ou en province, et (qui sait ?) peut-être en commençant à se former à la pratique de cet art subtil : c'est tout un monde inconnu et insoupçonné qui pourrait commencer à s'ouvrir à lui, et en lui.

 

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