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Voies d'Assise : vers l'Unité
Voies d'Assise : vers l'Unité
  • Blog dédié à Jacques Breton (prêtre, habilité à transmettre le zen, assistant de K.G. Dürckheim, instructeur de kinomichi) et au Centre Assise qu'il a créé en le reliant à l'abbaye de St-Benoît-sur-Loire (France) et au monastère zen du Ryutakuji (Japon).
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15 avril 2026

Les bienfaits d'être centré sur le hara d'après K-G Dürckheim

Le mot japonais hara signifie "le ventre", mais pour quelqu'un comme Graf Dürkheim, il représente le centre vital de l'homme, et il explique dans ses livres pourquoi il est bienfaisant de se centrer sur le hara. Voici trois extraits du livre Le centre de l'être, paru en 1992 chez Albin Michel.

 

 

Les bienfaits d'être centré sur le hara d'après K-G Dürckheim

 

1/ Graf Dürckheim raconte sa découverte du hara (p. 49)

 

Un beau jour, je me trouvais allongé sur le sofa et j'étais furieux contre quelqu'un qui m'avait joué un mauvais tour. Je me trouvais dans un de ces états ignobles de l'homme qui voudrait étrangler un autre homme ! Dans cet état de nervosité, je me souviens d'avoir lu quelque part que si un Japonais se trouve dans un état pareil, il laisse glisser son petit moi de haut en bas ! A l'instant même, je pouvais faire cela et voilà que cette situation ne me regardait plus ! Je voyais la situation avec une certaine distance. L'autre était encore un méchant mais ça ne me regardait plus de la même façon.

A partir de cette expérience, je me suis efforcé de rencontrer des gens qui pourraient me dire quelque chose sur le hara et m'aider à faire des recherches en ce domaine. Parce que, dans la sphère du zen, le hara joue le rôle principal. Que ce soit dans l'art floral, le tir à l'arc, l'épée, la danse, le chant ou l'écriture, lorsque vous demandez aux maîtres de ces arts différents quel est le sens de leur travail, ils vont vous expliquer toutes sortes de choses pour vous dire finalement que tout ce qu'ils viennent de dire n'est pas très intéressant parce qu'il n'y a qu'une seule chose qui soit importante : le hara ! De ce point de vue le tir à l'arc, préparer le thé, se battre à l'épée, c'est la même chose. La même chose par rapport au même but qui est l'expérience de se situer ailleurs que dans le moi et de gagner ainsi une certaine indépendance et une certaine liberté.

 

2/ Que procure le fait de mettre le centre de gravité dans le hara ? (p 140-141)

 

Il arrive qu'une personne qui commence l'exercice de la méditation tel que je le propose ressente une gêne à se concentrer sur la respiration dans le bas-ventre et trouve plus spirituel de se concentrer sur la prière du cœur, par exemple. Je crois qu'il y a deux choses à dire.

Encore à notre époque, pour une certaine tradition spirituelle, tout ce qui est situé sous le nombril représente un danger. Le danger du sexe ! On vous dira : « Ne vous concentrez pas trop sur ce qui est en bas, le hara, parce que quelque chose va s'éveiller et alors vous êtes perdu. »

Il est vrai que des personnes qui sont sérieusement fermées au niveau du bassin réalisent, lorsqu'elles commencent la pratique de la méditation, que ce qui était endormi ou refoulé commence à s'éveiller !

Mon avis est qu'il faut différencier le fait d'intégrer ces forces ou de les vivre. S'éveiller à cette force de la sexualité ne veut pas dire qu'il faille la vivre. Mais la refouler est se priver soi-même d'une force de base. Il ne s'agit pas de vivre ce qu'on est mais d'être ce qu'on est. Ensuite reconnaître ce que votre maturité, votre position dans le monde, votre âge exigent. Chacun de nous a le droit de refuser un instinct, mais nous n'avons pas le droit de le refouler. Chacun reste le maître de sa décision mais refouler est toujours une faute.

La deuxième chose à dire est que le cœur est, et reste, le centre de l'homme. Ce n'est pas le hara, ce n'est pas la tête. C'est le cœur ! Mais pour ouvrir le cœur on doit en tout cas éviter une chose, c'est de se concentrer sur le cœur. C'est en mettant le centre de gravité dans le hara que le cœur peut s'ouvrir comme une fleur.

Il faut tout d'abord lâcher prise du centre de gravité situé trop haut. Il faut rendre le moi à la Terre, à la Grande Mère Terre. Se débarrasser du moi qui cherche une position définitive, qui la défend, qui veut la maintenir. C'est seulement si l'homme est ouvert dans le hara, son centre terre, que pourra s'éveiller l'esprit. On ne trouve pas le ciel si on élimine la terre. D'ailleurs si quelqu'un a mal à la tête il faut lui donner la chance de s'ouvrir dans le bassin. C'est seulement lorsqu'il s'ouvre dans le bassin que la tête s'ouvre et est libérée de cette tension douloureuse. C'est seulement lorsque l'homme devient enfant de la terre et du ciel que s'éveille l'être nouveau, que s'éveille le cœur de l'homme authentique. Si vous cherchez trop vite le cœur vous n'aurez pas cette transformation en homme nouveau.

Cependant, il faut dire que lorsqu'on entre dans un rythme, mille fois arrive le moment où on est là, au niveau du cœur, et sans plus aucune pensée.

 

3/ Comment être dans le hara lorsqu'on est debout ? (p. 154)

 

Tenez-vous debout, fermez les yeux, et écoutez ce qui se passe à l'intérieur de votre corps, c'est-à-dire à l'intérieur de vous-même. Principalement en bas, au niveau du bassin, dans le bassin. Il y a un mouvement, quelque chose va et vient ... va et vient ... va et vient, c'est ce qu'on appelle la respiration. Essayez tout simplement de vous rendre compte de ce mouvement. C'est déjà quelque chose qui n'est pas facile pour la plupart des gens parce que dès qu'ils en prennent conscience, ils fixent ce mouvement, ils l'arrêtent, ils le dérangent.

Maintenant, profitez du commencement de l'expiration pour vous lâcher dans vos épaules. Je ne dis pas « Lâchez vos épaules » mais « Lâchez-vous dans vos épaules ». Et profitez maintenant de la fin de l'expiration pour vous laisser descendre dans votre bassin. Il s'agit de se laisser tomber dans son assiette. Vous pouvez lever les épaules et ensuite les laisser tomber, mais rien ne se passe dans le bassin. Par contre si vous profitez de l'expiration et surtout de la fin de celle-ci, vous sentirez qu'il est possible de vous asseoir dans votre bassin. Les Français ont cette expression "être dans son assiette" ou "ne pas être dans son assiette". Mais rares sont ceux qui se rendent compte que l'assiette c'est le bassin. On peut dire d'un homme qui n'est pas dans son bassin, qu'il n'est pas dans le hara.

Laissez venir l'inspiration. Ne pas ajouter un petit quelque chose à l'inspiration. Très souvent, si on se laisse descendre jusqu'au bout de l'expiration, il y a ce réflexe du moi qui se reprend à l'inspiration ! Comme si on avait peur d'expirer ! Évitez ce réflexe et laissez-vous inspirer. Laissez venir l'inspiration comme elle vient, d'elle-même.

Maintenant, tout en restant dans cette respiration tout à fait naturelle, laissez sortir le bas-ventre. Ce qui demande un certain courage, parce que c'est contraire au canon de la beauté de l'homme occidental. Dès l'enfance, on nous invite à rentrer le ventre, à le retirer. Non, au contraire, lâchez prise dans le bas-ventre. Et on peut même aller plus loin encore, si je pénètre avec le poing dans le bas-ventre, entre le nombril et le pubis, repoussez mon poing d'une bonne contraction musculaire. C'est la partie du corps humain qui est la plus forte et en même temps une des plus inconscientes.

Si vous êtes bien dans votre assiette et que vous mettez au niveau de la sangle abdominale un accent de force, il devient très difficile de vous renverser lorsqu'on vous pousse dans le dos.

 

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