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Voies d'Assise : vers l'Unité
Voies d'Assise : vers l'Unité
  • Blog dédié à Jacques Breton (prêtre, habilité à transmettre le zen, assistant de K.G. Dürckheim, instructeur de kinomichi) et au Centre Assise qu'il a créé en le reliant à l'abbaye de St-Benoît-sur-Loire (France) et au monastère zen du Ryutakuji (Japon).
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1 mars 2026

Hakuin, maître zen, par M Shibata, partie1

À travers la vie de Hakuin et deux de ses grands textes, Masumi Shibata nous fait découvrir ce grand maître. Figurent ici des extraits du 1er texte – "Conversation oisive nocturne sur une barque" (en japonais : Yasenkanwa) et dans un prochain message ce sera des extraits de "La Bouilloire Orate" (en japonais : Orategama). Cela vient compléter les articles déjà mis sur le blog (tag Hakuin)

Il s'agit d'un chapitre du livre Les maîtres du zen au Japon, Collection "Les grands initiés" dirigée par Jacques Brosse, publié d'abord en 1969, par G.-P. Maisonneuve & Larose, puis en 1974 chez Robert Laffont, réédité en 2001. C'est la version de 1974 qui est à la source du présent texte. Les traductions de textes japonais ne sont pas nécessairement les meilleures, mais le livre a le mérite d'initier au zen vivant.

 

 

Hakuin, maître zen

 

Masumi Shibata

 

 

Hakuin naquit en 1685 dans l’actuelle ville de Hara située dans la préfecture de Shizuoka et d’où l’on peut contempler le mont Fuji dans toute sa majesté. Hakuin avait 9 ans lorsque Bankei mourut, et 10 ans à la mort du grand poète spécialiste de Haikaï, Basho. A 15 ans, Hakuin reçut la tonsure au temple Shôin de Hara, et à 19 ans il partit en pèlerinage pour chercher le Zen. A 25 ans il succédait dans la Loi au Maître du Zen Shôju et à 26 ans, pour soigner une anémie passagère, il demanda à l’ermite Hakuyûshi de lui faire connaître un peu de sa science de la médecine. Et depuis il ne cessa ses activités : sermons, exercices, éducation de ses novices soit au Shôin-ji de son village natal de Hara, soit au Myôshin-ji de Kyôto, soit ailleurs. En 1768, il mourait à l’âge de 84 ans. II s’était allongé tranquillement en poussant un cri au dernier instant.

 

Hakuin est considéré au Japon comme un type d’homme très rare et extraordinaire, que l’on ne rencontre pas plus d’une fois tous les cinq siècles. Il a systématisé parfaitement la méditation graduelle des kôans, ce qui produisit d’excellents disciples sous sa direction. Ainsi la transmission de la Loi d’un Maitre à un disciple, jusque-là très précaire, grâce à lui devint beaucoup plus assurée, et presque tous les Maîtres de l’école Rinzaï au Japon figurent dans sa succession.

Le public français s’est familiarisé avec Hakuin grâce à ses peintures et calligraphies d’où se dégagent une force, une virilité presque démoniaque et une expression, toutes peu communes, et qu'il a eu la chance de contempler au Petit Palais à Paris au cours de l’exposition : « L’au-delà dans l’art japonais » d’octobre à décembre 1963.

Hakuin avait peint un portrait de Bodhidharma qu’il accompagna d’une maxime exprimant en un seul mot la puissance et la noblesse de son esprit :

« Le tigre féroce ne mange pas de viande pourrie. »

 

Aussi il était attaché à une autre maxime en harmonie avec sa façon d’être non-idéaliste, transcendant la discrimination entre beauté et laideur :

« J'enfouis de la neige au fond d’un puits

    En compagnie d’un saint simplet. »

 Cet acte [d’enfouir la neige] n’a ni fin ni valeur. Dans cette maxime se trouve bien exprimée la philosophie non-eschatologique du Zen.

 

Deux œuvres de Hakuin sont particulièrement plus populaires que les autres : la première a pour titre : « Conversation oisive nocturne sur une barque » (en japonais : Yasenkanwa) et la seconde : « La Bouilloire Orate » (en japonais : Orategama). La première est un livre de médecine, qui explique comment répartir en soi l’énergie spirituelle, et révèle les secrets de la longévité. On dit que plusieurs malades guérirent après avoir pris connaissance de ce livre et utilisé ses méthodes, méthodes connues non seulement des médecins japonais mais encore des médecins occidentaux sous le nom de « hara » (ventre). La seconde porte le nom d’une bouilloire que Hakuin utilisait quotidiennement et est constituée de lettres destinées à ses dévots.

 

1. CONVERSATION OISIVE NOCTURNE SUR UNE BARQUE

(jap. Yasenkanwa)

 

Hakuin avait rendu visite à l’ermite Hakuyûshi qui avait élu domicile dans une grotte située à Kitashirakawa, banlieue nord de Kyôto, et qui lui avait enseigné les méthodes de la contemplation intérieure.

L’existence réelle de Hakuyûshi fut mise longtemps en doute, mais grâce aux recherches incessantes d’historiens modernes, des calligraphies de sa main furent découvertes et aujourd’hui son existence ne fait plus aucun doute. II était né en 1646 et dès l’âge de 16 ans il habita dans des montagnes éloignées qu’il ne quitta pas durant quarante-huit ans. En 1709, il fit une chute dans les montagnes de Kitashirakawa qui provoqua sa mort. II avait 64 ans.

Dans son introduction, Hakuin explique pourquoi il a écrit ce livre : ses disciples vivaient soit près de son temple soit très loin, dans des conditions de vie très dures et très austères, et leur santé en était affectée. Hakuin ne pouvait ne pas s’en apercevoir et éprouver de la compassion à leur égard. II leur enseigna la méthode qu’il avait mise au point pour la contemplation intérieure :

 

Avant de vous endormir et de fermer vos yeux, allongez vos deux jambes l’une contre l’autre et bien tendues. Placez votre énergie spirituelle depuis votre nombril jusqu’a la plante de vos pieds en passant par votre bas-ventre, vos reins et vos jambes. Puis effectuez la contemplation qui suit à plusieurs reprises :

« Mes bas-ventre, reins, jambes et plantes de pieds sont tous vraiment mon Visage originel. Quelle physionomie a-t-il ? Mes bas-ventre, reins, jambes et plantes de pieds sont tous vraiment mon Village foncier. Quelles sont les nouvelles de lui ? Mes bas-ventre, reins, jambes et plantes de pieds sont tous vraiment ma Terre Pure spirituelle. Quel est le décor de la Terre Pure ? Mes bas-ventre, reins, jambes et plantes de pieds sont tous vraiment mon propre Amida. Quelle Loi Amida prêche-t-il ? »

Répétez cela en y réfléchissant sans cesse. Si le mérite de cette répétition s’accumule, l’énergie spirituelle de votre corps sera concentrée depuis votre nombril jusqu’à la plante de vos pieds et votre bas-ventre sera comme un ballon. Si vous continuez tranquillement une semaine ou un mois, vos fatigues et lassitudes précédentes seront complètement guéries. »

 

Les disciples de Hakuin, selon ses conseils, suivaient cette méthode. L’efficacité de la méthode dépendait naturellement du zèle qu’ils apportaient ou non dans leur pratique, mais tous reconnaissaient ses qualités. Elle était non seulement très bonne pour le corps, mais elle apportait encore une aide au Za-zen et à la méditation des kôans. Hakuin utilisa parallèlement ces deux moyens dans l’éducation de ses disciples.

 

Dans le texte lui-même, faisant suite à l’introduction dont nous venons de parler, Hakuin raconte comment il découvrit cette méthode. Au cours de sa jeunesse, la trop grande ardeur qu’il mettait dans ses méditations avait altéré sa santé : ses poumons étaient malades, ses jambes étaient toujours glacées, il avait des bourdonnements d’oreilles, des difficultés digestives, il était devenu hypersensible, sujet à des dépressions nerveuses et a des troubles visuels, suant sans cesse, les yeux larmoyants. Il chercha un bon médecin, mais aucun remède ne le guérit. Alors quelqu’un lui conseilla d’aller voir Hakuyûshi en le prévenant que c’était un homme qui détestait que l'on vienne lui rendre visite et que lorsque quelqu’un venait le voir il s’enfuyait. On ne pouvait distinguer si c’était un saint ou un fou. Il avait de solides connaissances astrologiques et médicales. Si quel qu’un venait à lui demander très poliment son enseignement il se dégelait un peu.

Ainsi Hakuin partit à sa recherche. II le découvrit dans une grotte à flanc de montagne, assis, ses longs cheveux tombant sur ses genoux. Son Visage avait la jolie teinte d’un dattier. Dans la grotte se trouvaient trois livres :

  • « L’Invariable Milieu », livre sacré du confucianisme ;
  • « Lao-tseu », livre sacré du taoïsme ;
  • enfin le « Sutra de Diamant »,

mais aucun matériel pouvant servir à la vie quotidienne.

Observant une grande politesse, Hakuin lui exposa sa maladie et lui demanda de le guérir. Alors l’ermite lui prit la main et l'ausculta attentivement pour arriver à la conclusion qu’Hakuin était tombé malade à cause de son excessive méditation, que pour le soigner, ni acuponcture, ni moxa, ni aucun médicament n’auraient d’effet. Seule la méditation intérieure qu’il allait lui enseigner pourrait le guérir. Puis il lui expliqua longuement la construction philosophique orientale du corps, dont nous donnons l’essentiel. La source de la vie réside dans la conservation permanente de la fraicheur du haut du corps et de la tiédeur dans la partie inférieure, c’est-à-dire faire résider constamment l’énergie spirituelle dans la partie inférieure du corps. Ainsi le Bouddha a dit : « Placez votre conscience à la plante de vos pieds et ainsi vous pourrez guérir 101 maladies. »

Aussi, lorsque Dôgen demanda son enseignement à Maitre Nyojô, celui-ci lui dit : « Lorsque vous êtes assis dans la forme du Za-zen, placez votre esprit au creux de votre main gauche. » Tout cela revient à exprimer la même vérité. Ainsi la méthode transmise par Hakuyûshi à Hakuin fut nommée « le beurre le plus raffiné de tous ».

Donc : Lorsque les pratiquants sentent qu’ils ont perdu l’harmonie de leur corps, ressentent la fatigue, qu’ils contemplent « le beurre le plus raffiné dans sa couleur et son parfum, gros comme un œuf de canne et situé au sommet de la tête » ! Sa saveur magnifique s’étend à tout le crâne, descend peu à peu inondant toute la tête, les épaules, le haut des bras, les seins et toute la poitrine, l’estomac, les intestins, la colonne vertébrale, les reins et il envahit tout le corps. En même temps les maux et courbatures du haut du corps descendent selon cette conscience comme l’eau s’écoule vers le bas. Ces pensées détrempent les jambes et s’arrêtent à la plante des pieds.

De plus les pratiquants doivent s’adonner à la contemplation :

« Ce cours d’eau qui inonde petit à petit en descendant fait séjourner le bas du corps, depuis le nombril, dans le bassin que le meilleur médecin du monde a rempli de breuvages merveilleux. » Si l'on continue assidument cette contemplation, le corps deviendra plus harmonieux qu’à 20 ou 30 ans et l’épiderme sera brillant.

Hakuin a raconté à ses disciples qu’il avait utilisé cette méthode et qu’en moins de trois ans il en ressentit l’efficacité. Ainsi, ses pieds qui étaient toujours gelés auparavant ne l’étaient plus et il n’avait plus besoin de chaussettes. Dans le domaine spirituel il acquit la capacité de résoudre certains kôans parmi les plus difficiles, ce qui lui apporta parfois beaucoup de joie.

 

NB. Le deuxième texte figurera dans un prochain message

 

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