La voie du zen selon la quête du Bœuf, par Ama Samy
Une série de dix images symbolisent les étapes du voyage vers l'illumination. Dans la tradition du zen, elle est connue sous le nom d' "images de la quête du Bœuf". AMA Samy (qui est prêtre et maître zen en Inde) a commenté cette quête du zen sous forme d'un article paru en anglais dans la revue suédoise "Zenvägen" en mai 1989 (la majeure partie de l'article forme le ch. 4 du livre Zen : Awakening to our original face, Ed Cre-A 2005). En voici une traduction en français avec quelques modifications.
Ama Samy a étudié avec Yamada Koun, Rôshi de la Sanbo Kyodan, et a eu son autorisation pour enseigner le Zen. Après la mort de Yamada Rôshi il a créé sa propre école Zen, Bodhi Sangha, à Perumalmalai, en Inde, où il vit et enseigne. Un seul livre de lui a été traduit en français : Cœur zen, esprit zen. Les enseignements du maître zen Ama Samy, éd Sully, 2010. D'autres textes de lui figurent sur le présent blog (tag Ama Samy). Une courte biographie se trouve en fin du présent message.
Un message est déjà paru sur le blog avec plusieurs versions et commentaires des dix images : Les images de la quête du Bœuf, symboles du chemin vers l'Éveil.
Au I, Ama Samy décrit les dix images et fait un lien avec la voie du zen vers l'illumination.
Au II, il fait un parcours de la 3e à la 7e étape.
Au III, il commente la 8e étape.
Au IV, il commente les 9e et 10e étapes.
La voie du zen
à partir des images de la quête du Bœuf
Par maître AMA Samy
Nous vivons à une époque de changement et de recherche. On parle d'inculturation, de dialogue, de mission, de libération. L'ancien ordre des choses change et fait place à un ordre nouveau. Mais nous ne connaissons pas encore ce dernier, et c'est la confusion et le chaos en ce qui concerne nos buts, nos priorités et nos moyens.
Je propose cette description de la voie du zen comme une contribution à la recherche d'un chemin authentique. Je tente aussi de rectifier un certain nombre des déséquilibres qu'on trouve aujourd'hui dans le zen. Je ne suis ni un universitaire ni un écrivain, et je ne suis pas non plus au courant des réflexions ou des écrits les plus récents dans ce domaine. Mais j'espère qu'il ne sera pas vain de proposer d'articuler cette voie du zen.
Une chose apparaît en effet, à savoir qu'il ne semble pas y avoir eu de rencontre en profondeur entre les théologies de la libération et les voies des religions orientales et de la méditation. On doit se rappeler que le bouddhisme est né comme un mouvement de libération. La méditation et la philosophie bouddhiste, ainsi que la philosophie hindoue sont d'abord des sotériologies ou des voies de libération. Il ne peut y avoir de véritable théologie de la libération en Orient sans cette rencontre et cette expérience profondes.
I
Je prends donc dans la tradition du zen les images de l'homme à la recherche du Bœuf et je commente les plus importantes.
Au XIIe siècle, le maître zen chinois Kuoan Shih-yuan (plus connu sous son nom japonais, Kakuan), dessina une série d'images qui symbolisaient les étapes du voyage zen vers l'illumination. Des images semblables existaient avant Kakuan, mais sa série qui comprend deux images supplémentaires qu'on ne trouvait pas auparavant, est considérée comme la plus complète. Dans la tradition du zen, elle est connue sous le nom d' "images de la quête du Bœuf".
Le zen n'a pas formellement d'Écritures. Son enseignement repose sur les kôan et les mondos qui sont les dires et les gestes paradoxaux des maîtres zen et de leurs disciples. La peinture, la poésie et les autres arts servent également d'instruments pédagogiques au zen. Les images de la recherche du bœuf illustrent bien la voie du zen
Kakuan a donné à chacune des dix images un titre, un commentaire bref et un court poème. En voici les titres :
1. À la recherche du Bœuf.
2. Découverte des traces.
3. Découverte du Bœuf.
4. Capture du Bœuf.
5. Apprivoisement du Bœuf.
6. Retour à la maison sur le dos du Bœuf.
7. Le Bœuf oublié, l'homme seul.
8. Le Bœuf et l'Homme sont tous deux oubliés.
9. Retour à la source et l'origine.
10. Les mains ouvertes sur la place du marché.
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1. À la recherche du Bœuf. On montre un jeune fermier en train de chercher le Bœuf qu'il a perdu. C'est la recherche de la réalité ultime, la quête du "vrai Soi". Une recherche par intermittence sera sans effet. Il faut de la volonté, de la ténacité, du courage, de l'engagement et de la constance.
2. Découverte des traces. Il a aperçu les empreintes de son Bœuf et se hâte de les suivre. Il ne suffit pas de chercher, il faut aussi trouver le chemin, marga, pour réaliser le "vrai Soi". Ce chemin doit être "votre" chemin et doit être un chemin "authentique" vers le "vrai Soi". Il requiert aussi un guide le long du chemin, un vrai maître.
3. Découverte du Bœuf. L'Homme découvre son Bœuf. C'est une phase critique dans la quête, un commencement où on fait pour soi-même l'expérience de la vraie réalité, la première Illumination ou satori. Croire et chercher sans fin, sans atteindre aucune Réalisation, ce serait une vie qui ne vaut pas la peine. Mais dans le zen, cette Illumination n'est que le début, ce n'est pas la fin.
4. Capture du Bœuf. Le bouvier attrape le Bœuf qui cherche à s'échapper. Cela ne suffit pas de seulement voir, on doit toucher, faire l'expérience de la réalité.
5. Apprivoisement du Bœuf. Le Bœuf a été calmé, dompté. L'image précédente et celle-ci montrent qu'il ne suffit pas de voir, d'entendre une seule fois ou deux fois le "vrai Soi" et d'en faire l'expérience ; on doit lutter avec lui jusqu'à ce qu'on soit réconcilié avec son "vrai Soi". C'est un long processus d'entraînement et de discernement.
6. Retour à la maison sur le dos du Bœuf. L'Homme est assis sur le dos du Bœuf, il joue de la flûte et rentre chez lui. Il a trouvé ce qu'il avait perdu ou ce qu'il cherchait, il l'a attrapé, dompté, en a pris possession. C'est la certitude, la paix, la joie, il y a de la musique. La lutte est finie. Ou du moins, c'est ce qui semble.
7. Le Bœuf oublié, l'homme seul. Le Bœuf a disparu, l'Homme est seul. L'Homme a trouvé son identité, il a trouvé une sécurité, sur un point ou l'autre : plaisir, pouvoir, amour, société ; dogmes, idéologies, programmes d'action ; raison, émotion, histoire, nature. Des images et des idées de Dieu, du monde, de Soi, de la vérité et de la réalité peuvent devenir des idoles, lorsque l'Homme trouve en elles une sécurité et une identité. Tout cela, ce sont des constructions humaines, des projections de l'imagination. Il n'y a pas de base solide, sûre et absolue pour tout cela, que ce soit dans le monde objectif ou dans le monde subjectif. Ce dont il a pensé que c'était son "vrai Soi", son dieu, ce n'était que sa propre construction. C'est la phase de retrait des projections. C'est un temps de sentiment d'abandon, d'isolement, de relativisation ; de retrait et de solitude.
8. Le Bœuf et l'Homme sont tous deux oubliés. Il y a seulement un espace vide, symbolisé par zéro [un cercle]. C'est le lâcher-prise de tout, de Dieu, du monde, de soi-même. Le sujet et l'objet ont tous deux disparus. C'est la matrice du rien (nothingness) et en même temps la source de tout. Vide et Plénitude, Mort et Vie.
9. Retour à la source et l'origine. Il y a un arbre en pleine floraison, un ruisseau qui coule, des oiseaux et des poissons. Quand vous mourrez complètement, vous vous éveillez au cœur de chaque réalité. Sur cette image, on ne voit pas l'Homme. Ce n'est pas un univers anthropocentrique – ce qui est une construction humaine –, mais la réalité dans ce qu'elle est, dans son émergence et sa créativité interdépendante, dans sa profondeur inépuisable et ses possibilités infinies.
10. Arrivée sur la place du marché, mains ouvertes. Sur la dernière image, un vieil homme, torse nu et pieds nus, parle avec un homme plus jeune qui porte du poisson et de l'alcool à vendre sur la place du marché. C'est le retour dans le monde, à la place du marché, à la compassion désintéressée (self-less). Il n'y a plus de dualisme (le dualisme n'est pas la dualité et la pluralité) séparant le sacré et le séculier, le saint et le profane, la place du marché et le temple, ceux qui sont illuminés et ceux qui ne le sont pas. Le Samsara est le Nirvana, le Nirvana est le Samsara. Dôgen Zenji, le maître zen japonais du XIIIe siècle écrit :
« Étudier la voie du Bouddha, c'est
étudier le soi.
Étudier le soi, c'est
oublier le soi.
Oublier le soi, c'est
être illuminé par les dix mille dharmas (phénomènes).
Être illuminé par les dix mille dharmas, c'est
effacer les barrières entre le soi et les autres.
Aucune trace d'illumination ne subsiste,
et cette absence de trace continue sans fin. »
* * *
À la recherche du Bœuf.
Le voyage zen commence par une recherche, une quête. Vous cherchez quand vous avez perdu quelque chose, quand vous êtes en manque, aliéné, dans la détresse, "perdu" (lotness). Mais vous ne chercherez pas sans avoir l'espoir de trouver. C'est pourquoi la première image marque le commencement du véritable voyage religieux : sentiment d'être perdu, aliénation et souffrance ; confiance et espoir ; cherchant, attendant, quêtant, questionnant.
Dans le vocabulaire japonais du zen, on dit :
- Dai-Shikon, Grande Foi ;
- Dai-Gidan, Grand Doute ;
- dai-Funshi, Grande Détermination ou Quête[1].
Le désir de libération est fondamental. Dukkha (ou souffrance) et foi (ou espoir) – la profondeur de ces deux attitudes détermine l'intensité de la recherche et du désir. Quand vous entrez dans Dukkha et que vous l'explorez en profondeur, vous découvrez le désir et l'attente. Désir et attente sont les ressources cachées de la foi et de l'espoir ; quand ils sont éveillés, ils produisent en abondance la recherche et la quête ; et ils réclament d'être nourris par la constance et le courage. Notre premier Éveil spirituel, et le premier service que nous puissions rendre aux autres consistent à entrer dans son propre dukkha et celui des autres et à éveiller le désir et l'espoir. Le désir ne saurait être purement réduit au désir individuel privé ; le désir est trans-individuel.
Il y a désirs et désirs, et différentes manières de les dénombrer, et de classer les besoins et les désirs humains. Adolf Guggenbühl-Craig, psychologue jungien, définit une distinction-clef entre bien-être et salut[2]. Tous nos besoins et désirs humains peuvent, de façon large, se regrouper sous deux rubriques :
- ceux dont le but est le bien-être,
- et ceux qui sont recherche de salut.
Le bien-être inclut : santé physique, sentiment d'appartenance, sécurité, affection, satisfaction des émotions, plaisir, pouvoir, santé morale et intellectuelle et plein accomplissement. « Un corollaire du bien-être est le bonheur : une personne qui possède un sentiment de bien-être est heureuse et satisfaite. Le gouvernement d'un pays a en charge le bien-être de ses concitoyens » dit Guggenbühl.
Le salut a trait à la recherche d'une libération, du sens de la vie, aux limites de la vie et de la réalité, aux limites du bonheur et du succès, de la morale, de la vérité et de l'être. Le salut inclut, le plus souvent, perte ou sacrifice, et il peut ne pas conduire quelqu'un à être satisfait et équilibré ; le salut ne dépend pas de la maturité intellectuelle, morale ou psychologique d'un individu particulier. Il vaut pour tous, et ne se réduit pas à quelque méthode ou voie que ce soit.
En résumé, le bien-être se rapporte à ce qu'une personne peut réaliser par ses propres efforts ou en collaboration avec d'autres – il se rapporte à un accomplissement et une satisfaction dans les domaines physique, psychologique, intellectuel et moral. Mais, nous le savons bien, une dose d'accomplissement dans ces domaines n'apporte pas vraiment à quelqu'un la paix, paix que le monde ne peut pas donner. On a à lutter avec la souffrance, la mort et le mal.
Le salut – le mot "salut" n'est pas pris ici strictement dans le sens chrétien ou scripturaire, mais ce sens n'est pas exclu– et le bien-être sont sans continuité et se contredisent l'un l'autre. Le salut ne peut pas être défini ni décrit de façon adéquate, et on ne peut pas l'atteindre complètement dans cette vie.
Symboles et mythes sont porteurs du sens du salut.
La quête zen ne commence véritablement que lorsqu'on cherche le salut. Celui qui cherche en premier lieu la santé ou le bien-être n'est pas vraiment prêt pour le zen (bien que le zen soit aussi thérapeutique). Le but premier et fondamental du zen est le satori ou illumination, ce qu'on peut appeler salut.
Cela met en question notre lutte pour la justice et l'option pour les pauvres. Soulager la "pauvreté radicale", lutter pour la justice dans les domaines économique, politique, social, relève du bien-être. Parler de "libération totale" ou de "libération intégrale", cela paraît passer à côté de l'importance du salut. Bien sûr, nous avons à nous occuper des besoins fondamentaux et immédiats du peuple et à rechercher la justice et le bien-être. « Du pain pour moi, c'est une question matérielle ; du pain pour mon voisin, c'est une question spirituelle. » Mais ce pain, même s'il est pour mon voisin, n'ouvre pas la question du salut[3]. Dans la réalité concrète, bien sûr, bien-être et salut vont souvent ensemble ; mais il est vital qu'on garde en vue la distinction.
À présent, laissez-moi terminer ce point avec une anecdote qui est un kôan zen[4] :
« Bodhidharma était assis en zazen face au mur. Le Second Patriarche, qui s'était tenu debout dans la neige, se coupa le bras et dit : “L'esprit de votre disciple n'est pas encore en paix. Je vous en prie, maître, s'il vous plaît, donnez-lui la paix.” Bodhidharma dit : “Apporte-moi l'esprit et je l'établirai dans le repos.” Le Second Patriarche dit : “J'ai cherché l'esprit mais finalement on ne peut pas l'atteindre.” Bodhidharma dit alors : “C'est que je l'ai consciencieusement établi dans le repos pour toi.” »
[1] Cf. Sung Pae Park : Buddhist Faith and Sudden enlightenment, ch. 9 (Motilalal Banaraidas, 1983)
[2] Adolf Guggenbühl-Craig : Marriage., Dead or alive (Spring Publications, Dallas, Texas, 1977).
[3] Cf. Albert Borgmann : Liberty, Festivity and Poverty (Philosophy Today, Fall, 1986).
[4] Mumonkan, cas n° 41.
II
Chacune des dix étapes ou images demanderait un chapitre. Je prêterai attention aux moments importants.
La troisième étape, c'est trouver le Bœuf. Elle se rapporte à l'expérience initiale d'illumination.
L'illumination, dans le zen, c'est l'expérience du Vide et de la non-dualité. En langage chrétien, on peut nommer le Vide le Mystère. L'illumination est l'expérience de la conversion, de la perte et de la découverte de soi dans le Mystère – dans le Mystère c'est-à-dire dans la Miséricorde –, un Mystère qui est gratuité (graciousness).
Mais cette illumination n'est que le commencement. De l'étape initiale de la recherche à l'expérience de la découverte du Bœuf jusqu'au retour à la maison sur le dos du Bœuf et l'entrée sur la place du marché les mains vides, il y a tout un processus de transformation-purification, de discernement, on fait le vide de soi (self-emptying) et on réalise la non-dualité.
Ce n'est pas l'affaire d'un mois ou d'une année ; comme le disait Thomas Merton, si vous êtes un débutant dans la vie spirituelle, dans vingt ans vous avez de la chance ! Il ne faudrait pas considérer ce processus de transformation comme une affaire "privée" ou individuelle. C'est un processus intérieur qui conduit la personne à naître à la prise de conscience d'elle-même et à la relation aux autres, au monde et à la réalité[1].
Attraper et dompter le Bœuf, cela comporte de nombreux niveaux. Il ne s'agit pas d'un mouvement linéaire d'une étape à l'autre ; on parcourt toutes les étapes, puis on revient et on recommence, encore et encore. Mais nous pouvons quand même parler du voyage et des étapes.
Une partie du processus au cours du voyage, sera la “confection de l'âme" (soul making)” (je prends cette image à James Hillman[2] mais je l'utilise à ma manière propre, au service de mes buts ; si j'admire son usage chez l'auteur, je n'accepte pas toute sa pensée). Il s'agit de transformer le fonctionnement de l'imagination. La psyché humaine et la conscience dérivent d'images psychiques. Selon Hillman :
« Chaque notion dans notre esprit, chaque perception du monde, chaque sensation en nous doit passer par une organisation psychique pour simplement "se produire", "arriver". Chaque sentiment ou observation particuliers se produisent comme un élément psychique en formant d'abord une image imaginaire. Les images imaginaires sont “les données fondamentales de la vie, autoproduites, inventives, spontanées, complètes, et elles sont organisées en modèles à valeur d'archétypes”. » Les images archétypiques sont « les modèles les plus profonds du fonctionnement psychique, les racines de l'âme ; elles gouvernent les perspectives que nous avons sur nous-mêmes et sur le monde. »
Les archétypes apparaissent d'abord dans le comportement, puis dans des images, puis dans un style de conscience. Dans tout cela, il y a une attitude face aux événements. Ceci est à la fois collectif et individuel, émotif, instinctif et imaginatif. Vous ne possédez pas les archétypes, ce sont eux qui vous possèdent et vous ont[3].
« D'un côté, les événements concrets contiennent de la psyché – une image imaginaire, des idées privées ou une signification émotionnelle plus profonde. D'un autre côté, les idées invisibles, les émotions et les imaginations sont aussi concrétisées quelque part dans notre vie publique. Pour nous (psychologues des profondeurs) la part publique et la part privée sont liées ; nous affirmons que chaque problème a un aspect privé et que les imaginations se manifestent d'abord sous un aspect public comme des problèmes difficiles, résistants, épineux, pesants et urgents. Ce qu'on nomme "problèmes", c'est simplement l'épaisse coquille extérieure dans laquelle les imaginations sont enveloppées. Ils ne peuvent pas être résolus réellement en tant que n'avons pas découvert les imaginations qui les nourrissent de l'intérieur.[4] »
J'ai cité ce passage intégralement simplement pour faire apparaître la forme de notre vie psychique, pour montrer comment nous vivons dans la non-conscience, dans les rêves et le sommeil. On peut en arriver à s'identifier complètement à une image imaginaire archétypale particulière et le "monde" nous parvient à travers cet archétype. C'est un monde de volonté aveugle où l'imagination est prisonnière du dualisme et du littéralisme. Le zen l'appelle le monde de l'avidité, de la haine et de l'illusion. Là, le moi, les autres, le monde y sont tous des entités distinctes, séparées, perçues à travers nos illusions et notre avidité. Chacun se tient au-dessus et contre les autres, luttant pour survivre et s'accroître, combattant pour dépasser ses frontières. La mort, l'ombre et ce genre de réalités négatives sont tenus à l'écart, aux frontières les plus lointaines.
Avant l'illumination, dit le zen, les arbres sont des arbres, les montagnes sont des montagnes. Je suis moi, vous êtes vous ; je suis parce que je suis moi et pas vous[5]. Mais dans l'Illumination, dans son processus, les frontières sont mêlées. On se rend compte que le soi, les autres, les choses, c'est "vide". L'imagination est transformée : le dualisme littéral, objectivant, conceptuel, est mis à l'épreuve. Le fait de simplement s'asseoir, shikantaza, et l'entraînement des kôans, dans le zen, effacent une à une les barrières et les rigidités du cœur-esprit. On fait l'expérience que le Soi, c'est l'univers et l'univers, c'est le Soi.
« Lorsque le soi s'avance pour consolider la foule des choses, dit Dôgen, c'est l'illusion ; lorsque la foule des choses avance pour consolider le soi, c'est l'illumination. »
Réaliser le monde comme représentation (angl. imaginal) ; entrer dans ce domaine et actualiser ses milliers de possibilités, ses perspectives, ses formes et ses émotions – c'est la "confection de l'âme", la réalisation de la liberté, de l'expérience, du sens et de l'amour.
« Un moine demanda un jour à Unmon : “D'où viennent les Bouddhas ?” Unmon répondit : “Lo, la montagne de l'Orient s'écoule sur l'eau.”
Tabaï demanda un jour à Baso : "Qu'est-ce que Bouddha ?” Baso répondit : “L'esprit est Bouddha.” Une autre fois, à la même question, il répliqua : “Ni l'esprit, ni Bouddha.”
À une question similaire, un autre grand maître, Jôshû répondit : “Le chêne sur le devant du jardin.” Quand le moine protesta en disant : “S'il vous plaît, maître, ne nous apprends pas à nous appuyer sur l'objectivité”, le maître dit : “Je ne t'apprends pas à t'appuyer sur l'objectivité.” Le moine lui demande alors : “Que signifie la venue du patriarche depuis l'Ouest ?” (= Qu'est-ce que Bouddha ? = Qu'est-ce que la réalité ultime ?) Jôshû répondit : “Le chêne sur le devant du jardin.”[6]
Entrer dans le domaine de la non-dualité, ne se distingue pas – non plus que la libération de l'ego et la régulation des archétypes – de l'entrée de chacun dans sa propre mortalité, sa vulnérabilité, son obscurité, son ambiguïté, son ombre, le mal et la mort. L'expérience zen ouvre le cœur et l'esprit à la face interne de la vie, à la réalisation du nirvana au milieu du samsara, du samsara comme nirvana.
Il y a nombre de kôans et d'histoires zen qui traitent de la violence, de la vulnérabilité, de la boue et de la mort. Mais malheureusement, comme on peut le voir dans de nombreux écrits sur le zen et aujourd'hui chez beaucoup de ceux qui enseignent le zen, le zen semble produire une fixation sur l'archétype héroïque de l'ego – être sans ego de façon absolue (absolute egolessness), clarté de la conscience, indifférence sans passion aux émotions, conscience absolue[7]. Il est possible que ce soit dû à l'éthique du guerrier samouraï et aux arts martiaux du Japon. D'un autre point de vue, cela correspond à un envol vers un modèle narcissique de personnalité. Ce n'est que dans la rencontre avec l'ombre, le mal, la mortalité et la vulnérabilité, et dans leur intégration que l'homme se réalise en vérité[8]. L'Illumination zen et son approfondissement devrait normalement conduire à une telle intégration.
« Si vous souhaitez avancer dans une voie, ne détestez pas même le monde des sens et des idées. » En vérité, les accepter pleinement, c'est la même chose que la véritable illumination, dit Sengt-S'an dans "La croyance en l'esprit".
Détachements : quelques mots sur ce point.
Dans la septième image, le Bœuf est oublié, l'homme reste seul, libéré, libre, unifié, uni. Il a quitté le monde à la première étape, pour se mettre à la recherche du Bœuf ; maintenant, le Bœuf a disparu, il est oublié, transcendé. Il n'y a plus le dualisme de celui qui pense et de la pensée, de la réalité et de sa représentation. Faire le vide du soi et le détachement ont un rôle prééminent dans tous les chemins spirituels. Même la conception tantrique et l'indulgence à l'égard du soi visent au désengagement et à la liberté. La voie apophatique, celle de saint Jean de la Croix, celle de maître Eckhart, appelle l'homme à un détachement radical. Les dons spirituels sont eux aussi des obstacles dans cette voie. Par-dessus tout, dieu et la réalité peuvent devenir des idoles. L'attachement à de telles idoles exige le renoncement le plus difficile.
Et le zen est radicalement iconoclaste de toutes les images, de toutes les identités et de toutes les sécurités… Si tu rencontres le Bouddha, tue-le, avertit le maître zen Rinzaï. C'est ce que formule de façon classique le soutra de Huineng, le Sixième Patriarche :
« Mes bons amis, dans cette partie de mon enseignement, tous, depuis les temps anciens jusqu'à aujourd'hui, ont établi la non-pensée comme la doctrine principale, la non-forme comme la substance, et la non-stabilité comme la base. La non-forme doit être séparée de la forme même lorsqu'elle est associée à la forme. La non-pensée, c'est ne pas penser même lorsqu'on est pris, impliqué dans la pensée. La non-stabilité est la nature originelle de l'homme. »[9]
Mais on devrait prendre garde et ne pas faire du détachement le but ultime. Le détachement est "au service de" et découle de la réalisation du vrai soi, de l'homme ordinaire. Tuer ou supprimer tous les désirs et les idées n'est pas le but du zen. Le zen authentique ne sert pas à nettoyer le miroir, il libère la connaissance et l'amour. L'amour, c'est le commencement et la fin – un amour purifié, transformé, dé-centré et re-centré. C'est maintenant un désir sans désir : un désir qui n'est pas fixé sur quelque objet particulier mais est largement ouvert au Mystère transcendant. Ainsi chante Torei Zenji :
« Alors sur l'éclair de pensée de chaque instant poussera une fleur de lotus. Et sur chaque fleur de lotus un Bouddha sera révélé. »
La réalisation du Mystère est le fondement ultime et la source de notre détachement et de notre liberté, mais dans l'immédiat, c'est le lâcher-prise et l'intégration de ce qui est réprimé, caché, de l'ombre, qui y contribuent. C'est le lâcher-prise de soi-même pour être soi-même, le lâcher-prise des autres pour qu'ils soient les autres. C'est à partir de la kénose de Dieu en Christ qu'il lâche prise de la création[10]. C'est la pointe d'une parole soufie :
« On ne trouve pas Dieu en cherchant ; ceux qui ne le cherchent pas ne le trouvent jamais.
Celui qui cherche, c'est l'ego, et le chercheur disparaît lorsqu'il cherche. »[11]
Vous n'êtes pas celui qui cherche mais ce qui est cherché, ni celui qui poursuit mais ce qui est poursuivi, ni celui qui désire mais ce qui est désiré. Et finalement, désirer et être désiré, chercher et être cherché, aimer et être aimé se produisent en même temps et coïncident.
« Mais, quels qu'ils soient, le chemin et les étapes du zen seront ceux de la maturation du "cœur" ; mushin, le cœur dépouillé, pourrait devenir le cœur unifié, i-shin, et le cœur éveillé, myo-shin. Car le but du voyage c'est toujours jo-shin, le cœur au quotidien ; c'est-à-dire un comportement qui répond simplement aux besoins du moment, mais d'une manière cohérente, vraiment libre. Quand l'expérience de la communion silencieuse avec l'univers – et avec la volonté de Dieu qui s'y manifeste – a pris forme dans un cœur dépouillé, unifié, éveillé, même les choses ordinaires de la vie servent de catalyseur pour lui révéler l'essentiel[12]. » (Pierre de Béthune)
III
Nous en venons maintenant à la huitième image, le moment crucial de l'expérience et de l'exercice zen. Là, l'homme et le Bœuf sont tous deux oubliés : c'est là que nous arrivons à la conversion religieuse.
La confection de l'âme dont parle Hillman et l'individuation-salut de Craig semblent relever davantage de la conversion psychique que de la conversion religieuse. Malheureusement, le langage de beaucoup de ceux qui écrivent sur le zen est plutôt flou au plan de l'analyse philosophique et manque la dimension et la réalité religieuse.
Souvenons-nous que la quête zen est, d'abord et avant tout, une recherche de salut. De fait, la conversion commence dès la première étape et est accomplie profondément lors de la découverte du Bœuf. Mais c'est dans l'oubli, la perte et le fait de transcender à la fois le sujet et l'objet, l'Homme et le Bœuf, que la conversion est complètement accomplie et de façon radicale. C'est là qu'on parle de Vide absolu (emptying emptiness), de Grande Mort, de Double Négation – toutes ces expressions mettant l'accent sur le renversement de la base, la mort au monde, à Dieu et à soi. Il faut lâcher prise de dieu pour Dieu.
« Ce qui est saint, ce qui est du monde, tout a disparu sans laisser de traces. » Chacun est arrivé aux limites de son monde et se tient devant un abîme, et chacun se tient dans son impuissance et son incapacité absolue, dans son égoïté irréductible et son égocentrisme, dans son ambiguïté, son obscurité et son ombre inévitables. Et tout un chacun est invité à lâcher prise, à mourir, à s'abandonner dans le rien et le vide, dans l'abîme sans fond. C'est dans l'acte même de lâcher-prise et d'abandon que chacun réalise la Vacuité comme le mystère qu'est la gratuité (la miséricorde)[13].
Il est important de se rendre compte que cet abandon et ce lâcher-prise prennent place dans l'entre-deux (in-between) de la relation maître-disciple comme aussi dans celui des relations de vie. Cet entre-deux, c'est le concret et l'universel, le maintenant et l'au-delà, le ici et le nulle part. Il provoque, confirme et authentifie la naissance de chacun à la Nouvelle Vie. En dehors de cet entre-deux du maître-disciple et en dehors du contexte de la vie de chacun dans le monde, toutes les expériences de vide, d'extase ou d'unité ne sont que makyo, illusion et mensonge à soi-même.
S'abandonner (self-surrender), lâcher-prise, cela ne peut pas s'accomplir par les forces et la lumière propre de soi-même. Mais la distinction entre jiriki, forces propres, et tariki, forces de l'autre, est trompeuse. Il ne s'agit ni de ceci ni de cela, ni des deux, ni d'aucune des deux. Mais l'abandon prend place dans la profondeur du cœur-esprit de chacun, dans sa nuit sombre.
Pour que cela prenne place, on doit le vouloir et être ouvert. L'expérience de la Vacuité n'est pas quelque chose que l'on a. La Vacuité n'est pas un objet ; elle ne peut être connue objectivement, elle ne peut être connue seulement de façon personnelle. La réalité est vide ou ineffable, elle est, ultimement, inconnaissable ou insaisissable. Elle ne peut pas véritablement être pressentie ni connue objectivement. Ce n'est que lorsque vous lâchez prise et que vous vous abandonnez complètement, ce n'est que lorsque vous réalisez que la Vacuité (l'Inconnu) est le fondement même de votre soi et de votre être, que vous vous éveillez à votre "vrai Soi", à la "Personne sans rang" (à l'Homme ordinaire).[14]
Même ce langage n'est pas adéquat. Conversion, grâce, gratitude, joie, émerveillement, Éveil, mort et renouveau – tous ces mots pointent vers la réalisation effective de l'illumination et du salut. Mais nous devons laisser le Mystère être Mystère. Nous ne pouvons le célébrer et nous exprimer nous-mêmes que par métaphores et symboles.
La huitième image symbolise la réalisation radicale du vidage radical de soi-même (self-emptying) et de l'abandon (self-surrender) : le soi, dieu, tout disparaît dans la Vacuité, qui est expérimentée comme plénitude et gratuité.
Voilà une belle histoire qui raconte comment le Bouddha conduit quelqu'un vers l'au-delà, le nirvana, la Vacuité Absolue et le Mystère, la vraie demeure de nous les humains.
« Voici ce que j'ai entendu dire : un jour, le Glorieux se tenait près de Savatti dans le Parc aux chevreuils. Alors le Vénérable Radha vint près du Glorieux, il le salua et s'assit à son côté. Ainsi de cette manière, le Vénérable Radha s'adressa en ces termes au Glorieux :
“Ils disent : "Mara, Mara", Seigneur, je vous en prie, Seigneur, jusqu'où y a-t-il Mara ?”
“Là où il y a un corps, Radha, il pourrait y avoir Mara ou des choses comparables à Mara, ou, de toute façon, quelque chose de périssable. C'est pourquoi, Radha, considère le corps comme Mara, considère-le comme la nature de Mara, considère-le comme périssable, comme une tromperie, comme une blessure, une souffrance, une source de souffrance. Ceux qui le considèrent ainsi ont raison. Et il faut dire la même chose du sentiment, de la perception, des activités et de la conscience.”
– Mais dans quel but, Seigneur, le considérer de la manière juste ?
– Pour s'en dégoûter, Radha, pour s'en détacher.
– Mais s'en détacher, Seigneur, dans quel but ?
– S'en détacher, Radha, pour être libre.
– Mais être libre, Seigneur, pourquoi ?
– Être libre, Radha, cela signifie nirvana.
– Mais nirvana, Seigneur, qu'est-ce que cela vise ?
– Cette question, Radha, va trop loin. On ne peut pas atteindre les limites de cette question. Lorsqu'on est enraciné dans le nirvana, Radha, on vit une vie sanctifiée. Le nirvana en est le but, la fin. »[15]
IV
La neuvième image décrit ce qui émerge du vide. C'est la vie ressuscitée, la vie de la grâce. Le zen s'exprime en termes de vie "telle quelle", "comme elle est", tathata. On se reconnaît soi-même, sa vie tout entière et toutes choses comme offertes gracieusement, comme données, comme un miracle gracieux.
« Les nuages et la lune sont les mêmes,
les vallées et les montagnes sont différentes les unes des autres.
Tous sont bénis, tous sont bénis.
Dix mille choses, dix mille bénédictions.
Est-ce un ? Est-ce deux ? »
« Chaque jour est un bon jour. »[16]
Une paix qui transcende le monde, une gratitude qui n'est jamais d'aucune chose particulière comme telle. « Libre de tout lien, la rivière coule simplement comme elle coule. La fleur rouge fleurit simplement comme elle fleurit. » Cela surgit du vide, chaque jour, chaque moment, être admirable, nouvelle création. Mais on se trompe en disant "surgissant de", "se tenant dans", "exprimant" le vide. De telles phrases ont des relents inacceptables de dualisme. C'est le vide lui-même qui articule le vide. La forme est le vide, le vide est la forme. Le sage n'a ni soi ni non-soi, l'univers est son soi, son soi est l'univers. Ou, comme le dit Sengt-s'an :
« Dans ce monde tel qu'il est,
il n'y a ni soi ni autre chose que le soi. »
Les montagnes, les rivières et l'immense terre, c'est vous-même. Mais hélas, un tel discours est rêve et illusion. Mangez quand vous avez faim, dormez quand vous êtes fatigué ; donnez une réponse adéquate à tout ce qu'exige la situation. Telle est la vie illuminée. Même ce langage et ces concepts peuvent vous asservir, prenez garde.
« Un jour, un moine posa cette question à Jôshû : “Je viens d'entrer au monastère, dit-il, s'il vous plaît, instruisez-moi, maître.” Jôshû dit : “As-tu pris ton petit déjeuner ?” Oui, dit-il. “Alors, dit Jôshû, va laver ton bol.” Le moine fut éclairé. »[17]
La dixième image montre le terme du voyage selon le zen. Bien sûr, le voyage ne finit jamais, le commencement n'est jamais fini ; pourtant la dernière étape et le but sont déjà dans la première étape. C'est cet idéal final qui est décrit dans l'image. Il ne s'agit pas d'un calme ou d'une sérénité statique, encore moins d'un refus ou d'une fuite. Il s'agit de s'avancer sur la place du marché les mains vides, débordantes de bénédictions. On revient à la maison, à son humanité, au monde, au cosmos.
Hakuin Zenji chante :
« Le Nirvana est là, tout juste devant vos yeux.
C'est ce lieu même qui est la Terre du Lotus.
C'est ce corps même qui est le Bouddha. »
L'esprit-cœur s'est ouvert au mystère, au tout, et cette ouverture se produit encore et encore dans le mourir-vivre du samsara, dans une compassion sans fin pour tous les êtres. « L'éclosion d'une fleur de prunier et les trois mille mondes sont parfumés. »
La compassion est la réalisation dans la vie de la non-dualité et l'actualisation de l'illumination. Il ne faut pas mettre le signe égal entre compassion et "bonnes œuvres", programmes d'action et stratégies. Sans la compassion-illumination, ces œuvres ne sont qu'idéologie et manipulation, et sans ces œuvres, la compassion-illumination n'est que du sentiment.
La transformation authentique, la naissance des Cieux Nouveaux et de la Terre Nouvelle se produisent dans l'espace de la compassion, dans le "passage" aux autres et le retour à soi, et ce passage et ce retour se répètent sans cesse, perpétuellement[18]. Mais en se perdant soi-même dans le passage aux autres, on se trouve soi-même. Ce passage et ce retour horizontaux se font en vertu d'un passage vertical par la Vacuité Absolue. Il n'y a pas de lieu de repos. La vacuité doit être vidée. C'est « s'installer là où aucune installation n'est possible ». On a atteint la paix, mais il n'y a pas de lieu de repos comme tel. On s'est trouvé soi-même, mais c'est pour se perdre toujours à nouveau. On vient et on va sans fin là où rien ne vient ni ne va. On ne cesse de travailler pour sauver les êtres innombrables mais « il n'y a personne à sauver ».
Ce paradoxe et cette dialectique de la vie, de la tension et de l'intention, du but et du non-but, des limites et du sans-limite, de la liberté et de l'engagement, peut être vu dans les quatre grands vœux que récitent chaque jour les étudiants du zen[19] :
Bien que les êtres soient innombrables, je fais vœu de les sauver tous ;
Bien que passions et pensées trompeuses ne cessent d'émerger, je fais le vœu de renoncer à toutes ;
Bien que le dharma soit vaste et insondable, je fais le vœu d'en prendre pleinement mesure ;
Bien que la voie de l'Éveillé soit insurpassable, je fais le vœu de la parcourir entièrement.
[1] Cf. "Interior self", Charles Davis : What is living ; what dead in Christianity today ? (Harper and Row, 1986) ; sur l'individuation, cf. Guggenbühl-Craig, op. cité et Graf Dürckheim. Voir Pierre Erny : De l'individu à la personne, Lumen Vitae, 1983, n° 3.
[2] James Hillman Re-visioning psychology (Harper Colophon 1975) ; Suicide and the soul (Univ. Dallas, 1978) etc.
[3] Les citations qui précèdent sont tirées de l'introduction de Re-visioning psychology.
[4] J. Hillman, cité par Kevin Hennelly : "The psychological roots of political and ideological violence : a Jungian perspective" (Alternatives, XIIII, 1988).
[5] Cf. Masao Abe : Zen and western thought (Univ. of Hawaï Press, 1985, part I, n° 1).
[6] Mumonkan, cas n° 30, 33, 37.
[7] Voir les avertissements de Mumon contre de telles fixations, données en appendice des commentaires du Mumonkan.
[8] Andrew Bard Schmooklar : Out of weakness : healing the wounds that drive us to war (Bantam Books, 1988) ; Kevin Hennelly (cf. note 9).
[9] Les soutras du sixième patriarche, trad. Yampolsky (Columbia Univ. Press, new-York, 1967, n° 17).
[10] Cf. Les aperçus incisifs, proches du zen de L. Beirnaert : Prière et demande à l'autre, Lumen Vitae 1968).
[11] Alain Keightley : Into every life a little of zen must fail (Wisdom publications, Londres 1986, p. 38)
[12] P. F. de Béthune, OSB : Dialogue Religieux Inter-monastique : "Zen dans l'art de la vie quotidienne" (bulletin de l'AIM)
[13] On a le terme graciousness : don gratuit, gratuité, miséricorde. Sur le Mystère, voir John Haught : What is God ? (Gill and Macmillan, 1986).
[14] Cf. Masao Abe, op. cité.
[15] Cité par R. Panikkar, Myth, Faith, and Hermeneutics - Cross-Cultural Studies.
[16] Hekigan-roku cas n° 6. La citation précédente se trouve au n° 35 de Mumonkan.
[17] Mumonkan, n° 7.
[18] Sur le déplacement, voir J. Dunne : The way of all the earth (New-York, 1972).
[19] Traduction légèrement adaptée.
Courte biographie
faite d'après https://www.editions-sully.com/auteur.php?id=90
« Le maître zen AMA Samy (Gen-Un-Ken) est le seul Indien à ce jour ayant reçu d'un maître zen reconnu le Sceau dharmique de l'illumination. Il est né en Birmanie en 1936. Entré dans l'ordre des Jésuites, il est devenu prêtre. Henri le Saux qu'il a rencontré l'introduisit aux enseignements de Ramana Maharshi… Voulant faire authentifier son éveil, il rencontra le père Enomiya Lasalle qui le dirigea vers le rôshi Yasutani Haku-Un, lui-même disciple de Harada Dai-Un. Harada appartenait à l'école zen Sôtô, mais il avait aussi été formé par l'école zen Rinzai aux kôans zen.
Yamada Ko-Un confirma l'Éveil d'Ama Samy, après quoi celui-ci mena à son terme l'étude des kôans sous sa direction, afin d'approfondir sa réalisation. En 1982, il reçut du rôshi l'autorisation d'enseigner et reçut aussi de son maître le nom de Dharma "Gen-Un-Ken", qui signifie "Nuage sombre" ou "Nuage originel". AMA Samy commença à enseigner le zen au début des années 1980. En 1996, il créa le centre zen Bodhi Zendo à Perumalmalai, près de Kodaikanal (site : http://www.bodhisangha.net/index.php/en/home). “Il m'est souvent demandé à quelle religion j'appartiens”, dit-il. “Je me situe entre l'hindouisme, le bouddhisme et le christianisme.” Il se reconnaît dans le Christ, dans le zen et dans le cœur-esprit des humains. »