Le zen et l'art de cambrioler, Eizan Rôshi
La question de la succession est très importante en zen. Aussi lors de la sesshin animée par Eizan Rôshi au Japon en 1992, il a raconté une histoire de transmission qui concerne l'art de cambrioler. C'est une histoire classique mais il l'a pimentée de nombreux détails de son cru !
En deuxième partie, après cette histoire, sont données des nouvelles récentes concernant justement la transmission puisque Eizan Rôshi a maintenant 96 ans ! Après un petit rappel du passé figure le message paru dans le mail envoyé par le centre Assise le 31 août 2026 donnant les activités du Centre. Cette 2e partie est intitulée : "Relation du Centre Assise avec le Japon aujourd'hui".
I – Le zen comme apprentissage dans l'art de cambrioler
Extrait de l'enseignement d'Eizan Rôshi, sesshin 1992 au Japon
Je vais vous raconter une histoire.
C'est celle d'un voleur qui était expert dans son art. En prenant de l'âge, il a senti son corps se durcir, ce qui faisait qu'il était moins libre de son corps. Il a donc voulu enseigner les techniques du vol à son fils.
Un jour, au soleil couchant, ils sont entrés tous les deux dans une maison pour y commettre un vol. Ils sont d'abord passés sur une échelle par-dessus la clôture. Dans une resserre il y avait un grand coffre plein d'objets précieux. Mais il fallait d'abord ouvrir la porte. Or, ouvrir cette porte, ça faisait du bruit. Comment faire alors pour ouvrir sans faire de bruit ? Ils ont alors pensé : « Si on y met de l'eau il n'y a plus de bruit. » Ils ont donc uriné sur la glissière et en même temps ça a servi à les calmer puisque, quand vous urinez, vos battements cardiaques diminuent. Je crois qu'actuellement, les vrais voleurs ont encore ce genre de technique ! De plus, cela a une fonction supplémentaire car si on les prend à uriner ainsi, ils ont un bon alibi… On m'a raconté tout ça, je ne l'ai pas inventé !
Toujours est-il que les voilà dans cette resserre. Ils trouvent cet énorme coffre contenant des objets précieux avec la clé dessus. Ils l'ouvrent. Le père dit à son fils d'étaler une grande toile pour y mettre tous les objets. C'est ce qu'ils font et ils ferment le baluchon. Le père dit alors à son fils de rentrer dans le grand coffre. Le fils y rentre et le couvercle se referme sur lui… et tourne la clé !
Le père s'en va par l'échelle alors que le portail est fermé à clé, puis il crie « Au voleur ! Au voleur ! » tout en ramenant chez lui l'échelle !
Voilà le fils dans de sales draps. Il doit paniquer en se disant que les gens de la maison ont dû entendre l'appel « Au voleur ! ».
Tout le monde s'agite dans la maison. On allume les lampes, on fouille le jardin : « Où est le voleur ? Où est-il ? »
Une jeune fille de la maison pense à un kimono précieux qui se trouvait dans le coffre de la resserre et y va. Comme la porte est entrouverte, elle s'introduit dans la resserre. Elle tourne la clé du coffre, mais au moment où elle va ouvrir le couvercle sous lequel se trouve le fils, celui-ci fait un petit bruit pour faire croire qu'il y a une souris. « Ah bon, il y a une souris. » Et la jeune fille part.
À ce moment-là le fils en profite pour surgir du coffre et s'enfuir. La jeune fille le voit et crie : « Le voleur est là ! »
Alors le fils court en passant par le jardin. Il voit un vieux puits avec à côté une pierre, et il envoie cette pierre dans le puits puis s'enfuit avant même que la pierre n'ait touché le fond. À ce moment-là les gens de la maison arrivent et crient : « Le voleur est dans le puits » et tout le monde se penche pour regarder.
Alors le fils en profite pour accroître son avance et rentrer chez lui.
En arrivant il trouve son père en train de fumer tranquillement, et il lui dit : « Papa, c'est terrible ce que tu m'as fait. Je suis ton fils, pourquoi m'avoir fait ça ? »
Le père : « Te voilà rentré sans encombre. Dis-moi comment tu t'en es tiré ? »
Et le fils raconte le petit bruit de la souris, la façon habile avec laquelle il s'est servi de la psychologie de ses poursuivants.
Le père félicite alors son fils qui est devenu un voleur accompli. Et il lui donne sa licence de voleur !
II – Relation du Centre Assise avec le Japon aujourd'hui
Eizan Rôshi est longtemps venu animer des sesshins dans le Centre Assise, il a accueilli de nombreuses fois des participants d'Assise pour des sesshins au Japon (tag Liens avec Eizan Rôshi), et vous avez un certain nombre de ses enseignements sur le blog (tag Enseignement Eizan Rôshi).
Depuis 2012 c'est Ryôsan, un de ses disciples au monastère du Ryûtaku-ji qui vient animer une sesshin de sept jours fin août au Centre Assise avec Yuko Murakami comme traductrice.
Au Japon, Eizan Rôshi était devenu responsable du monastère zen du Ryûtaku-ji en 2008, mais du fait de son âge, il a dû le quitter il y a quelques années sans être remplacé, et le Ryûtaku-ji a maintenant perdu son caractère de monastère de formation.
Ryô-san est actuellement responsable du temple Kotoku-ji, près de Tokyo. Il a reçu de Eizan Rôshi la mission d'animer à sa suite la grande sesshin d'été du Centre Assise afin de maintenir le lien et d'assurer une transmission authentique du zen. C’est un moine ancré dans son époque qui a une longue expérience du chemin monastique zen. D’une grande simplicité, sa parole est éclairante pour toute personne qui s'intéresse au chemin du zen.
Voici ces quelques mots d'introduction de Ryôsan à la sesshin d'été 2026 :
« Nous sommes enfin à la sesshin tant attendue. Nous n’avons pas beaucoup d’occasions de nous trouver coupés de la vie quotidienne si longtemps et de nous concentrer entièrement à zazen. Durant les sept jours à venir, chacun peut faire face à des difficultés. Mais l’effort d’une personne peut soutenir l’ensemble du groupe, et vice-versa, celui de l’ensemble du groupe peut soutenir et encourager une personne. Alors raffermissons la détermination de rendre cette sesshin bien fructueuse ! »
Ryô-san (traduction Yuko Murakami).
Ryô-san nous a aussi donné des nouvelles du Ryûtaku-ji et d'Eizan Rôshi :
"Après que le Ryûtaku-ji a cessé, l’année dernière, d’être officiellement un monastère de formation, un moine japonais qui avait auparavant exercé pendant six ou sept ans dans un centre zen de Los Angeles, y vit désormais avec son épouse philippine qu’il a rencontrée à Los Angeles. Pour l’instant, il ne s’agit encore que d’une situation provisoire et il n’a pas été décidé s’il deviendra officiellement le supérieur du temple. Mais tous deux souhaitent faire de ce temple, comme ils le faisaient lorsqu’ils étaient à Los Angeles, un lieu où se réunissent des personnes de différents pays, notamment autour de séances de zazen et de diverses rencontres.
Le Ryûtaku-ji entretient depuis longtemps des liens et des échanges avec l’étranger, notamment avec les membres du Centre Assise en France. Je suis donc profondément reconnaissant que l’on continue ainsi à faire vivre le temple tout en préservant son caractère international.
Cela fait quelque temps que je n’ai pas eu l’occasion de voir Eizan Rôshi, mais il m’arrive de rencontrer son fils lors de cérémonies organisées dans d’autres temples. D’après ce qu’il me dit, Eizan Rôshi a aujourd’hui 96 ans et, même s’il ressent naturellement les effets de son âge, son état reste stable et il va comme à son habitude.
Voici une parole de Genpô Rôshi, le maître d’Eizan Rôshi : “Mieux vaut 90 ans que 80, 100 ans que 90, et mieux encore après la mort.” C’est en référence à ces paroles qu’Eizan Rôshi m’avait dit : “Ryô-san, vivre n’est pas une mince affaire !”
Il semble en effet que vivre longtemps constitue en soi une pratique spirituelle particulièrement exigeante. En voyant mon maître poursuivre ainsi ses efforts, je me dis que je dois moi aussi suivre son exemple. C’est dans cet esprit que, durant cette sesshin, je souhaite m’asseoir en zazen avec vous tous et m’y consacrer de toutes mes forces. Je vous remercie par avance de votre soutien et de votre bienveillance. »
Ryô-san (traduction Yuko Murakami).