Ce n'est un secret pour personne : entre Jacques Breton et l'abbaye bénédictine de Fleury, à St Benoît-sur-Loire, ce fut une histoire de plus de quarante ans. Au début, durant ses années d'ermitage en Sologne, Jacques a trouvé à St Benoît le point d'ancrage qui lui permettait de rester en lien avec l'Église. Depuis, le monastère est toujours resté pour un lieu privilégié de silence et de paix où il aimait se ressourcer. Une grande fraternité l'unissait à la communauté des moines. Chaque mois, il "faisait travailler" quelques-uns d'entre eux, le temps d'une matinée d'exercices corporels et d'assise en silence.

En juin 2005 Bernard Ducruet, ancien abbé, est venu au centre Assise. Voici les échos qui figurent dans le bulletin interne au centre Assise, la Voix d'Assise n° 32, octobre 2005. En troisième partie figure la signification du mot "moine" telle que donnée par l'abbaye.

 

I – La visite de Bernard Ducruet au centre Assise en 2005

 

Centre Assise, Saint GervaisEn juin, le Père Bernard, maître des novices, ancien Père Abbé du monastère bénédictin de Saint-Benoît-sur-Loire, est venu pour la seconde fois animer un week-end à St Gervais. La clarté et la profondeur de ses interventions, la qualité de sa présence, sa simplicité, son humour, ont nourri et conquis les participants.

Ce fut une belle rencontre, dans une joie réciproque : le P. Bernard, lui aussi, se dit très heureux de son passage à Assise. Dans le numéro de juin de Renaissance de Fleury (la revue des moines de Saint-Benoît), on peut lire : « P Bernard assure à Saint-Gervais, chez le P Jacques Breton, un ministère auprès d'un groupe de douze personnes de l'Association Assise. Á son retour, il nous dit combien l'attention de ses auditeurs était remarquable et le silence impressionnant. La méthode de méditation zen prépare en effet à une écoute de grande qualité.»

"Le silence impressionnant", il a pu en juger par exemple à la faveur d'un petit événement imprévu. Devant prendre la parole le dimanche matin, il attendait que Jacques lui donne le feu vert. Mais Jacques ne disait rien, lui laissant l'initiative... Il y eut alors, littéralement, "un silence d'environ une demi-heure" ! Un vrai silence, résultat d'une absence de concertation, mais qui fut respecté, parfois avec quelque impatience contenue, le plus souvent avec confiance et sérénité. Une belle occasion de lâcher prise, qui nous a préparés de manière inattendue à recevoir la parole du Père Bernard, enfin "délivrée" quand Jacques s'inquiéta ouvertement de l'heure qui tournait !

Jacques nous parle souvent de Saint-Benoît, cette magnifique abbaye de Fleury où il trouve paix et ressourcement, et de la communauté des moines dont il est proche depuis trente ans. La venue du P. Bernard a renforcé, s'il en était besoin, les liens qui existent depuis longtemps, à travers Jacques, entre Saint-Benoît et Assise. Elle nous a permis de prendre mieux conscience que c'est une vraie richesse pour le Centre Assise d'être ainsi accompagné par une communauté monastique profondément enracinée dans la prière et la vie contemplative.

  Ghislaine Régent

 

II – La prière du moine par Bernard Ducruet

 

Abbaye de FleuryLa recherche du moine c'est la prière continuelle.

Cette prière se coule dans quatre formes qui épousent celles de l'activité humaine.

  • Il y a la prière liturgique
  • Il y a la prière personnelle de l'oraison ou de la lectio divina.
  • Il y a la prière dans le travail et dans les activités
  • Il y a la prière dans les relations où l'on est en présence du Christ présent dans l'autre.

La prière liturgique est celle qui nous décentre de nos préoccupations pour entrer dans une prière objective, donnée, commune à toute l'Église – les psaumes…

La prière personnelle ou la lectio divina nous donne d'assimiler la Parole de Dieu pour la faire nôtre – et ceci dans le silence de l'être.

Il y a la prière qui, avant chaque travail, chaque activité, demande instamment à Dieu de mener à bien cette œuvre… et qui, pour toute œuvre grande ou petite, remercie Dieu de nous avoir aidé (par exemple : quand un moine est chargé du service de table, tous ses frères l'accompagnent par leur prière).

Il y a la prière dans toute rencontre, toute relation qui ne nous distrait pas de la présence à nous-même. Elle nous garde attentif, aussi bien à nous-même qu'à l'autre, et donne la capacité d'écouter vraiment l'autre, aussi bien dans l'objectivité de ses paroles que dans les non-dits de sa subjectivité.

 

Ecoute, FrEt ce qui unifie cette prière continuelle, c'est l'assurance de faire l'œuvre de Dieu là où je suis.

La prière n'est pas mon œuvre, c'est l'œuvre de Dieu en moi. Elle est essentiellement présence à la présence de Dieu, lui obéissant en tout ce qu'il nous demande, au moment où il nous le demande, ici et maintenant.

  • À tel moment c'est de prier avec l'Église, de faire Eucharistie ensemble en Église, louer, adorer, remercier, ensemble.
  • À tel autre moment c'est l'intimité de l'intériorité – c'est le Silence- c'est le "Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon" du psaume – c'est l'écoute de la Parole, écoute prête à accomplir.
  • À tel autre moment c'est être présent à ce que je fais, au service que je rends, au travail qui m'est donné.
  • À tel autre moment c'est être présent à la relation, présent à l'autre, écoutant, sans parasiter mon écoute par les impressions qui viennent de moi.

Or cette prière continuelle demande une ascèse…

Cette ascèse a trois composantes :

  • le silence d'écoute,
  • l'obéissance d'écoute,
  • et enfin l'humilité,

et là encore la vigilance pour rester dans cette disposition devient de plus en plus continuelle – elle devient Silence intérieur – présence aimante – attention.

 

Père Bernard

 

III – Que signifie le mot "moine" ?

Extrait de http://www.abbaye-fleury.com/etre-moine.html

 

abbaye de Fleury, la journée d'un moineLa racine du mot moine, c’est monos mot grec qui signifie "un" :

 *  il est « un », car il n’a qu’un but : voir Dieu et vivre de lui. Nos vies sont souvent éclatées en un tas de projets qui nous dispersent. Pour atteindre le seul but, le moine chasse tout ce qui pourrait le distraire de cet essentiel : voir Dieu.

 *   il est « un », car il désire être « seul » avec le seul ; c’est pour être avec lui qu’il a tout quitté, et c’est la raison de son célibat : ne pas être distrait de celui avec lequel il désire vivre. Ce que le moine veut éviter, c’est d’avoir le cœur partagé, tiraillé entre deux buts qu’il aurait de la peine à faire cohabiter en lui.

 *   il est « un », parce qu’il désire être unifié dans toute sa vie. Or nous savons combien notre cœur est bien prompt à se disperser, et que le monde ambiant, loin de l’unifier, ne fait que le tirer dans toutes  les directions. Dès lors le moine fait le choix de vivre à l’écart du monde pour favoriser le recueillement intérieur et le rassemblement de toutes ses puissances. Les premiers moines vivaient « au désert », en Egypte, dans le désert de Juda, dans les régions désertiques de la Syrie ou de l’Asie mineure ; aujourd’hui les monastères sont en général à l’écart des cités, « séparés du monde » pour favoriser cette recherche, non pas pour être loin des hommes.

 *   il est « un », parce qu’il désire être « un seul être avec le Christ ». C'est le désir de vivre ce à quoi nous invite le Christ "que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et moi en eux".