Comment vivre le temps du carême qui commence le 14 février 2018 ? Voici quelques repères.

« Le carême est trop souvent perçu comme un temps de pénitence, de mortification, de restrictions, et cela nous cache le vrai sens du carême qui devrait être, avant tout, une préparation à la Pâque, la résurrection, la Vie. » (Jacques Breton)

« Le rite est un des éléments essentiels sur le chemin, malheureusement les rites sont très mal compris donc très mal vécus. Le rite permet à l'homme de se mettre directement en contact avec le divin à travers toute une symbolique qui va l'exprimer ; il permet aussi au divin de se manifester à l'homme. Le mode de rencontre va faire appel à ce qu'il y a de plus profond en l'homme, il va l'éveiller à la dimension symbolique. » (Jacques Breton)

 

 

À propos du carême :

réflexions de Jacques Breton et autres

 

 

I – Le temps liturgique et la mort-résurrection du Christ

 

1) Le temps liturgique (D. Maerten dans "Le_Careme_en_10_questions"[1] )

Pâque est la fête principale du calendrier chrétien, celle qui donne sens à toutes les autres, à l'ensemble du calendrier liturgique. Pâques, fête de la résurrection du Christ, a été célébrée dès le début par les chrétiens, et très vite elle s'est développée des deux côtés :

  • par "l'après", c'est le temps pascal, 50 jours de fête jusqu'à la Pentecôte, sur le mode juif de la fête dite "des Semaines".
  • Par "l'avant". C'est le temps du carême, un temps de préparation aux fêtes pascales.

Le carême, comme son nom l'indique, est tourné vers Pâques : carême vient de quadragesima qui signifie 40e car le carême commence le quarantième jour avant Pâques[2].

 

Calendrier liturgique, D Maerten

 

 

2) Le lien entre mort et résurrection (Jacques Breton, Vers la lumière[3]).

« Dans le Christ, la mort et la résurrection sont entièrement liées comme les deux faces d'une même réalité, même si historiquement il y a trois jours d'intervalle entre les deux. C'est dans la mort sur la croix que le Christ ressuscite à cette vie nouvelle… :

« Lui qui, tout en restant en forme de Dieu, n'a pas voulu revendiquer comme une proie le fait d'être pareil à Dieu, mais s'est vidé prenant la forme de serviteur et devenant en similitude des hommes ; et quant à son aspect, trouvé comme un homme. Il s'est abaissé devenant obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a exaltéet lui a donné gracieusement le Nom qui surpasse tous les nomsafin qu'au Nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux et sur la terre, dans l'abîme, et que toute langue confesse que Jésus est Seigneur Christ pour la gloire de Dieu le Père. ».

Cette "gloire", c'est-à-dire la manifestation divine est atteinte au moment où le Christ accepte d'aller jusqu'au bout de son don, de son pardon dans la mort sur la Croix. Et cette gloire rejaillit sur toute l'humanité. Cela peut être vécu par tous ceux qui sont unis au Christ. […]

Sans doute, c'est la mort physique qui exprime le mieux cette mort, mais nous savons trop bien qu'elle est présente tout au long de nos journées à travers toutes les épreuves qui nous arrivent et qui sont souvent causes de souffrance.

Comme le résume saint Jean de la Croix dans son poème : « Ô flamme d'amour vive, tuant, tu transformes la mort en vie[4] », c'est tout le poids de haine, de violence, d'injustice, d'égoïsme, causes de la mort et de la souffrance, qui se trouvent ainsi transformées en amour divin.»

 

II – Lettre de Jacques invitant à ne pas séparer carême et printemps

 Voix d'Assise n° 56, mars 2014

 

Chers amis et amies,

 

FleurBientôt nous allons rentrer dans le printemps, qui déjà s’annonce, mais aussi dans le carême. Il serait bien de ne pas séparer ces deux périodes de notre vie. Le carême est trop souvent perçu comme un temps de pénitence, de mortification, de restrictions, et cela nous cache le vrai sens du carême qui devrait être, avant tout, une préparation à la Pâque, la résurrection, la Vie.

Certes, il nous faut passer par bien des renoncements pour nous libérer des obstacles que nous mettons dans notre ouverture à la vraie vie. Mais il serait inquiétant de perdre de vue la finalité de notre existence, qui est l’Amour divin.

 Certes, le chemin pour l’atteindre reste difficile. L’enfant a besoin de guide, de structure pour canaliser ses pulsions de vie, ses désirs, ses envies. Mais arrivés à l’âge adulte, nous avons encore besoin du service de la religion. Elle nous donnera la lumière et les activités pour poursuivre notre chemin. Ce n’est que très progressivement que nous nous libérerons de cette structure pour davantage faire appel à notre conscience et à notre vie intérieure. C’est là que nous commençons à acquérir cette liberté qui nous fait être nous-mêmes au service des autres. Mais cela ne suffit pas. Nous sommes créés pour une vie relationnelle. L’Unité à laquelle nous sommes appelés ne peut se vivre que dans un amour vrai et authentique. C’est pour cela que, si notre chemin est unique, il ne peut s’accomplir qu’en relation avec d’autres, c’est-à-dire en communauté. Il existe de multiples communautés qui sont des chemins justes pour aider les personnes à se réaliser.

Toute communauté a ses règles, ses activités spirituelles propres. À chacun de trouver celle qui lui convient le mieux pour vivre son chemin. Il y a dans l’église catholique de nombreuses spiritualités, les unes plus contemplatives, les autres plus actives.

 Le centre Assise, maintenant reconnu par l’Eglise, a sa spécificité propre, définie par la charte. Il s’enracine dans la tradition mystique chrétienne qui prend sa source avec  Abraham, jusqu’au Christ et tous les saints qui lui ont succédé. Il n’a jamais renoncé à son esprit propre qui est de nous aider à retrouver notre unité, en tenant compte du corps, et du psychique à travers les voies initiatiques dans l’esprit de Karlfried Graf Dürckheim et la pratique du zen. Le centre a déjà fait ses preuves grâce à de très bons animateurs : combien ont retrouvé le goût et la joie de vivre. Certes, il ne convient pas à tous. Dans ce cas, il s’agit de l’accepter pour trouver dans d’autres communautés cette réalisation de soi-même. Mais il ne serait pas juste de l’adapter, de le transformer pour le mettre à notre service en en modifiant l’esprit.

Que l’Amour divin, auquel le centre veut vous conduire, vous ouvre à la Paix et à la Joie.

   En toute amitié,
    Jacques

 

III – Prière, jeûne, aumône, invitations au carême

 

  • « La voie est faim et soif. Elle est ce très grand désir toujours à vif. Elle est le besoin violent qui va plus loin que le corps et l'âme. Elle veut la gaieté, la force, la création, l'abondance et le manque pour une abondance plus grande. Car cette faim est plénitude et la soif est source. » (Maurice Bellet)

 

1) Conseils de Jacques Breton (Extrait de la Voix d'Assise n°19)

St Gervais Pâques Je crois que dans le carême chrétien, l'Église, au siècle dernier, a trop insisté sur les sacrifices, les privations, alors que ce temps est essentiellement un temps de reconversion – ce que traduit le mot "pénitence". Trop habitués au cours de l'hiver à une vie un peu repliée sur elle-même, nous essayons de nous ouvrir à cette vie nouvelle qui jaillit du fond, de la source, capable de restaurer ce qui a pu être abîmé et même détruit dans le passé.

La prière qui nous est particulièrement demandée a surtout pour but de nous relier à cet Esprit de vie, de lumière, et de rétablir la confiance en Celui qu'aucun obstacle ne peut arrêter pour nous transmettre cette force vitale.

 S'il est question de jeûne pendant le carême, il serait grave de ne voir en ce jeûne qu'une ascèse alimentaire. Il nous rappelle qu'il est un moyen de reconversion. Nous n'avons que trop tendance à entretenir une vie assez superficielle où nous donnons la première place à la satisfaction de nos sens et même de nos facultés. Loin de puiser la vie à la source vitale, nous la recherchons uniquement à l'extérieur dans les "nourritures terrestres".

 De la même manière, l'aumône qui est recommandée en ce temps ne consiste pas seulement à donner de l'argent. C'est toute une ouverture du cœur qui nous est demandée pour nous sortir de l'enfermement de l'hiver, ouvrir nos portes et nos fenêtres à la lumière pour accueillir ce qui vient de l'autre et lui répondre d'une manière juste.

La Vie doit couler en nous, entraînant tout notre être dans une créativité, un service, une disponibilité toujours en mouvement, portés par un amour que rien n'arrête.

 

2) Prière parue dans la Voix d'Assise n°6.

  O Toi qui es venu dans le fond de mon cœur 
  donne-moi d’être attentif seulement
  à ce fond de mon cœur

  O Toi qui es mon hôte dans le fond de mon cœur
  donne-moi de pénétrer moi-même
  dans ce fond de mon cœur.

  O Toi qui es chez Toi dans le fond de mon cœur
  donne-moi de m’asseoir en paix
  dans ce fond de mon cœur !

  O toi qui seul habites dans le fond de mon cœur
  donne-moi de plonger, de plonger et de me perdre
  en ce fond de mon cœur !. 

  O Toi qui es tout seul dans le fond de mon cœur
  donne-moi de disparaître en Toi
  dans le fond de mon cœur.

           D'après Henri le Saux
           Gnânânanda, un maître spirituel du pays tamoul

 

3) Parole de Dieu sur le jeûne et l'aumône d'après Isaïe 58[5].

« Voilà l'amour qui me plaît, dit Dieu :
   Partage ton pain avec celui qui est ta propre chair.
   Détruis ce qui opprime l'homme.
   Relève ton frère humilié.
   Dénonce le mal qui brise l'homme.
   Soutiens ton frère abandonné.
   Abats les murs entre les hommes.
   Pardonne à ton frère ennemi.
   Alors la nuit de ton amour sera Lumière de midi. »

 

4) L'eau de Dieu qui jaillit au cœur de la soif.

Ils m'ont dit que j'étais fou de préférer la soif à l'eau de leurs guerbas.

Mais d'où vient l'eau de leurs guerbas si ce n'est des puits creusés par l'homme. Et où jaillit l'eau de Dieu si ce n'est au cœur de la soif ? Entre le ciel et le sable ?

Où donc aurais-je appris la saveur de la soif, si ce n'est au pays de la soif qui entre dans la gorge comme un couteau prêt à couper tous les liens qui ne sont pas de Lui, l'Indispensable.

Où donc aurais-je appris la grâce de la présence si ce n'est au pays de l'essentielle absence qui atteint l'homme au centre de sa vie.

          Francine COCKENPOT
       Psaumes de la soif (Seuil 1951)


[1] Dominique MAERTEN est diacre, philosophe. Il est adjoint diocésain pour la pastorale du 2nd degré à la Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique de Cambrai, coordinateur régional de l’enseignement du fait religieux. Il est également formateur à l’IFP Nord Pas de Calais, professeur au Grand Séminaire de Lille,  intervenant à la Catho de Lille et membre de la Mission Animation Pastorale au Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique. Le fichier pdf mis en téléchargement se trouve avec le lien : http://www.ddec59c.org/photos/Le%20Careme%20en%2010%20questions.pdf .

[2] En fait le carême débute le 46ème jour avant Pâques car la date a été fixée à un moment où on ne comptait pas les dimanches car le dimanche on ne jeûnait pas.

[3] La citation de Ph 2 est plus longue ici que dans le livre de J. Breton  p. 193-194  Vous avez des informations sur ce livre dans Le livre de J. Breton " Vers la lumière : Expérience chrétienne et bouddhisme zen" : présentation, recension, échos divers.

[4] Vive flamme d'amour, 2e strophe, Œuvres spirituelles, p. 911

[5] Ce texte figure dans une vieille revue "Aujourd'hui des chrétiens" publiée par Xavier de Chalendar en avril 1987, numéro 71 trouvé à la bibliothèque du centre Assise. Le texte d'Isaïe d'où est tiré cela : « 6Voici le jeûne auquel je prends plaisir: Détache les chaînes de la méchanceté, Dénoue les liens de la servitude, Renvoie libres les opprimés, Et que l'on rompe toute espèce de joug; 7Partage ton pain avec celui qui a faim, Et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile; Si tu vois un homme nu, couvre-le, Et ne te détourne pas de ton semblable. 8Alors ta lumière poindra comme l'aurore, Et ta guérison germera promptement; Ta justice marchera devant toi, Et la gloire du Seigneur t'accompagnera. »