Quelle est la lumière dont parle Karlfried Graf Dürckheim, celle qui est qui est au-delà du lumineux et de l'obscur ? Comment l'apercevoir et/ou en faire l'expérience ? Comment rendre cette expérience féconde ?   Voici des textes de K-G Dürckheim regroupés en quatre parties :

  • I - Citations diverses
    II - Extraits de La Percée de l'Être, Paris, Le Courrier du livre, 1986
    III - Extraits de Sagesse et amour, Monaco, Éd. du Rocher, 2003
    IV - Extraits de La Voie de la transcendance, Monaco, Éd. du Rocher, 1991
    Pour savoir ce que désignent "l'Être", "Être essentiel"… voir d'autres messages du blog[1].

 

     Voici d'abord deux citations d'Angelus Silesius :

  • Die Seele ist ein Kristall, die Gottheit ist ihr Schein,
    der Leib, in dem du lebst, ist ihrer beider Schrein.
    L'âme est un cristal et la divinité sa lumière :
    Le corps où tu vis est l'écrin de tous deux.
          (Le Voyageur chérubinique, trad. Maël Renouard, p.69, Rivages poche n°464)
  •   Pur comme l'or le plus fin, rigide comme un roc,
    Transparent commelecristal, tel doit être ton cœur
         (Le Pélerin chérubinique, trad Camille Jordens)

 

Lumière et transparence

 

I – Première approche par diverses citations de K-G Dürckheim

 

« La vie n'est ni bonne ni mauvaise, seule existe la lumière, qui est au-delà du lumineux et de l'obscur, comme l'amour se situe au-delà de la sympathie et de l'antipathie, et la loi au-delà du sens et du contresens. » (Le Don de la grâce, p. 287)

 

« L'essentiel est présent au fond de nous-même. C'est la lumière qui traverse le jade. Dès que l'homme est plus transparent à l'ÊTRE présent dans son Être essentiel, un premier critère est l'ouverture à une force qui ne le lâche plus. Cette force est à l'origine d'un ordre intérieur qui s'impose de lui-même. Et cette force a son origine et son aboutissement dans l'unité universelle. Vous vous sentez alors bien en vous-même, sans vous enfermer, et ouvert au monde, sans vous y perdre. » (Entretien de Jacques Castermane avec Graf Dürckheim)

 

« Tout comme un vitrail richement décoré ne laisse briller l'image qu'il représente que si la lumière du soleil le traverse, chez nous aussi, les hommes, notre être le plus profond ne devient visible que dans la mesure où nous devenons transparents à la clarté intérieure dont nous vivons tous, celle qui brille au-delà de la mort. » (La Voie de la transcendance, p. 231-232).

 

« On a facilement tendance à penser que l'expérience d'un moment de lumière est une possession définitive qui suffit à faire de nous un autre homme. Pourtant, lorsqu'elle n'est pas ranimée par un exercice persévérant, même une expérience qui nous atteint au plus profond de nous-même et nous arrache un instant à la stérilité du moi existentiel pour nous élever à la réalité d'une plus grande Vie, risque de s'enliser parmi les souvenirs sentimentaux. Sans cet effort soutenu, l'homme qui se sentait baigné dans la lumière de l'expérience et libre, grâce à elle, d'atteindre un plan supérieur, est malheureusement obligé de constater qu'il n'a pas changé. La conscience de son échec et souvenir du bonheur de l'engagement qu'il vient d'éprouver le rendent encore plus sensible aux limites et aux ténèbres où le tient enfermé la vieille coquille de son moi. La conscience de sa participation à l'Être essentiel a éveillé en lui une grande nostalgie. Pourtant, il doit reconnaître qu'expérience et transformation sont deux choses différentes. » (Pratique de l’expérience spirituelle, p. 20)

 

 

II – Extraits de La Percée de l'Être

K G Dürckheim, La Percée de l'Etre

 ●   Extraits du chapitre "La lumière surnaturelle" (p.60-63).

Celui qui atteint une certaine maturité, le rendant apte à dépasser le niveau de la conscience routinière, entre en contact vécu avec une réalité dont la qualité et la signification sont radicalement nouvelles. Cette expérience l'oblige à distinguer clairement l'existence spatio-temporelle de l'être supra-spatio-temporel[2] ; de même le concept du moi psycho-physique, qui a grandi dans le temps, est soumis à une constitution conditionnée et naturel (est à distinguer) de l'être métapsychique, absolu, et non-conditionné. Dans le cadre de telles expériences, on parle de la surconscience fondée dans l'Unité de l'Être, et de la "lumière surnaturelle" qui resplendit au moment de la nouvelle naissance, par opposition à la lumière naturelle de la conscience ordinaire fondée sur la dualité sujet-objet du moi et du monde perçu objectivement. […]

L'authentique conduite de l'âme veille assidûment à ce que la lumière surnaturelle ne soit pas interprétée comme un simple élargissement, un approfondissement et un plus grand éclat de la lumière naturelle, mais comme le fruit d'une véritable conversion. C'est un bond dans une nouvelle espèce de conscience, donc une renaissance à la racine même de l'homme. Lorsque le fruit est mûr, le vieux moi qui la portait meurt, son règne prend fin. C'est un être nouveau qui apparaît et qui transforme entièrement l'ordre de la conscience ancienne. Certes, l'homme vit encore sous un rapport comme auparavant, mais son existence sourd à présent d'un tout autre centre. […]

Les trois enseignements – celui d'éveiller l'intuition de l'être, celui de demeurer en l'être et celui de communier dans l'être, peuvent s'accomplir de différentes manières ; cependant, certains moyens sont de grande valeur à tout conducteur d'âme, comme à tous ceux qui recherchent leur aide. Les plus importants sont l'exemple et le rayonnement. Il faut que le conducteur d'âme soit miroir, médium et organe de la lumière surnaturelle afin qu'une étincelle puisse s'allumer en celui qui s'adresse à lui, étincelle qui lui permettra de s'élever d'étapes en étapes. Etc.

 

●   Le rayon de lumière qui vient de l'ÊTRE (p. 145-146).

L'homme de Rang a de l'éclat - l'éclat immédiat de l'Être, et non l'éclat d'un reflet. Nous touche l'éclat d'une forme impeccable et, à travers elle, une lumière supérieure.

 II y a trois éclats différents ;

  • le reflet d'une lumière qui vient d'ailleurs,
  • l'éclat de toutes choses achevées en elles-mêmes,
  • et le rayonnement pénétrant dû à la percée d'une lumière supérieure.

L'éclat de la nature est le reflet d'une lumière qui, par le moyen de substances mélangées, se transforme en couleurs resplendissantes dont nos sens se réjouissent. Ainsi chaque homme reflète-t-il les lumières qu'il intercepte.

L'éclat de l' « aura[3] » de toute forme achevée est autre chose, sa lumière ne fait pas vibrer nos sens, mais notre œil intérieur qui cherche la réalisation parfaite. C'est l'éclat de ce qui est « arrondi en soi-même », dont la Réalisation Intégrale reflète son image originelle. Chaque création achevée est douée de cet éclat propre : le cristal, la fleur, un espace harmonieux, l'œuvre d'art authentique, et chaque homme dans la mesure où sa forme extérieure exprime d'une façon pure l'image de son être intérieur.

Plus l'homme a de Rang, plus son être s'exprime librement, et resplendit d'une lumière qui surpasse l'éclat de la perfection formelle; c'est un rayon qui vient de l'Être et le traverse; il n'est pas perceptible à l'œil de notre corps, ni à l'œil intérieur qui recherche les formes parfaites. C'est la douce lumière de la promesse éternelle qui touche notre âme. L'éclat de la perfection nous fait voir la perfection dans l'existence, celui de la douce lumière nous attire dans une unité plus élevée. Plus l'homme a de rang, plus fort est l'éclat de sa forme, mais aussi plus lumineux est le rayon qui vient de l'Unité de l'Être et qui, par le moyen de la forme, nous invite à monter encore plus haut - là où le rang de l'homme rejoint sa grandeur.

 

III – Extraits de Sagesse et amour

K G Dürckheim, Sagesse et amour

 ●   Ouvrir la porte à la lumière (p. 80)

Par le za-zen, nous expérimentons le toucher, l'effleurement de ce que nous sommes nous-mêmes, dans le fond : lumière. Le za-zen est une façon d'ouvrir la porte à la lumière. C'est en pensant à cette lumière qui nous attend, qui aimerait percer, que nous pouvons réaliser notre exercice. Nous devons sans répit tenter d'effleurer cela, nous ouvrir à la lumière et ne pas nous laisser détourner du fait que, au fond même de notre moi, nous sommes lumière. C'est ainsi que le za-zen devient un chemin vers l'expérience de la lumière intérieure.

 

●   La force qui vient de l'essence (p. 88)

 Dans tout ce qui vit, l'Être apparaît sous la forme d'une trinité :

  • comme force qui est consommée dans la plénitude,
  • comme légalité intérieure qui donne sa forme, son sens à sa valeur à tout,
  • et comme unité liante, comme devenir un avec soi-même et avec toutes choses.

Nous expérimentons ces trois formes d'apparition à deux niveaux différents :

  • d'une part, au niveau du moi mondain conditionné,
  • et d'autre part, au niveau de l'inconditionné, de l'essence.

 

Examinons ce que cela signifie concrètement, en prenant l'exemple de la force.

Elle apparaît dans le champ du moi, à travers ce que l'on a, ce que l'on peut et ce que l'on sait, mais de la manière la plus directe, sans doute en tant que force de la volonté, laquelle est placée au service de l'affirmation dans le monde.

Mais au niveau de l'essence, c'est justement là où l'on ne possède plus rien, là l'on ne peut ni ne sait plus rien, là où l'on se sent impuissant, là où l'on ne peut plus rien faire de sa volonté que cette force apparaît. Sans que nous y mettions du nôtre, elle peut alors apparaître comme quelque chose qui afflue vers nous depuis une autre sphère.

C'est précisément cela qu'il nous est parfois accordé d'expérimenter dans l'exercice.

  • La force qui émane de la volonté du moi nous sépare de ce qui nous entoure ; elle nous déforme en un certain sens.
  • La force qui émane de l'essence nous relie à ce qui nous entoure et nous élève à notre forme authentique. La force qui vient de l'essence a ses racines, son sens et sa finalité dans l'unité universelle de la vie, avec laquelle nous cherchons à entrer en contact au cours de l'exercice…

 

●   Lumière et obscurité (p. 77)

Dans la pratique du za-zen, nous recherchons également l'expérience intérieure de la lumière. Le but de tout travail initiatique est la Voie vers l'illumination, et celle-ci, parcourue jusqu’à la transcendance, apparaît comme la Voie illuminée.

Le point décisif dans le travail sur cette Voie est que l'expérience de la lumière est liée à l'expérimentation antérieure de l'obscurité. La vraie lumière luit dans les ténèbres.

Voici ce que cela implique pour l'exercice : c'est une impasse que de tenter de se transporter, en quelque sorte par un bond, dans un monde de lumière, de s'imaginer un état lumineux et de vouloir déjouer, à partir de là, l'obscurité. Les choses ne se passent pas ainsi.

Sur cette Voie, le blanc additionné au blanc donne du noir. Seul le blanc qui a intégré le noir reste du blanc. L'obscur doit tout d'abord être admis, regardé et supporté. Ce n'est qu'en supportant, en acceptant l'obscur que l'homme peut trouver la lumière, celle qui est à même d'intégrer l'obscur.

Ne nous détournons donc pas lorsque, dans l'exercice, l'obscur se manifeste en nous, mais tournons-nous vers lui avec amour : il est une part de la lumière, qui est par-delà la lumière et l'obscurité.

 

 

IV – Extraits de La Voie de la transcendance

K G Dürckheim, La Voie de la transcendance

●   La transparence qui laisse définitivement percer la lumière de l'ÊTRE (p. 58)

Chaque fois qu'un homme commence à voir dans la transparence son véritable but et que, par ses blocages, il devient lui-même l'obstacle sur le chemin de cette transparence, en tant que tel il doit disparaître. Il ne peut pas réussir ce saut par une acrobatie intellectuelle ou par un saut imaginaire. Le moi doit "dépérir" pour que l'Être essentiel puisse prospérer et la personne devenir transparente.

C'est exact pour tout contact de l'ÊTRE qui dure plus d'un instant. Exact aussi pour la première expérience de la grande Lumière. Pourtant elle n'est tout d'abord qu'une promesse, et pour que celle-ci se réalise il faut, après avoir aperçu la lumière, une transformation dont le signe distinctif est la transparence.

La condition d'un changement authentique est une plongée dans le monde de l'ombre, l'anéantissement dans la profondeur obscure. C'est au moment où l'explosion de la Vie paraît à portée de main, où nous voyons déjà la splendeur de ses couleurs et croyons sentir son parfum et pouvoir l'accueillir, qu'il nous faut justement renoncer à une approche directe. Il faut encore et encore affronter notre ombre. Alors seulement, la transformation décisive devient légitime. Elle peut seulement venir d'une rencontre avec les puissances des ténèbres qui s'emparent de l'homme et qu'il peut ensuite reconnaître et intégrer.

La transparence juste, celle qui laisse définitivement percer la lumière de l'ÊTRE et où tous les contraires de lumière et d'ombres ont été absorbés, exige d'abord la mort dans les ténèbres absolues. L'expérience de la lumière la précède et, avec elle, la première libération du moi et de sa misère. L'expérience de l'ÊTRE qui arrache pour la première fois l'homme à cette prison le porte aussi au-delà de lui-même, dans le surnaturel où il essaye de demeurer. Mais l'expérience de la lumière appelle celle de "ténèbres" qui ne sont pas plus réductibles à la "psychologie" que la lumière libératrice qui les précédait. Seule l'expérience de la lumière et de son contraire laisse briller cette clarté qui, au-delà de tous les contraires, nous attend au plus profond de notre Être essentiel.

À sa première rencontre avec l'ÊTRE, l'homme baigne dans la clarté libératrice de la profondeur et il éprouve pour la première fois, sans toujours savoir ce qui lui arrive, le bonheur de la transparence. Il est délivré des trois formes de détresse qui l'obligent à un perpétuel combat contre le danger, l'absurde et la crainte d'un monde toujours menaçant. Il peut aussi pressentir quelque chose de la lumière incomparable qui l'éclaire et le porte, dans un flot de chaleur et de clarté, vers sa patrie : la grande Vie libératrice. Rencontrer un homme dans cet état c'est être témoin d'une métamorphose. Pourtant elle n'est pas encore l'expression de la grande transparence car celle-ci exige que l'éveillé au surnaturel la perçoive, non pas sous son seul aspect lumineux, mais aussi sous celui de la nuit obscure qui lui fait vivre vraiment pour la première fois le désespoir où plonge la séparation de l'ÊTRE. C'est la détresse insondable de cette nuit qui suscite la présence de l'ÊTRE et fait de l'homme un véritable "transformé", capable de réaliser son humanité au sein même du monde et non en s'en écartant.

La forme de son existence prend alors un contour précis car il a intériorisé son essence, non plus d'une façon fugitive ou ponctuelle, mais avec une fermeté croissante qui éveille et accroît aussi le potentiel d'ÊTRE de tout son entourage.

La transparence signifie toujours être transparent à l'ÊTRE, par et vers lui. L'homme est donc, en sa conscience, perméable à sa lumière. L'ÊTRE se manifeste à lui, tout comme la vie surnaturelle, dans son triple aspect de plénitude, de forme (l'ordre et la loi) et d'unité. Il apparaît

  • tantôt comme une force bienfaisante, par la voix des forces cosmiques, élémentaires,
  • tantôt comme la puissance créatrice de l'ordre universel des lois et des images qui nous meut en profondeur.
  • ou bien encore, dans le langage de l'âme touchant le cœur humain, comme la force de l'UN qui unit ciel et terre, moi et monde, moi et Être essentiel.

L'éveil de l'ÊTRE dans le cœur humain a toujours pour condition préalable l'anéantissement du "petit cœur" attaché seulement au monde et dépendant de lui. Il doit s'anéantir avant que, devenu libre et pur, le vrai cœur s'ouvre à l'esprit du ciel et que naisse par lui l'être humain véritable, habité par l'Être qu'il manifeste au sein du monde.

 

●  L'état de lumière, l'"être-dans-la-lumière" (p. 183)

La lumière fait sortir de l'ombre les formes et leur ordre. Lorsque l'ÊTRE est perçu comme cet ordre surnaturel, sa clarté pénètre l'existence et fait apparaître un sens qui est au-delà du sens et du non-sens du monde. La lumière agissante ici n'est pas une clarté sur quelque chose, c'est un état de lumière, un "être-dans-la-lumière". Témoin de l'ÊTRE, cet état s'affirme d'autant plus qu'il luit au milieu des ténèbres de notre vie temporelle. À certaines heures étoilées, l'ÊTRE se manifeste ainsi comme un sens plus haut que le sens et l'absence de sens et, contre toute attente, il délivre l'homme du désespoir et de l'absurde.

Chaque fois que l'on se trouve en état de transparence, la vie est placée sous le signe d'un autre ordre et celui-ci brille au sens du désordre du monde. L'homme peut alors se voir lui-même aussi dans une autre lumière qui l'élève au-dessus des ténèbres de sa vie. C'est cet état qui lui fera le mieux saisir combien la transparence est liée aussi à sa forme corporelle intérieure. Il peut se sentir plus ou moins intimement intégré et unifié. Il faut s'exercer et apprendre à observer lucidement son état corporel, à voir dans quelle mesure la forme intérieure s'avère juste. Lorsque l'intérieur et extérieur sont vraiment à l'unisson, que l'on est à l'extérieur (par le corps) tel que l'on est à l'intérieur (par l'esprit), il est possible d'être "heureux et sans désirs". L'ordre du corps extériorise et incarne alors celui de l'esprit et l'ordre de l'esprit intériorise et réalise celui du corps. L'ordre du cœur se reflète et s'incarne dans l'ordre du corps.

Tout contact authentique avec l'ÊTRE, à travers une forme, a un caractère non seulement de libération mais aussi d'exigence. L'expérience de l'ÊTRE sous le signe de la forme, de l'ordre et de la loi comble de bonheur car elle est la promesse d'un ordre plus haut que toute existence spatio-temporelle. Elle éveille en même temps en nous la conscience du travail que nous devons faire pour accomplir la forme juste au sein de notre existence terrestre. Toute expérience d'une forme transparente à l'ÊTRE nous tire du sommeil de l'habitude pour nous mener vers un nouveau devenir et une nouvelle action.

 

● L'action de la vraie lumière lors d'une thérapie initiatique[4] (p. 222).

Quand le traitement [thérapeutique] acquiert un sens spirituel né de l'expérience de l'ÊTRE, soumis à sa loi et à son image intimement vécues dans une conscience responsable, naît, avec le rayonnement de l'altruisme, la force qui éclaire et qui guérit. Le regard du thérapeute perçoit alors, à travers le corps de destin et ses perturbations, la forme vers laquelle tend l'Être essentiel qui est à la fois lumière et guérison. Ce qui importe est que cette forme elle-même soit perçue non à l'extérieur mais à l'intérieur de sa réalité historique, c'est-à-dire comme l'ordre conforme à l'Être essentiel du corps de destin lui-même, devenu transparent à l'ÊTRE dans l'espace même du destin humain. Dans le rayon de la vraie lumière l'autre se révèle à travers le voile des contingences spatio-temporelles, dans la vérité de son Être. Sa clarté pénètre le centre spirituel du patient pour dissoudre en son corps de destin les blocages contraires à l'ÊTRE et libérer ainsi la force créatrice de sa forme essentielle individuelle. Car cette lumière renferme une force de création et de libération : de libération en s'adressant à l'Être essentiel de l'autre de telle manière que, pour la première fois peut-être, celui-ci s'éveille et reprend vie, se "dégèle" pour ainsi dire. Les dressages et leurs contraintes, les comportements artificiels, s'effondrent. Le rayon qui a touché le patient allume en lui sa propre lumière et le travail intérieur de transformation créatrice commence. Quand le sol gelé éclate, ce qui restait en sommeil commence à germer.

 

● Devenir transparent à la clarté intérieure (p.231)

Lorsque quelqu'un demande ce qui, en fait, a vraiment de l'importance, ne devrait-on pas répondre simplement : ce qui, dans l'univers, arrive justement là où vous vous trouvez ; que vous marchiez, que vous soyez debout, couché ou assis – que vous fassiez ou non quelque chose n'a pas d'importance. Ce qui compte ce sont les vibrations là où vous vous trouvez : invisiblement vivantes ou mortelles, claires ou sombres, chaudes ou glacées.

C'est l' "aura" qui nous entoure et que nous diffusons autour de nous, la sérénité qui se dégage de notre présence, le rayonnement – ce qui, en somme, laisse pressentir soit que nous avons manqué à notre tâche la plus élevée, soit que, pour le plus grand bien des autres et de nous-mêmes, nous l'avons remplie parce que nous avons atteint l'état de maturité humaine, que nous sommes devenus transparents à la force de création, d'ordre et de chaleur sereine de la lumière divine qui est le noyau même de notre vie.

Tout comme un vitrail richement décoré ne laisse briller l'image qu'il représente que si la lumière du soleil le traverse, chez nous aussi, les hommes, notre être le plus profond devient visible que dans la mesure où nous devenons transparents à la clarté intérieure dont nous vivons tous, celle qui brille au-delà de la mort.



[1] En particulier Présentation du livre de G. Dürckheim "L'homme et sa double origine" par Jacques Breton en 1978, revue Le Supplément du Cerf. « L'homme a une double origine : l'une céleste, l'autre terrestre ; l'une naturelle, l'autre surnaturelle. Nous connaissons tous cet axiome. Mais que faire pour le prendre sérieusement comme l'expression d'une promesse, d'une expérience et d'une vocation ? » K-G Dürckheim « sait que le mot "Dieu" a perdu son sens et préfère le mot "Être" ou "Transcendant". »

[4] Voir les messages du tag thérapie initiatique.