Le Mumonkan est un texte écrit en chinois au XIIe siècle. Son titre signifie "Passe sans porte" (ou "barrière sans porte") ;  il fait office de manuel pratique dans le zen Rinzai, surtout dans la lignée de Maître Hakuin (1686-1769), le fondateur du Ryutakuji, monastère zen du Japon relié au centre Assise à qui est dédié le blog[1].

calligraphie d'Eizan Rôshi de 2002, le MULe chien de Jôshû est le 1er des 48 cas du Mumonkan : il comporte un court kôan suivi d'un commentaire assez long de Maître Mumon (1183-1260) puis d'un poème de Mumon.

En sesshin zen (retraite de plusieurs jours) ce kôan fait l'objet d'un long travail. Le mot japonais Mu (無) signifie "Non", "Pas"..., ce qui pose un problème puisque, quand maître Jôshû[2] répond "Mu" à la question du moine (« Un chien a-t-il ou non la nature de Bouddha ? »), il sait très bien (et le moine aussi) que le chien a la nature de Bouddha. Par ailleurs, dans le texte lui-même il ne faut pas traduire le mot japonais "MU" car il est aussi utilisé comme un mantra.

La traduction de ce texte écrit en caractères sino-japonais pose des problèmes, et les diverses traductions publiées présentent beaucoup de différences. Dans les sesshins qu'il dirigeait au Centre Assise (1986-2006), Eizan Rôshi ne voulait pas de la version française de l'époque et conseillait la traduction anglaise de Two zen classics. Mais en 2015 est parue la traduction de Catherine Despeux faite directement du chinois, et en février 2018 la traduction du livre anglais de Koun Yamada (Voir bibliographie au début du III).

La prononciation des mots japonais : toutes les lettres se prononcent, on le sait en général pour zen et kôan : le "u" se prononce "ou" (Joshu se prononce Joshou, MU se prononce mou…)

PLAN de ce message rédigé par Christiane Marmèche :

I – Le texte en version moderne et en version classique (traductions françaises)
II – Texte japonais classique avec l'essai de traduction française.
III – Bibliographie et traductions comparées de 2 passages en version classique.

 

I – Le texte en français et en anglais

 

1) Traduction de la version moderne du Mumonkan d'après un travail de Philippe Jordy[3] .

 

Le Kôan MU :

Un jour un bonze a demandé à Jôshû : Un chien a-t-il, lui aussi, la Nature-de-Bouddha ? Alors Jôshû a répondu : "MU".

 

Voici le commentaire par Maître Mumon :

Pour pénétrer le zen, il faut d'abord passer à travers la barrière mise en place par les Anciens Maîtres. Et pour aller jusqu'au subtil satori, il est nécessaire d'abolir totalement l'état ordinaire de la conscience. Si l'on prétend juger que le zen c'est comme ci ou comme ça sans avoir cette expérience physique et mentale du franchissement de la barrière, sans expérimenter l'extinction de la conscience ordinaire, alors on est pareil à un spectre hantant les broussailles ou les touffes d'herbe.

Eh bien, tentons d'en discuter maintenant ! Quelle est donc cette barrière ? Ce simple MU de Jôshû, fondamental et sans pareil, c'est la première porte du zen, on l'appelle "la barrière sans porte du zen" (Mumonkan). Si vous parvenez à la franchir, non seulement vous rencontrerez Jôshû en personne mais encore vous marcherez main dans la main avec tous les patriarches depuis Bodhidharma lui-même ; vous aurez les mêmes réactions qu'eux (Littéralement : vos sourcils s'accorderont), vous verrez tout avec les mêmes yeux et vous entendrez tout avec les mêmes oreilles. N'est-ce pas cela, vraiment quelque chose d'admirable ? Ne voulez-vous pas tous franchir la barrière ?

À cette fin, mobilisez votre esprit et votre corps, vos 360 os ou articulations et vos 84 000 pores, devenez un bloc de doute (ou de questionnement). "Qu'est-ce que ce Mu ?" ; Concentrez-vous sur MU ! Portez en vous cette question, jour et nuit. Mais attention, il ne faut pas entendre ce Mu comme le néant [du Tao] (littéralement : le néant des Maîtres Rôshi et Sôji). Il ne faut pas non plus l'entendre en termes d'existence ou de non-existence. Une fois que vous serez ainsi attelé ainsi à ce [questionnement du] Mu, celui-ci deviendra comme un fer rouge, incandescent, que vous ne pourrez ni avaler ni recracher. Vous serez décrassés, lavés à grande eau des idées et expédients jusque-là assimilés et qui ne servent à rien, tout comme des réalisations erronées. Après une longue endurance viendra le temps où vous entrerez dans un état de parfaite unité, ayant comblé l'écart, de façon naturelle, entre extérieur et intérieur (conscience et objet ; moi et cosmos). Vous aurez cette expérience de réalisation pour vous-même mais vous ne pourrez la rapporter aux autres, tel un muet qui aurait eu un rêve.

Au moment soudain de cette expérience singulière, ce sera l'explosion de la conversion et vous étonnerez le ciel et vous ébranlerez la terre. Vous volerez au général Kan'u le si brave, sa fameuse épée ; vous en ferez votre arme et quand vous rencontrerez le Bouddha, vous le tuerez ; quand vous rencontrerez Bodhidharma ou les patriarches, vous vous en débarrasserez. Alors, installé dans cet instant de réalité flottant entre la vie et la mort, vous posséderez l'existence de grande liberté qui n'est ni vie ni mort, et parmi les six mondes et les quatre modes d'existence, vous jouirez de l'univers de paix et de réalité.

Donc, comment faire pour concentrer son esprit sur ce seul Mu ? Il vous faut y verser toute la puissance de votre esprit ordinaire. S'il n'y a ni relâche ni pause, la lampe de la Loi [du bouddhisme] s'allumera tout à coup ! [l'éclat du satori]

 

Voici le verset de Mumon:

Chien ! Nature-de-Bouddha !
L'ordre juste et absolu vient d'être donné…
Si vous balancez entre "il a" et "il n'a pas"
Vous rendez l'âme aussitôt !*

                                       Note * : en japonais moderne : "votre souffle s'arrête" ;
                                                en chinois classique 4 caractères : funérailles – corps ; perte – vie

 

2) Essai de traduction française du texte japonais classique.

Cette traduction est faite à partir de la traduction anglaise du 2° préconisée par Eizan Rôshi mais en tenant compte de la dernière traduction de Catherine Despeux de 2015 (voir bibliographie).Je garde quand même "barrière" plutôt que "passe" parce qu'au centre Assise on a toujours parlé de barrière.

Le commentaire de Mumon a été numéroté en paragraphes pour rendre la recherche plus facile par rapport au texte japonais classiquedonné au II.

 

Le chien de Jôshû

Le chien de Joshu, dessin de Quenten Lee

    Kôan

     Un jour un moine demanda à Jôshû : « Un chien a-t-il ou non la Nature de Bouddha ? »
     Jôshû répondit : « MU »

Commentaire de Mumon

1. Quand vous vous exercez au zen, vous devez franchir la v mise en place par les patriarches ; pour atteindre l'éveil merveilleux (le satori), vous devez aller jusqu’au bout de votre cœur-esprit, là où le chemin s’interrompt. Tant que vous n'avez pas franchi la barrière des patriarches et que le chemin de la pensée n'est pas coupé, vous êtes comme les esprits de la nature qui prennent appui sur la végétation.

2. Maintenant, je vous le demande, en quoi consiste la barrière mise en place par les patriarches ? C’est ce simple " MU". Voici la barrière unique de la méthode de cette école. Par conséquent cet ouvrage s'appelle « Mumonkan de l'école zen » [Mumonkan peut se traduire par : "la barrière sans porte" ou "la barrière de la méthode du MU" d'après C. Despeux]

3. Si vous percez à jour cela et si vous franchissez la barrière, non seulement vous verrez Jôshû face à face, mais vous irez main dans la main avec les patriarches successifs, les poils de vos sourcils seront mêlés aux leurs, vous verrez avec les mêmes yeux, vous entendrez avec les mêmes oreilles. N’est-ce pas une perspective merveilleuse ? N’aimeriez-vous pas franchir cette barrière ?

4. Alors, mobilisez votre corps entier avec ses 360 articulations et ses 84 000 pores de peau ; rassemblez un esprit de grand doute et concentrez-vous sur ce " MU". Disséquez-le nuit et jour. Mais pour ce mot ne formez pas une conception nihiliste de "vide" ou une conception dualiste en termes de "il a"/ "il n’a pas". Ce sera comme si vous aviez dans la gorge une boule de fer brûlante, que vous essayez de recracher sans y arriver. Toutes les idées trompeuses, et les pensées illusoires que vous avez accumulées disparaîtront. Après une longue endurance viendra un temps où intérieur et extérieur  ne forment plus qu'un spontanément. Vous serez tel un muet qui a fait un rêve et qui ne peut en parler à quiconque.

5. D'un seul coup un dévoilement explosif se produit, vous étonnez le ciel et vous ébranlez la terre. C'est comme si vous saisissiez le grand sabre du vaillant général Kan’u et que vous la teniez en main. Quand vous rencontrez le Bouddha, vous le tuez ; quand vous rencontrez les patriarches, vous les tuez. Alors, au bord du précipice, entre la vie et la mort, vous possédez l’existence de grande liberté ; parmi les 6 voies (de transmigration) et les 4 modes de naissance[4], vous jouissez d’un samâdhi (absorption méditative) enjoué.

6. Maintenant, je vous le demande : « comment effectuer cela ? » Concentrez toute votre énergie à travailler à ce « Mu ». Si vous le tenez sans interruption, la lampe du dharma[5] s'allumera tout à coup.

Poème de Mumon

    Le chien, la nature de Bouddha
    L'ordre juste est parfaitement révélé.
    Commencer à dire « il a » ou « il n’a pas »,
    c'est perdre son âme et sa vie.

 

II – Texte japonais (avec traduction française) du kôan MU

N B : la traduction française propose des indications sur quelques mots
C'est un état provisoire qui est loin d'être fini

 

Maître Jôshû

趙州狗子 (Jôshû kushi) [6]Le chien de Jôshû

 

japonais classique :  趙州和尚、因僧問、狗子 還有佛性也無。州云、無。

japonais moderne : Jôshû oshô, chimami ni so to kushi ni kaette Busshô ari ya matta inai ya ? Jôshû iwaku “Mu”

français : Un jour, un moine demanda à Maître Jôshu : « Un chien a-t-il aussi la nature de bouddha  ou non ?» Joshu a répondu "Mu."

 

趙州和尚、            因         僧        問、
Jôshû oshô,    chimami ni  so         to   
Jôshû maître,     vers       moine demande

 狗子         還有          佛性                 也                    無。
kushi ni     kaette       Busshô            ari ya  matta   inai ya ?
chien         aussi  nature-de-bouddha   a-t-il   ou   n'a-t-il pas ?

 州           云、       無。
Jôshû     iwaku     “Mu”.
Jôshû a répondu   “MU”

 

Commentaire de Mumon

1.參禪須透 祖師關、妙悟要窮心路絶。
  Quand vous vous exercez au zen (禪, sk. dhyâna), vous devez franchir la passe (關) mise en place par les patriarches ; pour atteindre l'éveil merveilleux ( 悟, le satori[7]), vous devez aller jusqu’au bout de votre cœur-esprit (心), là où le chemin s’interrompt.

 祖關不透心路不絶、盡是依草附木精靈。
Tant que vous n'avez pas franchi la passe des patriarches et que le chemin de la pensée n'est pas coupé, vous êtes comme les esprits de la nature qui prennent appui sur la végétation.

2. 且道、如何是祖師關。
   Maintenant, je vous le demande, en quoi consiste la passe mise en place par les patriarches ?

   只者一箇無字、乃宗門一關也。
   C’est ce simple " MU". Voici la passe unique (一關) de la méthode de cette école (shu 宗).

遂目之曰 禪宗 無 門關。
Par conséquent cet ouvrage s'appelle « Mumonkan (無門關) de l'école zen (禪宗Zen shû) » [Mumonkan peut se traduire par : "la passe sans porte" ou "la passe de la méthode du MU") d'après C. Despeux]

 3.透得過者、非但親見趙州、便可與歴代祖師把手共行、眉毛厮結同一眼見、同一耳聞。
   Si vous percez à jour cela  et si vous franchissez la passe, non seulement vous verrez Jôshû face à face, mais vous irez main dans la main avec les patriarches successifs, les poils de vos sourcils seront mêlés aux leurs, vous verrez avec les mêmes yeux, vous entendrez avec les mêmes oreilles.

豈不慶快。
N’est-ce pas une perspective merveilleuse ?

莫有要透關底麼。
N’aimeriez-vous pas franchir cette passe ?

4. 將三百六十骨節、八萬四千毫竅、通身起箇疑團參箇無字。
  Alors, mobilisez votre corps entier avec ses 360 articulations et ses 84 000 pores de peau ; rassemblez un esprit de grand doute (疑) et concentrez-vous sur ce " MU".

晝夜提撕、莫作虚無會、莫作有無會。
Disséquez-le nuit et jour. Mais pour ce mot ne formez pas une conception (會)  nihiliste de "vide" (虚) ou une conception dualiste en termes de "il a"/ "il n’a pas" (有無).

如呑了箇熱鐵丸相似、吐又吐不出。
Ce sera comme si vous aviez dans la gorge une boule de fer brûlante, que vous essayez de recracher sans y arriver.

蕩盡從 前惡知惡覚、久久純熟自然内外打成—片、如唖子得夢、只許自知。
Toutes les idées trompeuses, et les pensées illusoires que vous avez accumulées disparaîtront. Après une longue endurance viendra un temps où intérieur et extérieur (内外) ne forment plus qu'un spontanément (自然). Vous serez tel un muet qui a fait un rêve et qui ne peut en parler à quiconque.

5. 驀然打發、驚天 動地。
   D'un seul coup (驀) un dévoilement explosif se produit, vous étonnez le ciel et vous ébranlez la terre.

如奪得關將軍大刀入手、逢佛殺佛、逢祖殺祖、於生死岸頭得大自在、向六道四生中遊戲三昧。
C'est comme si vous saisissiez le grand sabre du vaillant général Kan’u et que vous le teniez en main. Quand vous rencontrez (逢) le Bouddha (佛), vous le tuez (殺) ; quand vous rencontrez les patriarches (祖), vous les tuez. Alors, au bord du précipice, entre la vie et la mort, vous possédez l’existence de grande liberté ; parmi les 6 voies (de transmigration) et les 4 modes de naissance[8] (roku-dô shi-shô 六道 四生), vous jouissez d’un samâdhi[9] (三昧,zanmai) enjoué.

6. 且作麼生提撕。盡平生氣力擧箇無字。
   Maintenant, je vous le demande : « comment effectuer cela ? » Concentrez toute votre énergie à travailler à ce « Mu ».

   若不間斷、好似法燭一點便著。
   Si vous le tenez sans interruption,la lampe du dharma (法, [10], la Loi…) s'allumera d'un seul coup[11].

 

Poème (de Mumon) 頌曰

狗子佛性    Le chien, la nature de Bouddha
全提正令    L'ordre juste est parfaitement révélé.
纔渉有無    Commencer à dire « il a » ou « il n’a pas »,
喪身失命    c'est perdre son âme et sa vie.

 

III – Bibliographie et comparaison de traductions.

 

      Bibliographie choisie.

  • Two zen classics, Mumonkan, Hekiganroku, par Katsuki Sekida, Boston, Ma: Shambala, 2005 éd. Weather hill, New York/Tokyo (version anglaise recommandée par Eizan Rôshi)
  • La passe sans porte : Les énigmes des grands maîtres zen de Huikai Wumen. Traduction directe du chinois par Catherine Despeux  Éd. Points. 272 p. 2015 (le kôan Mu est mis gratuitement à disposition sur http://www.bouddhismes.net/content/meditation_et_langage)
  • Porte sans porte - Recueil des koans du maître zen Mumon, avec les commentaires de Koun Yamada Rôshi, traduction de Gateless Gate par Pierre Philippon  éd. Almora, parution : 15/02/2018 (P. Philippon traduit la 2è édition du livre de Kun Yamada paru en anglais, tout en se rapportant aussi au texte chinois du Mumonkan).
  • Bernard Faure, "Du kôan au mantra" : Les rapports du Zen et du bouddhisme tantrique", Connaissance des Religions, 2000. Article en ligne.

 

Traductions comparées de 2 passages du commentaire de Mumon[12]:

  1. Koun Yamada traduit par P. Philippon, Porte sans porte, février 2018.
  2. Catherine Despeux, Wumen Huikai "La passe sans porte"[13], 2015.
  3. Taïkan Jyoji, L'art du kôan zen, 2001.
  4. Philip Kapleau, Les trois piliers du zen,1972.
  5. Katsuki Sekida, The two zen classics, 1977

 

1/ Description de ce qui arrive à ceux qui franchissent la barrière (la porte, la passe)

透得過者、非但親見趙州、便可與歴代祖師把手共行、眉毛厮結同一眼見、同一耳聞。

Koun Yamada
2018
Catherine Despeux
2015
Taïkan Jyoji
2001
Philip Kapleau
1972
Katsuki Sekida
1977

Ceux qui franchissent cette barrière sont capables non seulement de voir Joshu face à face, mais aussi de marcher main dans la main avec toute la lignée des patriarches en étant sourcil contre sourcil avec eux. Vous verrez avec les mêmes yeux que ceux avec lesquels ils voient, vous entendrez avec les mêmes oreilles que celles avec lesquelles ils entendent.

Si vous percez à jour cela et franchissez cette passe, non seulement vous verrez Zhaozhou en personne, mais de plus vous marcherez main dans la main avec les maîtres-patriarches des diverses générations ; les poils de vos sourcils seront mêlés aux leurs, vous verrez du même œil, entendrez de la même oreille.

Ceux qui la passent non seulement comprendront intimement Zaozhou mais comprendront également intimement toute la lignée des maîtres du zen et marcheront main dans la main avec eux, regarderont avec le même œil, entendront avec les mêmes oreilles.

Celui qui l'a franchie ne peut pas seulement voir Joshu face à face, mais il peut marcher la main dans la main avec tous les patriarches, écouter avec leurs oreilles et voir avec leurs yeux.

If you pass through it, you will not only see Jõshû face to face, but you will also go hand in hand with the successive patriarchs, entangling your eyebrows with theirs, seeing with the same eyes, hearing with the same ears.

Sur www.esperer-isshoni.info, on trouve traduction assez directe de Two zen classics : « Si vous la franchissez, vous verrez non seulement Jôshû face à face, mais vous irez main dans la main avec la lignée des patriarches, sourcils contre sourcis, voyant avec les mêmes yeux, entendant avec les mêmes oreilles. » (mais l'entrelacement des sourcils n'est pas mentionné).

 

2/ Le dernier paragraphe du commentaire :

且作麼生提撕。盡平生氣力擧箇無字。若不間斷、好似法燭一點便著。

Koun Yamada
2018
Catherine Despeux
2015
Taïkan Jyoji
2001
Philip Kapleau
1972
Katsuki Sekida
1977

Maintenant, comment devez-vous vous concentrer sur Mu ? Épuisez la moindre once d'énergie que vous avez. Et si vous ne faiblissez pas en chemin, vous serez illuminé comme une bougie à l'avant de l'autel est allumée tout à coup par le contact du feu.

Comment vous y êtes-vous pris pour disséquer ce "non" ? Vous avez complètement apaisé la force du souffle de vie. Tenez ce "non" (wu/mu), gardez-le sans discontinuer, c’est bien. Il sera comme une bougie de la Loi à laquelle vous vous attacherez.

Maintenant je vous pose la question : Comment allez-vous vous y prendre ? Chaque parcelle d'énergie que vous possédez, mettez-la dans le Wu et devenez ce Wu. Si vous vous efforcez sans interruption et sans vous poser de question, alors une nouvelle lampe s'allumera.

Comment, dès lors, vous concentrez sur Mu ? Employez-vous-y de toutes vos forces et de tout votre cœur. Si vous vous y employez sans relâche, votre esprit s'éclairera soudain telle une lumière surgissant dans la nuit. Quelle merveille, en effet !

Now, I want to ask you again, ‘How will you carry it out?’ Employ every ounce of your energy to work on this ‘Mu.’ If you hold on without interruption, behold: a single spark, and the holy candle is lit!

Autre traduction trouvée sur internet : « Maintenant, comment doit-on s’y efforcer ? Travaillez de toutes vos forces à ce "Mu" et soyez "Mu". Si vous ne vous arrêtez pas ou n’hésitez pas dans votre effort, voyez donc, quand le cierge du Dharma est allumé, l'obscurité est soudainement vaincue. » (www.aikido-strasbourg.com).



[3] Philippe Jordy a longtemps été l'interprète attitré d'Eizan Rôshi lors des sesshin du centre Assise. Ce qui est mis ici à peu près la traduction qu'il a faite dans le cadre d'un sesshin à Saint-Gervais, ce n'était pas destiné à publication et ne prétend pas à l'exactitude

[4]. Cette expression "les 6 voies (de transmigration) et les 4 modes de naissance" signifie que c'est partout et tout le temps. Voir note 8 p. 5.

[5] Le mot dharma veut dire à la fois : la loi, les existants, la méthode, l'enseignement, la règle, la convention. Les traductions de ce passage sont très diverses, voir fin du III

[7] 悟 (en sanskrit bodhi) désigne l'éveil. 悟 a pour clé 忄 le cœur 心 : éveil de quelque chose de relationnel par le cœur-esprit. Cela correspond à satori.

[8] Cette expression "les 6 voies (de transmigration) et les 4 modes de naissance" signifie que c'est partout et tout le temps. Les six mondes de transmigration (roku-dō 六道) : le monde des dieux ; celui des demi-dieux belliqueux (titans) ; celui des hommes ; celui des animaux ; celui des démons affamés ; celui des enfers. Les quatre modes de naissance (shi-shō 四生) : viviparité, oviparité, humidité, transformation.

[9] Samâdhi (三昧,zanmai) : absorption méditative. « Plusieurs termes désignent dans le bouddhisme divers types de concentration. Nous choisissons de traduire samādhi par “absorption méditative” pour insister sur le fait que cette concentration peut ou non couper l’individu du monde extérieur mais que, de toute façon, celui-ci est complètement pris par un état intérieur qui s’empare de lui et l’absorbe. Le dhyâna, lui, est plus un état de recueillement, de concentration de l’esprit. » (D'après Catherine Despeux, op. cité)

[10] Le kanji de 法 a pour radical  l'eau 水stylisé. Comme le mot dharma, le mot 法 veut dire à la fois la loi, les existants, la méthode, l'enseignement, la règle, la convention.

[11] Les traductions de ce passage sont très diverses, voir fin du III

[12] Sur internet il y a la comparaison de trois traductions anglaises (www.acharia.org : c'est la version de Two zen classics ; Paul Reps ; Philip Kapleau): https://sites.google.com/site/esabsnichtenglisch/different-versions-translations-of-mumon-ekai-s-commentary-on-joshu-s-dog?tmpl=%2Fsystem%2Fapp%2Ftemplates%2Fprint%2F&showPrintDialog=1