Citation de K G DurckheimArticle paru à l'été 2000 dans la revue Terre du ciel n°53[1]

Citation de K G Dürckheim mise avant l'article : « Dans le zen on parle de la nature de bouddha en chaque homme. Eh bien, en nous tous, chrétiens ou athées que nous sommes, il y a ça. Ce que dans le zen on appelle la nature de bouddha est au-delà du temps et de l'espace, au-delà de l'histoire, de la biographie, de la tradition. De même nous avons dans notre tradition cette parole du Christ : « Je suis avant d'Abraham était. » Ce "Je suis" n'a rien à voir avec le temps et l'espace. Et le zen nous invite à devenir plus conscients de cette réalité. »

 

En recherche de vie intérieure

La rencontre de la prière chrétienne et du zen

Témoignage du Père Jacques Breton

 

 Présentation de Jacques Breton par la revue :

Prêtre catholique et enseignant de méditation, l'auteur de Vers la lumière[2] retrace la révélation que fut pour lui, il y a 25 ans, la découverte de zazen. À l'encontre du discours souvent trop doctrinal et moralisateur de l'Église, et de la dualité corps et âme qui sous-tend sa doctrine, la méditation zen offre au chrétien qui vit dans le monde la voie d'intériorisation qui lui manquait. Il y trouve affermissement et purification de sa foi. Et c'est de cette expérience commune de connaître le dialogue interreligieux.

 

Témoignage du Père Jacques Breton

 

Terre du ciel, été 2000Faire partager une expérience est une affaire bien délicate, surtout quand il s'agit d'expérience spirituelle. Il est en effet nécessaire de passer par l'intermédiaire de mots, de concepts, qui trahissent la réalité de l'expérience vécue, d'autant qu'il faut se référer à toute une expérience antérieure – ce que nous appelons la tradition – pour donner une certaine consistance au vécu. Enfin, une expérience est d'une certaine manière subjective, même si elle se veut l'expression de la Réalité divine. Elle ne peut prétendre dire toute la Vérité même si elle se veut vraie, authentique. Cependant je serai peut-être le plus fidèle possible à ce que j'ai pu découvrir du zen et du bouddhisme et, à travers eux, à ce qui m'a permis d'approfondir ma foi chrétienne.

Prêtre catholique diocèse de Paris, vicaire en paroisse, puis aumônier de lycée, j'ai un jour découvert la pratique du zazen[3]. Et cela allait bouleverser ma vie.

 

Le rôle de Dürckheim.

J'ai vécu « mai 68 » aux premières loges, alors que j'étais aumônier du lycée Saint-Louis. Ce lycée de préparation aux grandes écoles scientifiques se situe en effet face à la Sorbonne. Cet événement m'a fait prendre conscience que je parlais beaucoup de Dieu sans vraiment le connaître. Mon évêque, le cardinal Marty, m'a alors autorisé à quitter le ministère pour rejoindre une fraternité de Carmes près d'Orléans. Mais je ne me sentais pas appelé à une vie religieuse communautaire.

Heureusement le père Riobé, l'évêque d'Orléans, avec qui j'étais très lié, m'a poussé à entrer dans une vie plus solitaire, plus érémitique. Ainsi je me suis retrouvé dans un petit ermitage en pleine Sologne éloigné de toute route et village. Au départ la solitude m'a fait très peur. Livré à moi-même sans protection, sans aucune sécurité, je sentais la nécessité de points d'appui. C'est alors que la communauté monastique bénédictine de Saint-Benoît-sur-Loire, qui se situait à une trentaine de kilomètres, m'a ouvert grande sa porte et j'ai pu y vivre les grandes fêtes.

Mais il me paraissait indispensable de trouver en moi-même l'appui nécessaire. Certes, le Seigneur m'a fait don de la foi, mais la solitude met sans cesse face à soi-même sans échappatoire possible. En affrontant tous les états psychiques, je pressentais que mon corps, que j'habitais très mal, pouvait me donner la structure dont j'avais besoin pour demeurer là, présent au Seigneur, à Celui auquel je désirais consacrer toute ma vie.

Or j'appris qu'une session était organisée par les dominicains à l'Arbresle avec pour thème : « Sagesse du corps et prière chrétienne ». Elle avait lieu en août peu avant mon entrée en solitude. J'y ai vu comme un signe et il est vrai qu'elle a été pour moi une découverte extraordinaire. Tout ce stage portait sur le lien entre le corps et l'esprit. Entre autres, il nous a été transmis là l'enseignement de Karlfried Graf Dürckheim, ce sage dont j'allais faire connaissance l'année suivante. Allemand, il dirigeait un centre en Forêt Noire où il aidait les participants à retrouver l'unité intérieure : corps, psyché et esprit. Il nous a quittés en décembre 1988, laissant toute une documentation, de nombreux livres, tous traduits en français. Ayant vécu plusieurs années au Japon, il y avait découvert le zen comme une méthode pour reconstruire l'unité de la personne, retrouver le lien entre l'intériorité et l'extériorité.

Dans cette session, le zazen nous était enseigné. Cette approche du zen allait beaucoup m'aider dans cette vie de solitude, bien que ma posture ait été loin d'être parfaite. Je trouvais là un appui pour ma prière, une meilleure manière de vivre mon quotidien.

Centre Durckheim à RütteCependant cette vie érémitique me révélant bien des difficultés au niveau psychique, j'ai senti la nécessité de purifier cet inconscient qui faisait obstacle à ma vie spirituelle. Avec l'autorisation de mon évêque, j'ai quitté mon ermitage pour me rendre dans ce centre en Forêt-Noire animé par K. Graf Dürckheim[4]. J'ai pu y vivre tout un processus psychique, mais aussi approfondir le zazen. Matin et soir, nous avions cette méditation dont je ressentais les plus grands bienfaits. L'enseignement qui l'accompagnait n'avait rien de bouddhiste. K. Graf Dürckheim ne retenait du zen que l'essentiel pour aider les participants à entrer dans cette pratique. Il considérait en effet que, si le zen permettait de retrouver en nous-mêmes "l'Orient", nous ne devions pas pour autant perdre notre côté occidental. En d'autres termes, cette méditation nous ouvrait à la vie intérieure, elle laissait le champ libre à toute autre approche religieuse et au développement de la personnalité. Cela n'empêchait pas K. Graf Dürckheim d'être très strict, très rigoureux dans l'exercice de cette méthode. Et les bases qu'il nous enseignait étaient au fond très fidèles à l'enseignement traditionnel tel que je le recevrai par la suite des maîtres zen.

 

L'ouverture à l'Esprit intérieur.

Cette découverte du zen n'est certainement pas due à un pur hasard. Elle répondait à une grande attente de ma part. En effet j'ai toujours été attiré par l'expérience spirituelle intérieure. Elle me semble essentielle pour être fidèle au Christ. Or, la formation sacerdotale telle que je l'ai reçu au séminaire était plus axée sur l'approfondissement de la doctrine chrétienne par l'étude philosophique et théologique que sur l'apprentissage de la spiritualité. Ce savoir est certainement indispensable, mais ne risque-t-il pas de mettre trop l'accent sur cet aspect de la connaissance au détriment de l'expérience spirituelle ? Certes, les ordres religieux et principalement les communautés contemplatives dispensent cet enseignement. Mais nous ne sommes pas tous appelés à la vie religieuse et il serait triste de penser que des chrétiens engagés dans le monde ne peuvent bénéficier de cette connaissance plus intérieure. C'est d'autant plus vrai que, vivant dans une société très matérialisée, le chrétien pour demeurer fidèle a besoin d'être davantage soutenu dans ses convictions. Il lui est nécessaire d'entendre des paroles fortes qui vont résonner en son cœur et son esprit et qui vont l'aider à demeurer ferme dans sa foi.

Je crois aussi que, si tant de jeunes quittent l'Église, c'est qu'au fond ils n'y trouvent pas leur compte. Ils ont besoin de vérité et d'exigence. Or, les clercs ne leur présentent-ils pas un discours trop moralisateur, trop doctrinal et finalement décourageant ? L'enseignement du Christ, au contraire, appelle l'homme à une totale transformation, une conversion radicale : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14, 25).

mort et résurrection, Patrick RoyerOui, le Christ nous demande l'impossible, car l'homme ne peut par lui-même se réaliser, pas plus qu'il ne peut aimer Dieu de tout son être, comme le demande le premier commandement. Pourquoi ne pas reconnaître cette impossibilité au lieu de chercher à édulcorer la parole du Christ et réduire son enseignement à des préceptes moraux, des explications satisfaisantes pour notre esprit cartésien ? Cela nécessite de nous ouvrir à l'Esprit intérieur, sans lequel nous ne pouvons trouver force et lumière pour répondre à l'appel du Christ. « En vérité, en vérité je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu », dit Jésus à Nicodème » (Jean 3, 5). Or, il est clair que c'est bien à cette renaissance que tout chrétien est appelé. À cette première naissance, où l'homme reçoit une vie encore toute naturelle, fait suite une deuxième naissance, où l'homme va s'ouvrir à l'Esprit divin. Ce passage ne peut se faire que dans une mort à ce premier genre de vie pour ressusciter à la vie nouvelle tout imprégnée de l'Amour, de la Paix, de la Sagesse divine. C'est pour cela que le chrétien est appelé à tout quitter pour suivre le Christ.

Pourquoi donc en Occident sommes-nous tombés dans cette espèce de pharisaïsme si contraire à l'Évangile ? Pourquoi l'Église n'ose-t-elle plus annoncer la Bonne Nouvelle dans ce qu'elle a de plus essentiel, la mort et la résurrection ?

 

Les obstacles d'une ouverture à l'Esprit.

Plusieurs raisons peuvent être avancées. Une des principales, il me semble, vient d'une sorte d'appréhension pour tout ce qui touche à la vie intérieure. Il est vrai qu'il y a toujours un risque de fuite, le danger de se retirer dans son petit univers sécurisant pour échapper aux difficultés du monde. Mais cette attitude est contraire à une authentique vie spirituelle. De plus cette appréhension est d'autant plus forte que, par suite des développements des moyens de communication, l'homme moderne est beaucoup plus tourné vers le monde extérieur.

Une autre raison est d'ordre psychique. La science actuelle nous apprend l'existence de toute une part d'inconscient qui vit au fond de nous-même. Il est fait en partie de tout ce qui a été mal vécu depuis notre enfance. Il cause en nous bien des ravages, mais nous préférons les ignorer et ne pas remuer tout ce côté ténébreux de nous-même. Et il est vrai que l'Église, tout en reconnaissant le bien-fondé de cette nouvelle science psychologique, reste encore très méfiante vis-à-vis d'elle. Cela explique en partie son aversion pour tout ce qui touche l'intériorité.

Une troisième raison provient du fait que toute notre civilisation occidentale – particulièrement en France – a une attitude ambiguë vis-à-vis du corps. Elle a tendance ou à trop le valoriser ou au contraire à éprouver un certain mépris pour lui. Notre éducation a très nettement donné une importance considérable au travail intellectuel au détriment du développement harmonieux de notre corps. Par ailleurs, notre théologie, très influencée par la philosophie néoplatonicienne, a trop souligné la distinction corps et âme. Si la conception de l'âme a permis de sauvegarder la dignité de l'homme en maintenant en lui ce principe spirituel directement créé par Dieu, elle a fait progressivement de cette distinction une dualité esprit et matière. « Je n'ai qu'une âme qu'il faut sauver », chantions-nous dans notre jeunesse. Et le corps devient obstacle au lieu d'être partie intégrante de notre personnalité.

Une quatrième raison découle de la précédente. Comment annoncer l'Évangile dans toute son ampleur sans donner les moyens de le vivre ? Les clercs l'ont bien compris. Il serait pour eux tout à fait malhonnête de donner à leurs fidèles un enseignement qui ne pourrait s'appliquer dans le quotidien. Mieux vaut leur apprendre, pensent-ils, à gérer leur vie d'une manière qui ne soit pas contraire à la justice, la charité et qui reste fidèle à Dieu par des temps de prière réguliers. Comment leur dire qu'il faut renoncer à tout avoir, jusqu'à sa propre vie, pour être un vrai disciple du Christ, si en même temps ils ne leur donnent pas les moyens appropriés ? Matériellement, à part quelques exceptions, le Christ ne demande pas à ses disciples de vendre tous leurs biens et abandonner conjoint et enfants. Néanmoins, tout chrétien est appelé à une totale reconversion. Mais comment la faire ?

Actuellement, certes, tout un renouveau apparaît dans les jeunes communautés qui s'ouvrent à cette dimension intérieure et spirituelle. Elles sont le signe d'une Église qui prend conscience de cette nécessité de retour à l'Évangile et à l'Esprit pour être plus fidèle à la vérité qu'elle proclame.

 

Une voie pour vivre l'œcuménisme.

Je ne veux pas prétendre ici que le zen puisse résoudre tous les problèmes que se posent les chrétiens en quête d'une vie plus spirituelle face un monde très matérialisé. Mais l'expérience montre que cette pratique peut être un authentique chemin d'intériorisation.

Je crois aussi que ce qui m'a conduit à pratiquer le zen est cette aspiration à vivre l'œcuménisme dans toutes ses dimensions. Certes, ma formation chrétienne allait dans le sens inverse. Dans le collège, pourtant très ouvert, où j'ai fait mes études, les pères nous enseignaient que seule la religion catholique détenait la Vérité. Les protestants étaient d'affreux hérétiques et les autres religions étaient encore sous l'emprise satanique. Or, devenu aumônier du lycée, j'ai eu l'occasion de rencontrer de jeunes protestants. Ce fut une découverte merveilleuse. Plus tard leur pasteur m'a demandé de les prendre en charge. Ma vocation était née.

 J'ai pris conscience de l'importance de ces rencontres pour sortir du côté un peu sectaire du catholicisme et découvrir toutes les richesses contenues dans les autres traditions. En revanche, sans nier l'importance des confrontations doctrinales, je pressentais que cette rencontre ne pouvait se réaliser effectivement qu'au niveau de l'expérience intérieure et de la prière. C'est de cette manière que la pratique du zen m'a fait rencontrer des bouddhistes, des hindous, des juifs, des musulmans… Ensemble nous pouvons méditer dans un vrai silence qui nous fait communier à l'Unique Réalité.

Enfin, combien de personnes autour de nous sont en recherche d'une véritable spiritualité ? Certaines n'appartiennent à aucune tradition et ont été élevées dans une forme d'athéisme. D'autres ont été déçus par l'Église chrétienne et même quelquefois traumatisées. Elles pressentent la réalité divine du Christ, mais l'enseignement qu'elles ont reçu a été souvent pour elle plus un carcan qu'une ouverture à l'Esprit. Comment peuvent-elles se libérer de tous ces préceptes paralysants pour s'ouvrir à la vie intérieure et peut-être retrouver en elles l'essentiel de leur christianisme par l'expérience qu'elles vont faire elles-mêmes de Celui qui est au cœur de leur recherche ? Je suis toujours ému de voir méditer en zazen, côtes à côtes, toutes ces personnes d'horizons spirituels différents et se retrouver en cette quête de l'Unique Vérité que chacun vit selon ce qui est. Une grande communion peut s'établir et aide chacun à aller plus loin dans cette ouverture à l'Esprit.

Nous critiquons beaucoup notre époque, or un de ses grands privilèges est de nous offrir une plus grande possibilité de communication, d'ouverture. Qui aurait pensé, il y a 50 ans, que l'Église se serait ouverte à la sagesse extrême orientale ? Certes, il y eut des pionniers comme Dom Henri le Saux, ce moine bénédictin qui est entré totalement dans la mystique hindoue. Mais c'est surtout lors du dernier concile que les portes se sont ouvertes. Et c'est depuis relativement peu de temps que les chrétiens découvrent le yoga et le zen.

 

Une recherche commune.

zazen, calligraphie d'Eizan Rôshi, centre AssiseDéjà implantée en Chine depuis plusieurs siècles, le bouddhisme retrouvera un nouvel élan au VIe siècle grâce au grand maître bouddhiste Bodhidharma, et il prendra le nom de ch'an. Celui-ci pénétrera au Japon seulement au XIIIe siècle pour devenir une école indépendante sous le nom de zen. S'il restait très fidèle à la doctrine bouddhiste, celle de l'école Mahâyânâ (le Grand Véhicule) à laquelle se rattache par exemple le bouddhisme tibétain, le zen a néanmoins subi l'influence de la culture japonaise. On peut dire que le zen est une véritable religion avec sa doctrine, ses monastères, ses rites, ses pratiques, sa morale, sa quête de l'Absolu. Il se présente comme une voie de libération, d'unification, de réalisation, ce qu'on appelle le Satori ou l'Éveil. La méditation y tient une grande place. Un moine zen médite jusqu'à dix heures par jour pendant sept jours de suite presque tous les mois, dans un grand silence et une posture très déterminée. Il y a plusieurs grandes écoles comme le Sôtô, le Rinzaï… Elles ont leurs exigences, leurs disciplines propres tout en vivant le même esprit.

Le zen a été introduit en France dans les années 1960 principalement par Maître Deshimaru de l'école Sôtô. Celui que je pratique appartient à l'école Rinzaï. Celle-ci est très répandue au Japon existent de nombreux monastères. Elle a donné aussi de grands rôshis (maîtres spirituels), parmi lesquels Hakuin, le fondateur du monastère de Ryutaku-ji où je vais régulièrement vivre des temps forts[5].

Certes, cette rencontre avec le bouddhisme n'a pas été sans me poser bien des questions. J'ai été confronté à une tout autre tradition, très différente de la tradition chrétienne, tant par sa doctrine et ses rites que dans son rapport à l'Absolu. Pourtant, au contact des moines zen avec lesquels j'ai eu l'occasion de méditer, j'ai senti combien nous avions la même recherche. Si, par des voies différentes, veulent s'ouvrir à la plénitude de Vie, de Lumière, de Sagesse, de force intérieure. Et certains m'étonnent par leur qualité de présence, d'attention, de disponibilité. Aussi leur approche m'a conduit à remettre en question bien des préjugés, à découvrir chez eux toute une richesse spirituelle qui m'a obligé à la comparer à ma propre spiritualité chrétienne. J'ai compris combien je vivais mal certaines données de mon christianisme. Et leurs pratique d'intériorisation, d'unification m'a aidé à purifier et à approfondir ma foi. Certes, sur quelques points importants de doctrine, je me sens en désaccord avec eux, principalement dans ma relation à l'Absolu. Mais cette confrontation m'oblige à reconnaître et à mieux vivre toute la singularité, l'originalité de ma foi. Le christianisme n'est pas le bouddhisme. Cependant, la rencontre de ces deux traditions peut être pour le chrétien un véritable enrichissement.

Pour ma part, je pratique le zen depuis environ vingt-cinq ans et je l'enseigne depuis une quinzaine d'années. J'ai pu en découvrir les effets tant sur moi-même que sur ceux qui viennent méditer au centre que j'anime. Je peux dire qu'aucun chrétien n'a perdu la foi. Bien au contraire, elle s'est affirmée en eux. Il est sûr que le zazen peut être une excellente méthode pour aider le chrétien à vivre l'Évangile dans toute son exigence sans le retirer du monde, à mieux se connaître, à être plus présent à lui-même et aux autres.

Pourtant, je distinguerai la pratique du zazen de la « voie du zen », plus bouddhiste. Autant la pratique ne présente aucune contradiction avec la vie spirituelle chrétienne, autant la voie du zen interpelle le chrétien dans ce qu'il y a de plus essentiel dans sa foi, son rapport au Christ et à Dieu.



[1] Tout le texte de Jacques Breton est extrait par la rédaction de "Terre du ciel" du livre Vers la lumière : expérience chrétienne et bouddhiste zen, Bayard éditions centurion 1997. Il s'agit de la majeure partie de l'Introduction. Les titres ont été ajoutés par la revue.

[3] Za veut dire "s'asseoir" en japonais. Le zazen c'est le zen en assise, en méditation. Le zen se pratique aussi en dehors de la méditation, tout au long de la journée à travers les différentes activités.