Ce film d'1h10 réalisé par Patrice Chagnard  en 1983 (Productions - Comité Français de Radio-Télévision, TF1) a été proposé par " Le jour du Seigneur " dimanches 29/12/1985 et 04/01/1986. Il est disponible en DVD avec la Revue Sources (Terre du Ciel) n° 29 (11 € en 2016) : http://www.sources-vivre-relie.org/feuilleter/seul-et-ensemble/15/2.aspx ) et visible actuellement sur https://vodeus.tv/video/zen-le-souffle-nu-2231

Dans ce message, après la présentation d'Oshida et du film, vous avez les paroles du film avec la mention de l'image à laquelle les paroles correspondent, mais il n'est pas fait mention de toutes les images ni des bruits, et les photos qui sont insérés à côté du texte ne sont pas toujours à la bonne place. Ce travail est réalisé pour le blog des Voies d'Assise. Les paroles du film figuraient dans les documents que possédait Jacques Breton, il avait animé un temps de session sur ce film.

 Deux messages sont en lien avec celui-ci :

Qui est Oshida ?

Vincent Sigheto Oshida (1922-2003) est japonais. Son père est bouddhiste zen sôtô. Étudiant il pratique le zen auprès d'un maître zen. Une rencontre fait qu'il devient chrétien. Après la guerre il entre chez les dominicains et passe plusieurs années au Canada. À la suite d'un accident, il est gravement atteint de tuberculose. Convalescent au Japon, il se retire plusieurs mois dans un temple bouddhiste abandonné ; il y redécouvre le zen. En 1963 il construit un ermitage sur les hauts plateaux de Nagano près du mont Fuji. Baptisée « Takamori Soan » cette communauté devient un lieu d'accueil pour des chercheurs de toutes confessions.

Voici quelques liens :

 

Zen, le souffle nuTrois présentations du film

1/ Dans le film, Oshida converse avec Patrice Chagnard. Il parle sur un ton très expressif difficile à entendre par écrit, tout est ponctué de rires. Il évoque la nécessité pour l'homme de "revenir à sa source", de se méfier de la "troisième patte du poulet", cette fausse existence qui le détourne de sa vérité, et affirme que le zen est un enseignement sans enseignement…. Par sa double expérience religieuse, il fait le lien entre Occident et Orient, entre christianisme et bouddhisme. Le film montre la sereine campagne japonaise où se trouve son ermitage de Takamori, mais aussi la ville de Tokyo ; la guerre et Hiroshima rappellent son expérience de jeune soldat. Tout cela dresse le portrait “de ce contemplatif plein de joie et de malice, de cet ermite qui ne craint pas de se mêler à la folie du monde”.

 

2/ Ce qu'en dit Alain Woodrow dans "Le Monde" du 30 décembre 1985 :

Ce film, d'une beauté austère, est construit autour de trois pôles : le christianisme, le bouddhisme et le monde moderne. Il explore le dialogue entre catholicisme et zen :

  • “Je suis un bouddhiste qui a rencontré le Christ, dit Oshida. Chaque religion, chaque tradition mystique de l'humanité porte une vision semblable de la vérité humaine. "

Et le dialogue entre les deux Japons : celui de la culture millénaire de paix et de sagesse, symbolisée par le rituel du thé, et celui du matérialisme effréné, avec ses ordinateurs, sa production robotisée et son appât du gain, qualifié par Oshida, selon l'expression populaire, de " troisième patte du poulet ".

 

3/ Ce qu'en dit Bernard Le Laennec dans le journal "La Croix" du 16 décembre 1985 :

Oshida est-il un Japonais comme les autres ? Le visage qu'il cache derrière son sourire de Bouddha révèle une vie intérieure intense. À 63 ans, il se souvient de ses premiers pas dans le christianisme, de son entrée chez les dominicains, de ses années d'études au Canada. Mais, comme dans la civilisation moderne qu'il a vue éclater au cœur des grandes cités nipponnes, le couvent n'a pas échappé, à ses yeux, à ce qu'il appelle "l'arrogance humaine"…

Ce sont des épreuves de santé qui ont conduit Oshida à se retirer durant plusieurs mois dans un ermitage en quête de son être intérieur :

  • « J'ai voulu abandonner tout, dit-il, pour vivre mon mystère dans le Christ. »

Près des rizières de Takamori, dans sa retraite enfouie sous une nature verdoyante, Oshida a longtemps gardé le silence. Dans la méditation et la contemplation, il est allé à la rencontre de la source : « La source, dit-il, qui est tout à fait comme il y a vingt mille ans. »

De ce champ fraîchement labouré qui sent bon la terre, comme au premier jour de la création, se lève une brume bleutée : « Qu'est-ce que le zen, demande une voix, le son des gouttes d'eau sur un toit ? » Pour Oshida, le zen, c'est l'univers, le vide, l'abandon… la respiration et le regard contemplatif vers l'au-delà, la liberté où on commence à vivre selon le souffle du Bouddha.

Quand il marche dans les couloirs du métro, qu'il s'engouffre dans une rame, ou se promène dans les rues bruyantes devant les salles de Pachinko (jeu de billes électriques très populaire au Japon) où s'étourdit une foule de jeunes, Oshida s'interroge. Il se demande si l'homme n'a pas oublié « qu'au fond de l'être il y a une source, mais qu'il préfère jouer avec des images bon marché. »

Alors, dit-il, en s'enflammant :

  • « Il faut vivre vraiment la foi, vraiment prier, vraiment entrer dans la contemplation… On bavarde trop ! »

Des hauts-fourneaux des grands complexes de la banlieue de Tokyo s'échappent d'épaisses fumées qui donnent une impression obscure de fuite en avant : « Si nous ne connaissons pas la profondeur de l'origine, notre conscience s'épuise », rappelle le bouddhisme.

Or, c'est contre cette fuite que lutte Oshida. Depuis 1963, il a construit son ermitage où il accueille les chercheurs de Dieu de toutes les religions. Mais que vient-on chercher là près d'Oshida le chrétien, près d'Oshida le maître zen ? Quelque chose d'impalpable, mais d'essentiel. Pour lui, « la voie de la vie, c'est la vie… et le zen c'est la vie dans la réalité… dans la réalité nue. »…

Quelle différence y a-t-il alors entre bouddhisme et christianisme ? Oshida la résume à l'histoire de cette religieuse bouddhiste qui était venue le visiter et assister à sa messe :

  • « Elle était vraiment là, raconte-t-il, je l'ai sentie sans la regarder, je l'ai sentie… Mais après, elle ne pouvait pas quitter la chapelle, elle s'est approchée d'une autre religieuse et a confessé : “Comprends-tu le sentiment de gratitude, presque triste… ” Elle pleurait… Et quand elle est sortie, je lui ai demandé ce qui est arrivé et elle m'a dit : “Dans le bouddhisme, il y a la communion entre Bouddha et nous, communion entre deux êtres, mais, chez vous, la main de Dieu apparaît visiblement devant nos yeux.” Elle a pleuré, elle a pleuré, c'était vraiment l'Épiphanie.

Oshida a réajusté son kimono noir en s'éloignant. Dans un sourire presque d'excuse, il a encore essayé de faire comprendre :

  • « Quand on voit la fleur, la logique nous dit : la fleur n'est pas moi… moi je ne suis pas fleur, c'est logique… on dit que c'est absolu, hein ?... Mais quand je regarde une fleur, je ne suis pas coupé de la fleur, je suis fleur… fleur et moi, c'est là… unis…»

 

Zen, le souffle nu

 Paroles du film

 

Oshida, Zen ou le souffle nuOshida dans son ermitage.

Shigeto Oshida : L'image elle-même, c'est un élément du tout… alors, on ne peut pas enregistrer le silence… on ne peut pas enregistrer tout… seulement un élément. Pour présenter la Vraie réalité par l'image, il faut recréer tous les autres éléments, sinon cela devient abstrait.

 

  • Gros plan du Bouddha en bronze de Kamakura. Voix off.
       Ainsi, ai-je entendu : “le vainqueur engendre la haine, le vaincu git étendu dans la détresse, l'homme paisible se repose, abandonnant à la fois, la victoire et la défaite.”
       Il n'y a pas de concentration pour celui qui manque de sagesse. Il n'y a pas de sagesse pour celui qui manque de concentration.
       Zazen, être assis en concentration, sans objet de pensée, sans but, ni profit.

 

Oshida sur un lit d'hôpital.

Voix : vous vous êtes noyé et on vous a cru mort…

Oshida dans le temple bouddhiste qui fut le lieu de sa première retraite en solitude

S O : Noyé… mon corps était tout raide… et c'est comme ça… mon poumon était abîmé et j'ai commencé à entrer dans la vie de maladie ; et dans le moment où c'était très difficile… je n'ai pas pensé comment respirer… comment ? Même au milieu de cette souffrance, j'ai senti quelque chose de gratitude de la vie… mais j'ai souffert simplement… j'ai souffert simplement… et je n'ai pas compris qu'est-ce que c'est la souffrance mais quand je suis rentré dans le monastère, le prieur dans ce temps là m'a dit : vous ne saurez pas maintenant, mais vous saurez après, comment vous avez eu du temps précieux… qu'est-ce que c'était cette expérience de la souffrance… de l'extrémité…

J'ai gardé ces paroles tout le temps en moi….

Voix : D'être entre la vie et la mort…

S O : Maintenant je commence à goûter ça… Qu'est-ce que c'est, le mystère de la souffrance…

 

Oshida étudiant dominicain puis ensuite dans le temple bouddhiste.

S O : Dans le couvent, bien installé avec le frigidaire, avec la bière, je commençais à sentir quelque chose de la vanité, quelque chose de vains sentiments. Quand je lis la bible, ça n'entre pas vraiment en moi… alors j'ai commencé à m'asseoir dans ma chambre, tout seul ; c'était le commencement de retrouver moi-même, mes racines…

Alors dans ce sens, j'ai souffert, même quand j'ai entré dans le monastère, j'ai dit au provincial (rire) : je ne suis pas moi-même !!... Il n'a pas compris (rire).

Aussi, le même provincial, dès mon arrivée au Canada, m'a dit : votre vocation c'est de fonder l'Ordre dominicain au Japon. J'ai dit : “Non !” (rire) “Quoi ?” (rire)… J'ai dit alors, je voudrais recevoir la tradition spirituelle de l'Ordre… mais transplanter la forme extérieure de vie du Canada et de l'Europe au Japon, ce n'est pas ma vocation.

Si on me demande de le suivre, je le ferais, mais je ne pourrais pas demander ça aux jeunes gens, aux autres… et ça aussi… je crois qu'on n'a pas compris.

Voix : et aujourd'hui, vous savez quelle est votre vocation ?

S O : Je suis moi-même ! Je suis venu ici pour devenir moi-même, pour vivre simplement comme un homme qui croit au Christ. C'est ce que j'ai voulu. J'ai voulu abandonner tout pour vivre mon mystère dans le Christ.

Ce n'est pas une conclusion de ma pensée… C'était quelque voix qui m'a conduit ici.

Oshida travaille dans les rizières de Takamori, puis intérieur d'un temple bouddhiste.

S O : J'ai rencontré la source près d'ici. La source qui est tout à fait comme il y a 20 000 ans. La deuxième rencontre, rencontre avec la culture la plus ancienne du Japon, qui était encore sensible ici dans ce village. Ces deux rencontres m'ont attiré, m'ont fait sentir quelque chose de providence, près de Tokyo mais, tout à fait…

Voix : c'était retrouver vos racines ?

S O : Oui en même temps le dialogue avec ma racine est aussi dialogue avec la civilisation moderne.

 

Centre de Tokyo la nuit ; intérieur d'un taxi.

S O : On se réjouit avec innocence… alors il y a quelque chose de vide… ici, nous sommes dans le centre de l'imagination de l'homme… c'est une sorte de l'Être, un mode assez mécanique, assez vide, assez artificiel. C'est joyeux… On peut s'amuser comme des enfants… mais… mais…

Voix : C'est une sorte de prison…

S O : Mais ce n'est pas toute la vie, hein ! (rire)

Par la fenêtre on aperçoit la ville illuminée.

comme la ville, grande ville d'autrefois, dans l'ancien temps, c'est plein d'arrogance humaine… c'est beau ! mais c'est tout à fait… tout est l'Homme ici…

Voix : Il n'y a que l'homme…

S O : … oui… alors c'est fatiguant, un peu hein ? … (rire)

 

  • Zen, Le souffle nu, extrait

    Pendant que trois moines prennent leur petit déjeuner, une voix off :
       « Ô Saritputra, toute existence a le caractère du vide ; c'est pourquoi, il n'y a ni couleur, ni son, ni odeur, ni goût, ni toucher, ni objet de pensée, ni savoir, ni ignorance.
       Le début et la fin ont la même origine, noble ou vulgaire, à votre guise. »

 

  • Paysage : brume au ras d'un champ fraîchement labouré. Une voix off :
       « Qu'est-ce que le zen ?
       - Un bâton à merdes !...
       - Le son des gouttes de pluie sur un toit. »

 

Oshida dans son ermitage.

S O : Nous goûtons les choses, juste du point de vue de notre conscience ordinaire ; et là, nous utilisons la logique… nous imaginons notre forme ; par exemple, nous pensons que la forme doit être triangle, rond ou carré, mais en réalité, dans la nature, il n'y a rien là, comme ça… c'est plus délicat, hein… mais, nous pensons que la forme c'est quelque chose comme ça… et nous vivons dans cette sphère… nous bâtissons des bâtiments comme ça et nous pensons de notre manière logique.

Mais c'est une sorte de prison. »

 

Calligraphie zen : l'univers.

S O : Quand on voit la fleur, la logique nous dit : la fleur n'est pas moi… moi je ne suis pas fleur, c'est logique… on dit que c'est absolu, hein ?... Mais quand je regarde une fleur, je ne suis pas coupé de la fleur, je suis fleur… fleur et moi, c'est là… unis…

 

Calligraphie zen : le vide.

S O : Dans le bouddhisme zen, il y a deux points : c'est la respiration naturelle et le regard vers l'au-delà…

Le regard n'est pas fixé sur les phénomènes… un regard déjà contemplatif, ni l'extérieur, ni l'intérieur ; un regard libéré.

Deux points, deux colonnes, c'est la liberté où on commence à vivre selon la lumière de l'au-delà… selon le souffle de Bouddha… alors le vide, ce n'est pas le vide…

Voix : Ce n'est pas le néant…

S O : Ce n'est pas le néant…  c'est plutôt plénitude de l'autre chose, plénitude de l'autre vie…

 

Paysage : homme dans un champ.

Voix : Au fond de l'être…

S O : Au fond de l'être… oui.

Voix : il y a une source…

S O : Il y a une source… alors nous avons oublié la source et nous jouons avec des images "bon marché" (rire) … et… nous disons ça, civilisation, culture etc…

Voix : On est devant la vitrine…

 

  • Le thé dans Zen, le souffle nu

    Cérémonie du thé. Voix off.
       Dans le zen, on recherche la vérité par la discipline de la méditation, tandis que dans la voie du thé, c'est l'entraînement dans le geste, propre à la préparation du thé que l'on utilise, pour arriver au même but…
       Sachez écouter et être sensible au frémissement de l'eau lorsqu'elle coule d'une louche de bois, dans un bol ou une bouilloire. C'est dans la pureté de ce son que se trouve le royaume du non-attachement.
       Le goût du thé et le zen ne sont qu'une seule et même chose.

 

Extérieur du temple bouddhiste de Takamori.

S O : Tout le monde rencontre Dieu… mais Pierre était Pierre, Jean était Jean ; ce n'est pas nécessaire de changer le caractère naturel… c'est le mystère de… Dieu.

Voix : De l'identité…

S O : Oui, mais… je suis saisi par quelque mystère du Christ… mystère du Christ…

Voix : et cela s'est passé comment ?

S O : Je sais pas… je sais pas (rire)… À quel moment ? Je ne sais pas… c'est au-delà de ma conscience. Je n'emploie pas cette expression souvent, seulement deux, trois fois dans ma vie : “Je suis bouddhiste qui a rencontré le Christ.”

Mais cette expression est pour moi… c'est vrai, pour toujours…

 

Oshida célébrant.

S O : Un saint Dominique, ne pouvait pas s'arrêter, il a marché tout le temps… il a marché tout le temps… c'est la sincérité, cœur rouge de sincérité…. alors même l'Ordre dominicain est devenu un peu trop du côté de l'idée (rire), hein ?...

 … de vivre vraiment la Foi : vraiment PRIER ; au lieu de prier vraiment, pour vraiment entrer dans la contemplation.

On bavarde trop !!

Excusez-moi !

Voix : C'est pas donné à tout le monde de pouvoir prier ?

S O : Oh non, on doit le désirer… tout le monde doit désirer cela, tout le monde parce que c'est pour ça que le charisme du baptême a été donné ; c'est pour grandir ; tout le monde doit désirer grandir, s'approfondir !...

 

Oshida dans son ermitage.

S O : Un, plus un, est deux. Quoi ? J'en ai douté quand j'étais enfant, hein… J'accepte comme une vérité, mais ce n'est pas toute la vérité.

Un, plus un, devrait être : Un.

Un, c'est l'expression du tout ; un tout, plus l'autre tout, c'est un troisième tout.

Qu'est-ce que c'est que : un, plus un, est deux ? Si un, plus un, devient deux, voilà la tragédie de l'Afrique qui commence, par la domination, de calculation des pays avancés (rire).

 

  • Zen, le soufle nu, peinture zen

    Peinture zen. Voix off :
    Un jour que Pootche accompagnait son maître MA-TSU dans sa promenade, il lui demanda :
    – Qu'est-ce que le "grand Nirvana" ?
    Le maître dit :
    – Hâtez-vous
    – En quoi dois-je me hâter maître ?
    – Regardez le torrent.

 

  • Dans la banlieue de Tokyo, haut-fourneau. Voix off :
       Si nous ne connaissons pas la profondeur de l'origine, notre conscience s'épuise.
       Le feu brûle, l'air se meut, l'eau mouille, la terre supporte… Les quatre éléments du corps retournent de même à leur source comme l'enfant retourne à sa mère.
       Arrêtez tous les mouvements de l'esprit conscient, n'ayez aucun désir de devenir un bouddha. Za zen est la manifestation de la réalité ultime.     Une fois que vous avez saisi son cœur, vous êtes semblable au dragon quand il arrive à l'eau, et semblable au tigre quand il pénètre dans la montagne.

 

Oshida marche dans la forêt ; on le retrouve assis près d'une source.

S O : Mais… si cette source n'existe pas ici, on ne peut pas avoir cette circonstance… cet écho… C'est précieux… alors… si on veut vendre cette eau à quelque compagnie de touristes pour gagner de l'argent, cela veut dire qu'on est seulement manipulé par la troisième patte du poulet qui est l'argent.

Voix : Qui est l'argent…

Oshida près de la sourceS O : Oui… mais l'eau ce n'est pas quelque chose qu'on doit vendre. Aujourd'hui, on vend le terrain : c'est pas quelque chose à vendre ! Mais à cause de la troisième patte du poulet, de l'Occident, on commence à vendre ici, même ici.

On réorganise le terrain pour vendre.

Qui a le droit pour ça ? : Le paysan.

Quand il parle de la patte du poulet, pense à la patte vraie, réelle, mais la patte du poulet qu'on emploie comme seulement l'idée, peut devenir la gauche, peut devenir la droite, peut devenir tous les deux ; c'est-à-dire… ce n'est pas la patte droite ni la patte gauche, c'est la troisième patte du poulet.

Si la troisième patte du poulet est liée avec la patte réelle, c'est bien mais si ça commence à marcher tout seul, c'est désastre (rire)… corps… esprit…

La troisième patte du poulet commence à marcher toute seule… isolément…

Mais par exemple, en japonais, si on dit “Karada”, ça implique tout.
"Wakashimi karada" signifie aussi, mon esprit, mon intelligence, mon corps… c'est mon existence…
"Ikimi" signifie le corps vivant.

Jésus a dit : “mangez mon corps” : ce n'est pas le corps matériel. “Mangez-moi, tout intégralement, mon mystère…”

 

Il y a trop de troisième patte de poulet en Europe aujourd'hui… mais dans le monde avec technologie… les Japonais commencent à sentir se diviser en deux : on aime le silence, mais ça devient de plus en plus bruyant… ça divise… alors la nostalgie de l'identité commence à apparaître plus claire maintenant.

Voix : Est-ce que ce n'est pas simplement la nostalgie d'un monde un peu mystique que ce décor qu'on voit là en ce moment ? Je veux dire une source, une forêt et puis voilà… comme si le vrai réel était là…

S O : C'est la nostalgie de l'être humain qui existe partout et toujours, parce que nous sommes nés là… mais on doit connaître quelques beautés de la création humaine, quelques petites beautés…

On pleure d'être saisi par le mystère de la vie sur cette planète, seule planète vivante… alors, pourquoi on veut la frontière ! Pourquoi on fait la bataille !... C'est tellement précieux cette terre ! On pleure… c'est l'homme… la troisième patte du… poulet qui est l'instrument du diable.

On doit revenir à la racine… oui…

Les techniques sont la composition parfois de la troisième du poulet mais le temps est venu pour s'éveiller.

 

  • Peinture zen… puis différents plans du centre de Tokyo. Voix off :
    Le temps est venu de s'éveiller.
    La parole reçue doit être comprise à sa source ; vous avez eu la chance unique de prendre forme humaine.
    Ne perdez pas votre temps.
    Avancer est une affaire de quotidienneté.

 

Une usine autogérée par les ouvriers de la banlieue de Tokyo.

Le responsable : Il y a un an, la boîte a déclaré faillite brutalement ! sans nous prévenir. On l'a appris par le journal !

D'abord, il y a eu colère et l'humiliation… puis on s'est dit : il faut continuer à travailler… Pour gagner notre vie, mais surtout pour mettre à l'épreuve ce à quoi on croit. Est-ce que c'est possible de travailler… sans gestionnaires, sans patrons. Si on n'ose pas faire ça, on n'avancera jamais… Que la société soit capitaliste comme ici, ou bien socialiste… c'est pas parce que les patrons changent que la vie change… Dans un système comme dans l'autre, il faut que ça parte de la base. C'est à nous de jouer en ne comptant que sur nous-mêmes… c'est ça le défi qu'on a voulu relever ! Ce mur nous a été imposé… la justice nous a contraint… d'accepter ce terrain… sur lequel nous sommes… alors qu'avant, toute l'usine était à nous. Pour nous, c'est un peu comme le mur de Corée… ou le mur de Berlin.

 

  • Voix off :
    Une seule fleur s'épanouit et c'est partout le printemps.

 

Oshida dans le métroIntérieur du métro. Des gens dorment.

S O : Dans quelques situations, on peut rencontrer Jésus ressuscité ; si on rencontre quelqu'un dans la paix profonde, dans la crise, vraiment, on sent la marche de Jésus ressuscité. Le mystère du Christ, c'est vraiment dans l'histoire aujourd'hui ; mais les médias ne peuvent pas prendre ça… mais ça existe… (rire).

 

  • Chant des Sutras.
    La forme est vide.
    Le vide est forme.
    Grâce à cette sagesse qui conduit au-delà
    il n'existe ni peur, ni crainte.
    Toute illusion, tout attachement sont éloignés.
    Aller, aller…
    Aller ensemble
    Au-delà du par-delà
    complètement éveillés
    Salut !

 

moine zenEntretien avec le responsable de la petite communauté bouddhiste de Shimoda. Oshida traduit :

Son père est mort dans la guerre quand il était en troisième année de première école… alors, il a pensé toujours quelque chose qui est au-delà de la vie et de la mort et qui rend la vie vraiment importante…

Sous-titre : Chaque fois qu'on exprime quelque chose d'important, c'est à partir de ce qui nous meut, au fond, mais si on cherche à saisir ce fond, ça nous échappe… ça devient autre chose…

Voix : Est-ce qu'ils pourraient nous dire ce qu'est, pour eux, l'essentiel au fond de l'enseignement du Bouddha ?

S O : L'essentiel ? Ce qui est important… c'est l'enseignement qui n'enseigne rien ; ce n'est pas l'enseignement selon le mot ordinaire…

La pratique n'a rien à voir avec un enseignement…

Sous-titre : C'est justement ce désir de recevoir un… enseignement à quoi il faut d'abord renoncer.

S O : C'est la voie de la vie, c'est la Vie… Alors le zen n'est pas quelque chose de spécial, c'est la vie dans la réalité, dans la réalité de nudité… (il traduit). Même dans le zazen, même dans la mendicité, là, on s'engage avec le monde, on ne veut pas s'échapper de là… (rire)

… (s'adressant aux moines : C'est pas du tout les réponses qu'ils attendaient… rire…)

 

Oshida dans la rizièreExtérieur rizière à Takamori. Oshida conduit un motoculteur.

S O : Peu à peu, on commence à sentir : “ce n'est pas moi qui vis” et on commence à sentir : ma manière de voir la réalité, c'est un peu différent des autres… Qu'est-ce que c'est ? Mais on voit différemment… on sent différemment.

Voix : Vous avez fait cette expérience vous, avant de venir au christianisme ?

S O : Non, franchement pas… Non ! Après, quand j'étais malade, longtemps après, 26 ou 27 ans, quand j'étais très malade, après cette expérience de la maladie fatale, j'ai commencé à sentir quelque chose comme ça, mais je ne savais pas qu'est-ce que c'était…

Voix : C'était la rencontre avec la mort ?

S O : Oui… on ne peut pas dire la rencontre, mais… j'étais tout à fait en face de la mort… C'était… le mystère… mais ma conscience demeurait toujours, ma conscience ordinaire…

Photo d'Oshida sur un lit d'hôpital

… En revenant de ça, je commence à sentir ma manière de voir un peu différente des autres, à travers quelques années…

Voix : Par rapport à la souffrance, le bouddhisme et le christianisme ont des visions tout à fait différentes, non ?

S O : La souffrance d'un homme juste, d'un homme qui cherche Dieu, je crois que c'est la même souffrance… mais la souffrance du pécheur, de celui qui souffre à cause de son attitude contre Dieu… ce n'est pas quelque chose d'important, de positif ; mais la souffrance qui se sert de la disparition de soi-même, ça vaut de la même manière pour le bouddhisme ou le christianisme.

Mais le mystère du Christ c'est… chaque religion, chaque tradition mystique de l'humanité porte cette vision semblable de la vérité humaine. Le sens de la souffrance, le sens du nouveau monde, nouvelle vie, de l'absolu…

Mais cette vision qui est devenue l'événement concret dans l'histoire… là il y a quelque chose de spécial dans notre tradition je crois…

par exemple… dans la Messe, c'était une religieuse bouddhiste qui nous a visité et a assisté à la Messe ; elle était vraiment là, je l'ai senti, sans la regarder, je l'ai senti… Mais après, elle ne pouvait pas quitter la chapelle, elle s'est approchée d'une autre religieuse et a confessé : “comprends-tu, le sentiment de gratitude, presque triste…” elle pleurait, pleurait… et quand elle est sortie, je lui ai demandé ce qui était arrivé, et elle m'a dit : “Dans le bouddhisme, il y a la communion entre Bouddha et nous, communion entre deux êtres, mais chez vous, la main de Dieu apparaît visiblement devant nos yeux.” Elle a pleuré, elle a pleuré, c'était vraiment l'épiphanie pour elle.

Voix : Et cela vous a touché ?

S O : Oui l'épiphanie… elle a rencontré le Christ dans le sacrement. Elle croit au Christ, ce n'est pas à travers des paroles, c'est arrivé comme ça… 

mais la vision de la souffrance, la vision de l'homme, la vision de la nouvelle vie : ces choses existent dans tous les courants authentiques de l'humanité je crois… alors si on est sincère dans chaque tradition, le bon Dieu le sait…

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