Le regard zen par Thich Nhat Hanh
Passer du regard superficiel au regard plus profond, cela change toute notre perception. Les trois textes mis ici nous introduisent à ce que Thich Nhat Hanh appelle "inter-être", une notion fondamentale .
Thich Nhat Hanh était un maître zen vietnamien, il est décédé il y a quatre ans, le 22 janvier 2022, ce message lui rend hommage. Avec d'autres il a fondé le Village des pruniers situé près de Bordeaux (cf. https://plumvillage.org/fr/a-propos/thich-nhat-hanh/biographie).
Les trois textes mis ici viennent du livre 365 jours zen, textes réunis par Jean Smith, traduits de l'anglais par Claire Fontaine publié au Courrier du Livre en 2000, et réédités depuis.
Le regard zen sur la réalité, sur nous-même ou sur les autres est très important et vous trouvez un autre éclairage dans le message Conscience-flèche et conscience-coupe (K-G Dürckheim) ; regard zen.
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Le regard zen
Quand le Bouddha dit : « Ne vous accrochez pas au passé », il nous conseille de ne pas nous laisser envahir par le passé.
Il ne nous dit pas de ne pas prendre en considération le passé et ne pas y poser un regard profond.
Si nous sommes bien enracinés dans le présent, quand nous regardons le passé et y posons un regard profond, le passé ne nous envahit pas.
Les matériaux du passé, qui ont construit ce présent, trouvent leur explication quand ils s’expriment dans le présent. Ils nous apprennent quelque chose. Si nous observons ces matériaux avec un regard profond, nous pouvons en avoir une compréhension renouvelée. Cela s’appelle : « Regarder quelque chose d’ancien afin d’apprendre quelque chose de nouveau. » Si nous voyons clairement que dans le présent réside le passé, nous comprenons que nous pouvons changer le passé en transformant le présent. Les fantômes du passé, qui nous suivent jusque dans le présent, appartiennent aussi au moment présent. Les observer avec un regard profond, les transformer, c’est transformer le passé.
THICH NHAT HANH
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Si vous êtes poète, il vous sera facile de voir le nuage qui flotte au-dessus de cette page. Sans le nuage, il n’y a pas de pluie, sans la pluie, les arbres ne peuvent pas pousser et sans arbre on ne peut pas faire de papier. Le nuage est indispensable à l’existence du papier. Si le nuage n’est pas là, la page ne sera pas ici. C’est ainsi que l’on peut dire que le nuage et le papier sont en « inter-être »…
Si notre regard pénètre plus profondément dans cette page de papier, on pourra voir le soleil briller. Si le soleil ne brille pas, la forêt ne peut croître. En réalité, rien ne peut croître… et si l’on continue à regarder, on va voir le bûcheron couper le bois et l’apporter au moulin qui va le transformer en papier. Et l’on voit aussi le blé. Nous savons que le bûcheron ne peut pas vivre sans son pain quotidien. Voilà pourquoi, le blé devenu pain est ici présent dans cette page. Le père et la mère du bûcheron y sont ici aussi. Avec un tel regard, on voit que cette page n’existerait pas sans le concours de tous ces éléments. Et si notre regard peut aller encore plus loin, nous nous y verrons nous-mêmes. Ce n’est pas difficile, car lorsque l’on regarde une page de papier, la page est une part de notre perception.
Votre esprit est ici ainsi que le mien. Voici pourquoi l’on peut dire qu’avec cette page, tout est là.
THICH NHAT HANH
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Souillé, immaculé. Sale, pur. Ce ne sont que des concepts que forme notre mental. La jolie rose que nous venons de cueillir et de placer dans un vase est pure. Elle est fraîche, elle sent bon. Une poubelle, c’est le contraire. Remplie d’ordures, ça sent horriblement mauvais.
Mais ce point de vue est un point de vue superficiel. Si nous portons un regard un peu plus profond, nous verrons que dans cinq ou six jours, la rose fera partie des ordures. Inutile d’attendre cinq ou six jours d’ailleurs, si nous avons un regard profond et regardons bien la rose, nous voyons dès maintenant. Et si nous regardons dans la poubelle, nous pouvons voir que dans quelques mois, son contenu sera transformé en ravissants légumes et peut-être même en rose. Si vous êtes un bon jardinier biologique, en regardant la rose, vous voyez les ordures et en regardant les ordures vous voyez la rose. Les roses et les ordures sont en « inter-être ». Sans rose, pas d’ordure et sans ordure, pas de rose. Elles ont grand besoin l’une de l’autre. La rose et le tas d’ordures sont sur le même plan. Le tas d’ordures est absolument aussi précieux que la rose. Si nous portons un regard profond sur les concepts d’impureté et de pureté, nous sommes ramenés à la notion d’ « inter-être ».
THICH NHAT HANH