Voici un message de référence sur le kinomichi, la deuxième partie étant destinée surtout à ceux qui le pratiquent déjà ou à ceux qui s'intéressent à l'évolution de cet art créé par maître Masamichi Noro.

Jacques Breton (à qui est dédié ce blog) était ami de maître Noro et a accompagné l'évolution du kinomichi depuis sa création à partir de l'aikidô. Il était persuadé de la nécessaire complémentarité du kinomichi par rapport au zen (cf. Ecrits de Jacques Breton sur Maître Noro et le kinomichi). Le centre Assise, par l'intermédiaire de Françoise Paumard qui l'y enseigne, est relié à de nombreux Dôjôs en France et dans le monde, et un certain nombre d'articles et de livres ont été publiés, ceux qui sont facilement disponibles sont cités ici. Par ailleurs maître Noro a petit à petit mis en place des classifications et des structures pour la transmission de son art, et les responsables de la KIAA continuent son œuvre à ce niveau. Le présent message essaie de donner les principes du fonctionnement de la transmission.

En première partie, après des liens avec la KIIA et la FFAAA, se trouvent les listes des principaux documents disponibles, et après un bref historique extrait d'un article de la revue Dragon, en deuxième partie figurent les principaux éléments de la classification qui sont utilisés dans les cours avec les différents types de mouvements proposés, que ce soit à mains nues ou avec un prolongement (canne en bois, sabre en bois ou en métal).[1]

 

La transmission du kinomichi :

Documents disponibles, principes de la nomenclature…

 

kinomichi nomenclatureSites de la KIIA et de la FFAAA :

  • La KIIA (Kinomichi International Instructors Association) : www.kiia.net On y trouve plusieurs choses : le calendrier complet de tous les stages de Kinomichi proposés par les différents instructeurs et enseignants ; la carte de tous les endroits où pratiquer le Kinomichi en France et dans le monde ; des documents ou vidéos…
  • La FFAAA (Fédération Française d’Aïkido, Aïkibudo et Affinitaires) : www.aikidō.fr On y trouve la revue "Aïkido Magazine" avec les archives en téléchargement gratuit.

 

I – Principaux documents disponibles

 

a) Livres sur le Kinomichi :

  • La pratique du Kinomichi avec Maître Noro, Daniel Roumanoff, éd. Critérion, 1992.
  • Le Kinomichi, du mouvement à la création, Raymond Murcia, éd. Dervy, 1996.
  • Le Kinomichi : le chef d’œuvre de Maître Masamichi Noro, un art martial sans combat, Bernard Hévin éd. Dervy, 2014.

 

b) Messages sur le kinomichi figurant sur le présent blog :

 

c) Articles parus dans Aïkido-Mag devenu Aïki-Mag en 2013, le Magazine de la FFAAA à laquelle le kinomichi est affilié

 

Date

Titre (lien vers pdf du numéro)

Auteur

pages

2003 Décembre

Le mouvement universel du Kinomichi

Masamichi Noro

4-7

2005 Juin

La beauté intérieure du geste

Entretien avec Françoise Paumard, Catherine Bazin, Martine Pilet, Françoise Weidmann

10-13

2006 Décembre

Une culture de l'accueil

Christophe Génin

14-16

2007 Juin

Le mouvement et la spirale

Raymond Murcia

16-18

2007 Décembre

Le Kinomichi et les neurones-miroir

Andreas-Lange-Böhm

16-19

2008 Juin

Système de motivation et d'initiation d'action

Andreas-Lange-Böhm

16-19

2008 Décembre

De la relation à soi à la relation à l'autre

Bernard Hévin

20-22

2009 Juin

L'harmonie absolue

Lucien Forni

14-17

2009 Décembre

Le Kinomichi au regard de la tradition

Pierre Willequet

20-23

2010 Décembre

Au coeur de l'art

Jean-Pierre Sarton

14-17

2011 Juin

Universelle harmonie

Hubert Thomas

12-15

2011 Décembre

Noro Masamichi: 50 ans d'enseignement, de transmission et de partage en France

Lucien Forni, Jean-Pierre Cortier, Françoise Paumard, Hubert Thomas

14-17

2012 Juin

La jouissance du mouvement

Jean-Pierre Cortier

16-18

2013 Juin

Hommage à Maître Noro

Maxime Delhomme

12

2016 Janvier

Le Kinomichi "Au coeur du mouvement"

Hubert Thomas

8

2016 Juin

Le Kinomichi au Pays du Soleil Levant

Hubert Thomas

10

2018 janvier

Kinomichi, un été bien rempli

Catherine Auffrey

17

 

d) Articles parus dans d'autres revues que Aikidō-Mag.

 

Les trois premiers se trouvent sur le blog des Voies d'Assise. Une partie des autres liens se trouve sur http://90plan.ovh.net/~kinomich/new/fr/publications

 

Date

Revue

Titre (lien éventuel)

Auteur

précision

1984

Cahier du Centre Dürckheim

La méthode de maître Noro, le Kinomichi

Pierre Willequet

Entretien avec
 Me Noro

1989

Sources n° 23

Prière du corps, le Kinomichi

Pierre Willequet

Entretien avec
 Me Noro

1990

Terre du ciel n° 4

Union entre terre et ciel : le Kinomichi

Bruno Solt

Entretien avec
 Me Noro

Juillet 1997

Tao Yin N° 3

Le Kinomichi® du Maître Masamichi Noro

Georges Charles

 

?

Dragon Magazine spécial Aïkido n°s12 à 16

#Chroniques de Masamichi

Pierre Fissier

6 chroniques 

Décembre 2001

Alternative santé L'impatient n°284

Kinomichi, Art du mouvement

Bénédicte Fiquet

Reportage

Mars  2002

Psychologies

Entrez dans la spirale du Kinomichi

Christine Delmar-Honen

Reportage

Avril 2002

Santé Fitness

Kinomichi : Faites le plein d'énergie

Christine Delmar-Honen

Reportage

Printemps 2003

Génération Tao

Le fondement de l'existence, c'est l'harmonie

La rédaction

Entretien avec
 Me Noro

2003

Femme Actuelle
(1 page)

Le Kinomichi pour le Corps et l'Esprit

La rédaction

Reportage
pub
2 février
2004
L'Express Mag
(1 page)

Les Orientaux du moment

La rédaction

Reportage
pub

Mai-juillet 2006

Energie - Aikidō HS 1, p. 50-53

L'harmonie créatrice d'énergie

Frédéric Marquette

 

Mai-juillet 2007

Energie - Aikidō HS 2 p. 42-45

Le Ki dans le mouvement

Françoise Weidmann

 

2007

Dragon Magazine 16, p. 20-26

Dans la spirale du Kinomichi

Philippe Nguyen

 

11 avril
2008

Aikidōka.fr

Maître Noro, un homme en paix

Manou

Entretien avec
 Me Noro

Mai-juillet 2008

Energie - Aikidō HS 3 p. 38-41

Energie et création
"My way…"

Annegret Mess

 

Mai-juillet 2009

Energies – HS 4, p. 28-31

De l'intérieur vers l'extérieur

Françoise Paumard

 

Avril-mai
2010
Energies – HS 5
p. 56-60

Le chemin du cœur

Christophe
Génin
Portrait de
 Me Noro

2014

Dragon Magazine n° 13
p. 14-22

Sur la voie du cœur

Jean Paoli interview
Jean-Pierre Cortier,
Lucien Forni, 
et Hubert Thomas
+ encart Claire Darjo

 

 

 

II – Principes de base de la nomenclature des mouvements en Kinomichi

 

1) Petite histoire de l'élaboration de la nomenclature des mouvements.

(Extraits d'une interview de Hubert Thomas, Lucien Forni et Jean-Pierre Cortier par Dragon Magazine n° 13, en 2014, puis citation de maître Noro)

● De 1979 à 2007 avec la création de la KIIA et l'entrée à le FFAAA en 2001.

Maître Noro dans le jardin Albert KahnDragon Magazine : En 1979, maître Noro, grand expert formé l'aïkido par le grand maître Morihei Ueshiba, a créé sa propre voie, le kinomichi. Vous a-t-il confié ses motivations ?

L F : Il a souvent évoqué ses motivations sur le tatami. Il dénommait alors sa discipline "anti-art martial" car la notion de martialité était trop connotée, en Occident, à la dualité attaque / défense, et cela lui déplaisait. Il voulait une pratique avec un partenaire, un vrai partenaire, pas un adversaire. À l'époque, il a commencé à parler d'un art de vivre.

J-P C : Maître Noro me confia un jour qu'il ne voulait plus de cette dualité propre à l'aïkido « Attaquer et défendre ». Au contraire, son ambition était de créer un art d'ouverture et d'unité, et il souhaitait l'inscrire dans la durée, pour les siècles à venir. « Il est criminel d'adresser son propre corps », disait-il.

H T : Il était animé par un désir profond : approcher de l'art qu'il avait connu avec Morihei Ueshiba. Pour cela il voulait faire de son art une dynamique qui se rapprocherait au maximum de ce qu'il avait vu et vécu. […]

 Comment évoquait-il le kinomichi par rapport à l'aikidō de son maître ? N'a-t-il pas voulu ancrer son art dans une certaine modernité, une sorte de révolution dans la pratique martiale ?

J-P C : Maître Noro considérait Morihei Ueshiba comme le plus grand génie des arts martiaux de son temps. Il me disait : « Maître Ueshiba a transformé plusieurs fois son art au cours de sa vie. J'ai modifié le mien aussi. » J'aime à penser à cette réflexion dont me fit part un jour un de mes proches : « Ce que maître Ueshiba a rêvé, Noro l'a fait.»

 H T : Il me disait souvent : « Il faut développer le kinomichi, mais n'oubliez pas que vous faites de l'aïkido. » Bien sûr, il y a une différence entre le kinomichi et l'aïkido. Je me suis adapté assez rapidement du fait qu'il pratiquait et enseignait déjà les prémices du kinomichi dans les premières années de son arrivée en France.

Concernant la modernité, elle se traduit par deux éléments pour la pratique et l'enseignement :

– une parité hommes / femmes à qualification et compétence égales, ce qui n'était pas accessible dans les années 1960 où il y avait très peu de femmes qui pouvaient suivre les cours de maître Noro ;

– l'avancée dans l'âge. Grâce au kinomichi, malgré les problèmes potentiels physiques, les pratiquants peuvent continuer leur pratique par un système gradué d'initiations. […]

Nouvelle voie, évolution philosophique technique de son art, maître Noro vous a-t-il associés à la création d'une nouvelle nomenclature, d'une nouvelle initiation ?

 J-P C : Les figures et les techniques que maître Noro a créées sont le fruit de ses seules recherches et de ses rencontres. Quatre d'entre elles[2] ont été des plus déterminantes. Karlfried Graf Dürckheim avec lequel maître Noro s'était lié d'une profonde amitié et qu'il voyait souvent[3]. Notre maître se plaisait à dire : « J'ai eu trois pères : mon père biologique, maître Ueshiba et Dürckheim. » Il fit une rencontre tout aussi déterminante avec Marie-Thérèse Foix et Gisèle de Noiret, toutes deux kinésithérapeutes et disciples du célèbre docteur Pécunia, spécialiste en médecine mécanique. Elles l'ont aidé à recréer son corps meurtri par ce terrible accident de voiture d'avril 1956, par des mouvements d'étirement et d'ouverture exceptionnels. Maître Noro les introduits dans ses initiations et nous les a offerts. Je dois aussi parler du Dr Lily Ehrenfried, créatrice de la Gymnastique Holistique[4], qui a entretenu des liens d'amitié avec notre maître et qui nous a fait bénéficier de ces cours.

L. F. : Son kinomichi, il l'avait dans la tête. Il nous a d'abord montré deux mouvements de base et il nous a observés. Il a fait pareil avec les autres mouvements de base. De cette observation attentive ont résulté les premières initiations : nous étions ses "cobayes", disait-il. Ces mouvements, il nous les a enseignés sur différentes formes d'approche. Mouvements et formes étaient très proches de l'aïkido, mais faits et nommés différemment. C'est ainsi qu'en 1981 il a établi 111 mouvements sur 8 formes d'approche, puis quatre niveaux d'initiation différents. Donc, déjà en 1981-82, on avait cette première nomenclature.

À partir de 2001, il y a eu une autre époque qui correspond en gros à la création de la KIIA[5], à notre entrée à la FFAAA et à la création du monitorat fédéral. Pour cet examen, il fallait compléter la nomenclature du kinomichi. J'ai eu l'honneur de participer à cette réflexion quand il le souhaitait.

H T : Maître Noro a fait la nomenclature du kinomichi. J'en ai été un témoin éduqué et associé au raisonnement lors de nombreuses soirées de travail. Lucien Forni a aussi été amplement consulté et associé à l'élaboration de cette évolution. Ses choix, pour des raisons multiples, linguistiques, corporelles, symboliques, ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont la résultante de tout un ensemble de raisonnements. Cette nomenclature n'est pas modifiable parce que nous n'avons pas le niveau pour la modifier. Une partie a été déposée pour le diplôme fédéral en France, à la FFAAA.

Pourquoi l'a-t-il faite ? Parce que, sans nomenclature et sans mouvements corporels déterminés, il n'y a pas de possibilité de transmettre un art. Il a aussi validé des groupes de niveaux d'instructeurs et de pratiquants dans la lignée des titres qu'il avait commencé à attribuer en 1988. Le collectif de ces groupes a la charge de la transmission de l'art grâce à cette nomenclature.

 

● En 2007 maître Noro veut la nouvelle étape du cœur (shin).

« Au début de mon enseignement, on approchait de mon maître Moriheï Ueshiba par l'étude technique. J'ai voulu que mes élèves suivent la direction du Ki (énergie/souffle) alors j'ai créé le Kinomichi. Aujourd'hui, c'est une nouvelle étape : je veux qu'ils abordent le Shin (cœur), qu'ils étudient la Voie du souffle et du cœur (Ki shin). Le moyen de cette étude est le grand ensemble des techniques. Les techniques sont la porte du cœur et doivent porter le cœur avec énergie. Je n'ai jamais trahi l'enseignement de mon maître. La fidélité est la tradition japonaise. »

 

2) Principes de base de la nomenclature.

 

Préalable. Le vocabulaire japonais et la prononciation.

Le vocabulaire utilisé pour désigner ce qui est spécifique au kinomichi est japonais, une grande partie venant de l'aikidō. Pour pouvoir lire la suite de ce message, voici quelques indications sur la prononciation des mots japonais écrits en caractères romains (mais parfois on a l'habitude de prononcer certains mots à la française).

En japonais toutes les lettres se prononcent, contrairement au français où il y a beaucoup de lettres muettes, et où deux lettres sont parfois associées. Par exemple on le sait pour aikidō (aïkidô) ; le "n" doit toujours s'entendre (on le sait pour zen).

Les voyelles A, I et O se prononcent comme en français ; le E se prononce toujours "é" (omote se prononce "omoté") ; le U se prononce toujours "ou" (uke se prononce "ouké").

Le G se prononce toujours "gu" (nage se prononce "nagué") ; le H se prononce avec une forte expiration (hakama devrait se prononcer autrement que "akama") ; le R se prononce presque "l" (tori devrait presque se prononcer "toli") ; le S se prononce toujours "ss" et le W se prononce "ou" comme en anglais (wasa se prononce "ouassa).

Le même caractère peut donner lieu à plusieurs prononciations, et dans les mots composés, la prononciation peut changer.

 

a) La base de la nomenclature créée par maître Noro.

(Dans les années 1980) « Sorti des organigrammes de l'Aikikaï, Noro senseï construit sa propre classification. Il procède mathématiquement, rangeant les "techniques" par nombre cardinal (un, deux, trois, quatre, cinq / i, ni, san, yon, go) en ciel (ten) ou terre (chi), positif (omoté) ou négatif (ura) et les "formes de contact" par nombre ordinal (première… seizième). Le tout est classé en cinq niveaux, ayant chacun son tableau de mouvements à connaître relativement à la maîtrise des formes de contact. Ces cinq niveaux suivent la symbolique qu'il enseigna dès ses débuts : glace, eau, vapeur, atome, principe unique. » (Christophe Génin, article " Le chemin du cœur " p.3)

 

Maître Masamichi Noro a donc retenu 10 techniques de bases, classées en ciel (ten) et terre (chi) : dans les techniques dites de terre la poussée est vers le bas, et dans celles de ciel la poussée est vers le haut… mais c'est plus compliqué que ça !

La classification utilise les chiffres : 1 (ichi) ; 2 (ni) : 3 (san) ; 4 (yon, mais aussi shi) ; 5 (go) :

  • 5 mouvements de Terre : ichi, nichi, sanchi, yonchi, gochi ;
  • 5 mouvements de Ciel : iten, niten, santen, yonten, goten.

Le mouvement se fait à deux : uke (le partenaire qui approche et reçoit le mouvement) et tori (le partenaire qui réalise la technique).

Chacun de ces 10 mouvements peut éventuellement être pratiqué de façon omote ou de façon ura suivant la position respective des deux partenaires. Un repère donné au début c'est qu'en omote on se déplace plutôt face au partenaire, et en ura on est davantage derrière lui. Mais cette distinction omote / ura est parfois difficile à saisir !

 

b) Les mouvements à mains nues des 7 Initiations.

L’apprentissage est classé par "initiations". En fait les cours sont rarement délimités sur une initiation précise, et même les débutants goûtent par moments aux initiations 3 ou 4, apprennent à travailler avec ou boken.

« Il faut connaître la technique car une technique juste est un trésor que l'on partage avec l'élève. Le débutant est d'une grande sensibilité. Il faut lui montrer des mouvements avancés car il goûte la merveille qu'on lui dévoile comme j'ai moi-même goûté au premier jour les techniques de mon Maître Ueshiba Morihei. » (Maître Noro Masamichi)

  • Initiation 1 : 6 techniques de base, 3 de Terre (ichi, nichi, sanchi) et 3 de Ciel (iten, niten, santen), au début les partenaires sont en contact, la main de tori est posée sur la main de uke, il n’y a pas de saisie. Ces mouvements sont dits aussi de "première manière". Il y a également "contact" (mouvements très lents où tori et uke sont paumes contre paumes en évoluant de concert) et "espace" (la même chose en mouvements plus rapides, uke évoluant autour de tori) qui ne sont pas des techniques en soi.
  • Initiation 2 : 19 mouvements dont les 6 premières techniques de base qui se font en 2ème et 3ème manière, pour certains en omote et ura, et 4 mouvements yonten (intérieur /extérieur, omote/ura) et goten. Lors du premier contact, la main de tori est posée sur la main de uke, ou vice-versa, il n’y a pas de saisie. Cela nécessite de bien posséder les déplacements : tai sabaki (en 3 pas) et tenkan (2 pas).
  • Initiation 3 : 33 mouvements sur toutes les techniques de base (yonchi apparaît maintenant) et sur les deux premières formes de contact : lors du premier contact, la main de uke saisit (pas de façon brutale) un des deux poignets de tori. Il y a également "espace" sur les 8 premières formes d'approche, et contrôles au sol.
  • Initiation 4 : 111 mouvements sur les 8 premières formes de contact ; même chose qu'en Initiation 3 mais avec beaucoup plus de mouvements.
  • Initiation 5 : 358 mouvements sur les 16 formes de contact.

L'Initiation 5 est la continuation de l'Initiation 4, à quoi s'ajoutent, surtout pour les initiations 6 et 7, des exercices d'application créés en 2001 (voir II 1°) qui sont oordonnés en deux listes : les applications liées à la posture de départ (debout tous les deux, à genoux tous les deux, un mixte) ; dix applications concernant la technique (techniques de hanches, retournement...)

Remarques. Quand on passe d'une initiation à l'autre on continue à pratiquer les initiations précédentes. Jean-Yves Denis, un très ancien pratiquant décédé aujourd'hui, disait que le "contact" proposé en Initiation 1 était finalement la chose la plus difficile à réaliser ! Pour lui c'était le summum.

 

3) Les "armes", ou plutôt, les "instruments" (outils de construction).

Maître Ueshiba avec un bokkenEn aïkido, les techniques à mains nues sont nées du sabre et de la canne, et vice versa : les contraintes physiques ont influencé la pratique des armes. Il en est de même en kinomichi. On ne peut dissocier les deux pratiques.

En général tous les pratiquants de Kinomichi connaissent le jô (canne en bois d'environ 1, 30 m) et le boken (sabre en bois), plus rares sont ceux qui pratiquent avec un Iaï (sabre en métal).

« Le Iai inculque la rigueur et la beauté du geste juste. Le boken nous permet de répéter le même geste jusqu'à la pureté. Ces deux sabres nous obligent à pratiquer l'expansion, des pieds aux mains. Le , exercé seul, permet de mesurer l'amplitude d'un mouvement, de matérialiser la spirale de notre corps, avant d'appeler un partenaire au contact. Travailler le à deux, c'est essayer de sentir l'influence de l'autre dans le bois même. » (Encadré dans l'article de C. Génin, "Une culture de l'accueil", Aikido-Mag 2006)

 

La liste des études d'armes :

  • Bokkendori : prise sur sabre de bois ;
  • Jôdori : prise sur canne
  • Tankendori : prise sur couteau
  • Tessen : exercises d'éventail de fer ;
  • Mouvements de base avec jô ;
  • Mouvements de base avec bokken ;
  • Pratique jô et jô ;
  • Pratique bokken et bokken ;
  • Pratique jô et bokken ;
  • Pratique jô avec partenaire sans arme

 

Maître Noro, jardin Albert Kahn avec sabred) Iai (sabre en métal)

« Le sabre est d'une beauté parfaite. Il est le miroir de l'âme. Il faut le tenir fermement pour qu'il ne tombe pas des mains, mais en même temps, il faut sentir toute la lame et au-delà. » (Maître Noro Masamichi)

Le Iaidô (居合道), la Voie du Iaï, c'est l'art du sabre japonais. Si l'on se réfère à une traduction littérale, c'est "l'art d'attendre le contact". Autrement dit, il faut attendre l'attaque adverse en laissant son sabre dans le fourreau. Quand l'adversaire attaque (il n'est pas physiquement présent), il faut exécuter une technique avant lui.

Le travail est basé sur l'action de dégainer le sabre, de couper (soit d'un seul geste soit à la suite de plusieurs mouvements), puis d'égoutter le sang  (avec trois formes possibles) et de rengainer.

Là aussi il y a des kata. En général ce sont ceux d'une école, par exemple ceux de Katori shinto ryū, l'une des plus anciennes écoles. Le départ peut se faire debout ou en seiza (à genoux) ou en tate hiza (un genou au sol, assis sur le talon de la même jambe).

Dans un kata les mouvements ont des noms ou bien sont simplement nommés par numéros (premier, deuxième… ) : ippon me : nihon me ; sanhon me ; yonhon me ; gohon me ; roppon me ; nanahon me ; hachihon me ; kyuhon me ; jyuhon me ; jyu ippon me…

Comme pour le , à un certain niveau, quelqu'un peut exécuter des enchainements de mouvements avec un Iai de façon libre, c'était le cas de maître Noro lors de réunions importantes.

 

3) La progression au sein d'un Dôjô et/ou de la KIIA, les "hakama".

L'emblème du Kinomichi est le "mon" une fleur de lotus, emblème héraldique que maître Noro a hérité de son père. Cet emblème est reproduit sur un petit macaron en tissu pour pouvoir le coudre sur un vêtement.

Voici en gros les trois niveaux de progression, chacun faisant l'objet d'un examen,  soit au niveau interne au Dôjô, soit au niveau de la KIIA.

Premier niveau.

Le "Mon" est attribué quand l'élève est capable de montrer les 25 mouvements des Initiations 1 et 2  (6 + 19). Maître Noro a voulu que ce premier niveau de progression corresponde à ce que l'élève porte le Mon sur sa veste, au milieu du dos à environ 15 cm en dessous du col.

Le second niveau : Hakama stagiaire

L'élève devient "Hakama stagiaire" quand il est capable de montrer les 111 mouvements de Initiation 3 et 4 (8 premières formes d'approche et de contact, avec contrôle au sol, kokyû wasa et canne/boken). Il est autorisé à porter le Hakama, le vêtement (jupe ou pantalon) qu'il a préalablement acheté au Japon et qui lui est remis par son professeur. Ce titre est attribué par le professeur, et cela peut se faire au sein du dojo ou bien lors de deux rencontres organisées par la KIIA, l'une en janvier à Paris, l'autre en été.

Le troisième niveau : Hakama régulier

L'élève devient "Hakama régulier" quand il est capable de montrer tous les mouvements de Initiation 3, 4 et 5 (16 formes d'approche et de contact, avec contrôle au sol, kokyû wasa et ukemi avant-arrière (si possible) ; canne/boken… Le "Mon" n'est plus sur la veste mais sur le dossard du Hakama. Ce titre fait l'objet d'un examen au sein de la KIIA, la remise elle-même a lieu ensuite lors de l'une de deux rencontres organisées par la KIIA, l'une en janvier à Paris, l'autre en été.

Les instructeurs ont un "mon" de couleur différente.

La progression se poursuit ensuite au sein des Initiations.

 

Remarque. Porter le hakama n'est pas la récompense d'une excellente technique ou d'une grande assiduité ! Porter le hakama est un engagement. Le pratiquant hakama est tenu au   développement du Kinomichi.

« Le hakama est lourd de symboles et traduit une longue tradition de samouraïs. L’élève porteur d’un hakama a réussi à développer un équilibre. Il devient un pilier sur lequel on peut   s’appuyer. Six plis externes et cinq plis internes correspondent aux onze organes et sont  associés respectivement aux premiers mouvements de ciel (nagewaza) et de terre (katamewaza). La ceinture du hakama et son nœud symbolisent le centre, Harmonie, l’équilibre, l’unité. » (Hubert Thomas, Entretien avec Jan Paoli)



[1] Mais la pratique évolue et ce qui est mis ici correspond à la pratique majoritaire en 2018.

Les deux photos de maître Noro au jardin Albert Kahn sont de Antonin Borgeaud, c'était en 2007.

[2] Il y en a eu d'autres. Par exemple Il établit également des contacts fructueux avec Itsuo TSUDA, Maître d'Aïkido qui a implanté le Seitai et le Katsugen France, a donné quelques temps des cours dans le Dôjô de maître Noro..

[4] « Aux stages d'été de l'Arbresles, véritable laboratoire de recherche en kinomichi au début des années 1980, il intégra cette gymnastique dans son évolution formelle. Outre lever notre talon arrière dans les déplacements pour assurer un appui par une poussée dans les orteils, il nous demanda de lever un bras au ciel ce qui bouleversa la technique. Il ne s'agissait pas d'avoir une main en l'air, mollement, inutilement, mais de détendre notre envergure, à la rencontre de l'autre. » (Christophe Génin, "Le chemin du cœur", Energies HS n° 5) Au centre Assise Françoise Paumard enseigne la Gymnastique Holistique, cf. Le programme du centre Assise en 2017-2018.

[5] ENCADRÉ de Dragon Magazine n° 13 : La KIIA, association loi 1901 en France, a été créée en 2001 suite à la proposition de Noro Masamichi. Elle est également hiérarchisée selon un mode traditionnel japonais. La KIIA contribue au développement international de l'art par ses actions d'organisation, de contrôle et de formation. Ainsi le Comité Technique de la KIAA est constitué à la base des quatre instructeurs du groupe 7 – garants de la nomenclature du kinomichi – complété d'instructeurs des groupes 6 et 5, tous nommés par maître Masamichi Noro. Il assure les évaluations de passage des niveaux pour hakama, enseignants et instructeurs. Ce comité est la seule autorité légitime pour l'attribution des niveaux. Pour la France, les examens fédéraux FFAAA sont évalués, chaque année, par un jury composé de membres du Comité Technique. La KIIA délègue des capacités au niveau national. Elle est présente dans de nombreux pays. L'enseignant ou l'instructeur certifié doit être membre de cette institution. Via les instructeurs et les enseignants, la KIIA intègre tous les pratiquants, hakama ou non.

[6] Il y a aussi un livre : Aïkido Fondamental Tome 3 Aïki-Jo Techniques De Bâton de Christian Tissier, Ed. Sédirep 1983.